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Des chicanes de «famille» entre la mafia, les Hells Angels et les gangs de rue

Détails inédits sur les failles d’une alliance entre motards, mafia et gangs de rue

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Photo d’archives Gregory Woolley aux obsèques du Hells Angel Lionel Deschamps, le 7 novembre 2015, deux semaines avant son arrestation.

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La « famille » que des leaders de la mafia, des Hells Angels et des gangs de rue avaient formée pour mieux se partager le marché montréalais de la drogue était rongée par la méfiance et les rivalités.

C’est ce que révèlent des documents de l’opération Magot ayant permis la condamnation du chef de gang Gregory Woolley à une peine de huit ans pour gangstérisme et trafic de cocaïne, vendredi dernier, et qui étaient auparavant frappés d’interdits de publication.

Arrêté à l’automne 2015, Woolley était considéré comme le numéro 1 des gangs de rue et l’un des « décideurs » les plus puissants du crime organisé québécois.

Seul Noir à avoir été membre d’un club-école des Hells au Québec, Woolley faisait le pont entre les motards, la mafia et les gangs afin d’orchestrer l’approvisionnement et la vente de cocaïne à Montréal.

« Gregory Woolley est la figure dominante [du crime organisé] présentement sur l’île de Montréal », avait dit un informateur de la police de Montréal en 2013.

Payant mais...

Le gangster de 46 ans contrôlait entre autres le territoire Hochelaga-Maisonneuve où il se vend pour plus de 1 million $ de « coke » chaque mois.

« On est une famille », lui avait dit le chef intérimaire de la mafia, Stefano Sollecito, sans savoir que la police l’enregistrait.

Pourtant, ce mariage de raison entre factions criminelles était houleux même si Woolley désirait « éviter les problèmes ».

Les 650 000 conversations interceptées durant cette enquête de l’Escouade régionale mixte de Montréal tournaient « toutes autour » de conflits de territoires, de « problèmes de communications », de menteurs et de mafiosi « qui suscitent la méfiance », a observé le juge Daniel Bédard dans une décision antérieure.

Frictions

En outre, l’alliance soupçonnait la présence en ses rangs de « taupes » qui parlaient à la police et elle a évoqué la possibilité de faire du ménage.

Lors d’une réunion à laquelle Woolley et Sollecito ont participé, on affirmait ne plus faire confiance aux frères Andrea et Salvatore Scoppa, d’influents caïds parmi les fidèles du défunt parrain Vito Rizzuto.

La possibilité de mettre l’un des Scoppa « à l’écart » fut discutée, mais Leonardo Rizzuto, fils du parrain Rizzuto et l’un des chefs présumés de cette alliance, s’y est opposé, selon l’enquête.

Salvatore Scoppa<br>
<i>Victime</i>
Photo courtoisie
Salvatore Scoppa
Victime

« Comme une guimauve... »

Sollecito s’était plaint à Loris Cavaliere, cet ex-avocat de la mafia condamné pour gangstérisme en 2017, comparant Léo Rizzuto à « une guimauve » n’ayant « pas assez de colonne pour dire aux autres quoi faire ».

Salvatore Scoppa a été atteint à un bras par un tireur en sortant d’un restaurant à Terrebonne, le 21 février 2017. Le fugitif Frédérick Silva, l’un des 10 criminels les plus recherchés au Québec, est le seul accusé dans cette fusillade.

Andrew Scoppa a été accusé et détenu durant 15 mois après une grosse saisie de cocaïne dans la Tour des Canadiens, mais a été libéré de toute accusation en mai dernier.

Son bras droit, Steve Obadia, a été assassiné à Laval un mois plus tard.

Sollecito et Rizzuto, que la police a aussi avisés d’un complot de meurtre sur leur personne en 2015, ont obtenu l’arrêt des procédures judiciaires l’hiver dernier.


► André Sauvageau, un membre des Hells accusé dans cette rafle, a renoncé à un procès devant jury hier et il sera jugé par un juge seul.