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Déterrer la hache de guerre

Jonatan Julien, Ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles
Ministre responsable de la région de la Côte-Nord
JEAN-FRANCOIS DESGAGNES/JOURNAL DE QUÉBEC Jonatan Julien, Ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles Ministre responsable de la région de la Côte-Nord

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Le gouvernement de la Coalition avenir Québec s’apprête à annoncer qu’il n’ira pas de l’avant avec le projet éolien d’Apuiat. On s’en doutait, puisque François Legault l’avait annoncé en campagne électorale.
 
En droite ligne avec les arguments économiques présentés par Éric Martel, le pdg d’Hydro-Québec, le choix de la CAQ est loin de faire uniquement des heureux. Pour les Innus de la Côte-Nord, il s’agit d’une gifle en plein visage.
 
La rentabilité à tout prix
 
Même si l’entourage de François Legault continue de soutenir que la décision finale n’est pas encore prise, il est de moins en moins probable que le projet de Boralex voit le jour.
 
Si on se fie aux chiffres avancés par Éric Martel dans sa lettre du mois d’août dernier, le projet Apuiat pourrait engendrer des pertes de 1,5 et 2 milliards de dollars à Hydro-Québec.
 
Toutefois s’il était réalisé, le projet aurait pour avantage de générer 300 à 400 emplois pendant toute la durée de la construction des éoliennes dans une région où le taux de chômage est l’un des plus élevés au Québec.
 
On oublie trop facilement qu’Hydro-Québec, à titre de société d’État, doit aussi contribuer au développement régional et au dynamisme économique de tout le territoire.
 
En faisant son calcul des coûts/bénéfices, le gouvernement ne tient pas compte des retombées intangibles qui pourraient émerger du projet Apuiat. La valorisation des 9 communautés innues de la Côte-Nord, la possibilité pour toute cette communauté de participer à un grand projet et le climat de collaboration qui s’établirait entre les Innus, Hydro et le gouvernement ne sont que quelques-uns des nombreux avantages liés à la poursuite des travaux dans ce dossier.
 
Les mendiants
 
De leur côté, le promoteur du projet, Boralex, et les Innus d’Apuiat implorent le gouvernement de ne pas leur tourner le dos. Ils qualifient l’entente de « rendez-vous historique » tout en rejetant d’emblée l’idée de recevoir une compensation financière.
 
Dans le même communiqué, les Innus affirment qu’ils ne sont plus dans une logique de recevoir une rente du gouvernement. Sur ce point, il est grand temps que le gouvernement cesse de regarder les Premières Nations de haut.
 
Pendant qu’on parle de réconciliation, de reconnaissance de l’importance des peuples autochtones et de guérison des blessures du passé, on continue à envisager des négociations avec les Innus sur la base du versement de sommes compensatoires.
 
Comme si un chèque pouvait racheter la dignité d’un peuple. Comme si la fierté d’une communauté avait nécessairement un prix.
 
Le problème vient peut-être du fait que le nouveau gouvernement est un gouvernement de comptables. On étudie la situation à la lumière des colonnes de chiffres alors qu’on devrait aborder les solutions à travers le regard d’hommes, de femmes et d’enfant qui ne demandent qu’à participer à un succès tangible, durable et réellement structurant.
 
Plutôt que de se demander combien coûterait le projet Apuiat à Hydro-Québec au cours des 25 prochaines années, le gouvernement devrait se demander à combien s’élève la valeur de la dignité des Innus de la Côte-Nord.
 
L’un des drames des Premières nations tout au long de notre histoire, c’est cette fâcheuse habitude qu’ont eue les gouvernements de les traiter comme on traite les mendiants, en leur lançant une poignée de change pour éviter de devoir leur tendre la main et les traiter comme des citoyens à part entière. À coup de subventions et de compensations, on espère acheter la paix sociale.
 
Félix Leclerc a su mettre en mot cette attitude et ses conséquences dans la chanson Les 100 000 façons de tuer un homme :
 
Non vraiment je reviens aux sentiments premiers
L’infaillible façon de tuer un homme
C’est de le payer pour être chômeur
Et puis c’est gai dans une ville ça fait des morts qui marchent.