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De nombreux obstacles pour les piétons à Montréal

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Photo d'archives

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Trottoirs trop étroits, discontinués, dégradés, manque de passage aux traverses, peu de feux protégés: les aménagements pour les piétons dans la métropole sont insuffisants estime Piétons Québec à la lumière d’un rapport de la Direction régionale de santé publique de Montréal.

«C’est insuffisant, ça ne répond pas aux attentes, a soutenu la porte-parole de Piétons Québec Jeanne Robin. Dès qu’on a un certain trajet à faire, il est fréquent qu’on se retrouve devant un obstacle. Il y a place à l’amélioration sur la plupart des tronçons étudiés.»

La direction de la santé publique (DSP) a publié à la fin du mois de septembre l’étude «Étudier nos rues du point de vue des piétons», en collaboration avec plusieurs organismes, qui dresse une quinzaine de constats sur la qualité des rues, des trottoirs, de leurs pourtours, et des intersections.

Pour y arriver, 217 intersections et 133 tronçons ont fait l’objet d’audits «de potentiel piétonnier actif sécuritaire» dans 10 territoires de Montréal dans les arrondissements de Saint-Laurent, Montréal-Nord, le Sud-Ouest, Rosemont-La-Petite-Patrie et Mercier–Hochelaga-Maisonneuve.

Les obstacles sont nombreux, a confirmé la responsable des transports au Conseil régional de l’environnement de Montréal Tania Gonzalez. «Les innombrables chantiers de construction s'additionnent aux trottoirs en mauvais état et aux intersections dangereuses», a-t-elle soutenu, rappelant qu’il y a tout de même des rues bien aménagées comme Laurier et Wellington.

Le rapport reconnaît que les conditions de marche sont fonctionnelles dans les secteurs étudiés, mais que des éléments doivent être améliorés, comme la largeur des trottoirs qui est souvent inférieure à 1,5 m. Le revêtement des trottoirs est aussi souvent dégradé, ou ceux-ci sont discontinués ou pas toujours bien éclairés par les lampadaires.

«Dès qu’on croise ou une poussette ou un quadriporteur, il y a un problème», a commenté Tania Gonzalez, à propos de la faible largeur des trottoirs. Le rapport recommande d’élargir les trottoirs à 1,8 m.

Le docteur et chercheur associé à la DSP Patrick Morency croit que la discontinuité des trottoirs est l’un des enjeux majeurs à Montréal. «S’il n’y a pas de traverses piétonnes aux intersections ou un poteau sur le trottoir, l’espace n’est pas super.»

Sécurité

L’étude rappelle aussi les intersections sont «les principaux lieux» de conflits et de collisions entre les piétons et les autres usagers de la route.

«Il y a encore trop peu de mesures de sécurisation des traverses pour piétons à l’aide de mesures d’aménagement et des feux protégés ou piétons», indique-t-on, suggérant entre autres d’augmenter les temps de traverse près des endroits fréquentés par les personnes âgées, d’aménager des îlots de refuges, et d’apaiser la circulation en installant des bollards et des saillies.

Selon les données de la DSP basées sur des rapports policiers d’accidents, 37 piétons blessés ont été enregistrés de 2006 à 2015 au coin du boulevard Pie-IX et de la rue Beaubien, et 31 au coin de Papineau et de Sainte-Catherine.

Le rapport soutient aussi que les rues à chaussée large «ne sont pas toujours bien sécurisées», tout comme celles à proximité d’hôpitaux, d’écoles, de sorties de métro où se déplacent des personnes vulnérables.

L’administration de Valérie Plante présentera cet automne son plan d’action Vision Zéro où elle détaillera ses actions pour améliorer la sécurité des piétons, tout comme au dévoilement de son budget 2019 en novembre.

«Nous avons toujours un intérêt affirmé pour assurer la sécurité des piétons et nous savons qu’il y a des actions à prendre», a indiqué l’attachée de presse du comité exécutif Laurence Houde-Roy, rappelant la volonté de Montréal de ne pas refaire des rues à l’identique lors de travaux.

Quelques constats

  • Trottoirs souvent trop étroits, ou discontinués
  • Trottoirs mal éclairés et revêtement dégradé
  • Peu de mobilier urbain
  • Souvent pas de passage piéton aux traverses
  • Peu de feux protégés ou de feux piétons avec un décompte adéquat

Piétons : les conducteurs responsables de 60 % des collisions mortelles à Montréal

Dans les cinq dernières années, des conducteurs ont été responsables de 60 % des collisions tuant des piétons dans la métropole, selon la police de Montréal.

Selon des données du Service de police de Montréal (SPVM), entre 2013 et 2017, les piétons étaient responsables de 40 % des collisions mortelles impliquant un piéton, et les automobilistes de 60 %.

Le corps policier a précisé que la responsabilité a été calculée d’après les résultats finaux des enquêtes menées à la suite des collisions mortelles.

En 2017, la responsabilité des piétons est montée à 53 %, et à 47 % pour les conducteurs.

Depuis le début de l’année, 16 collisions mortelles impliquant un piéton ont été enregistrées par le SPVM, soit le bilan le plus meurtrier depuis 2013.

Aménagements

«En santé publique, on ne cherche pas des coupables, on cherche des solutions efficaces et ça passe par l’environnement et des aménagements physiques», a nuancé le docteur et chercheur Patrick Morency, associé à la Direction de la santé publique de Montréal, parlant plutôt de facteurs contributifs que de responsabilité.

Ce dernier a rappelé que les policiers veillent au respect du code de la sécurité routière et observent les infractions. Un piéton pourrait par exemple avoir été happé alors qu’il traversait une rue au feu rouge, puisque le temps de traverse n’était pas suffisant.

Selon le SPVM, 35 % des décès des piétons de 2013 à 2017 ont été causés par un conducteur qui n’a pas cédé le passage, 12 % en raison d’un comportement négligent du piéton, 12 % parce qu’un piéton a traversé entre deux intersections et 9 % en raison de l’inattention d’un automobiliste.

Ces données figurent sur le site de la Commission de la sécurité publique de la Ville de Montréal, qui a tenu en septembre une séance publique avec le SPVM sur la sécurité des piétons et des cyclistes.