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«Le mystère d’Irma Vep» : encore délicieusement ridicule

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Serge Postigo et Éric Bernier sont toujours dangereusement en forme, et leurs personnages du Mystère d’Irma Vep, encore délicieusement ridicules. Le manoir de Mandacrest, qui leur sert de décor, est peut-être hanté, mais s’avère franchement désopilant.

La pièce produite par Juste pour rire, qui avait causé un grand engouement au Québec entre 2004 et 2008, est de retour dans nos salles et pourrait y rester longtemps.

Vérification faite à la première montréalaise, mercredi, les péripéties du veuf Lord Edgar (Éric Bernier), qui vit une idylle chastement passionnée avec sa nouvelle épouse, l’inoffensive Lady Enid (Serge Postigo), et de leurs domestiques, le repoussant Nicodemus (Postigo) et la sévère Jane (Bernier), tous poursuivis par le fantôme de la défunte Irma Vep, font encore rire.

L’histoire imaginée par le créateur américain Charles Ludlam dans les années 80, implantée sur les landes d’Angleterre de 1840 et basée sur la quête d’identité, se moque autant de l’aristocratie britannique que des films d’horreur de série B.

Collage de tableaux kitsch, délurés et ô combien maîtrisés, Le mystère d’Irma Vep appelle divers styles d’humour, tous efficaces.

La mise en scène de Martin Faucher, survoltée, nous garde constamment sur le qui-vive. Les dialogues, dans une formidable adaptation de Geneviève Lefebvre, égrainent plusieurs références québécoises très à-propos: Marie Laberge, les pêcheurs de Samedi de rire, La Poune, les Pleurs dans la pluie de Mario Pelchat, etc.

Acteurs impressionnants

Le mystère d’Irma Vep repose surtout sur deux grandes prestations d’acteurs. Serge Postigo et Éric Bernier se démènent dans un jeu caricatural, comme l’implique le ton absurde du Mystère d’Irma Vep, mais jamais exagéré. Leurs délires décalés, livrés dans plusieurs degrés, en deviennent presque réalistes.

Le Mystère d’Irma Vep n’a rien de convenu, brise le quatrième mur et assume un côté farfelu qui pourrait aisément franchir la limite de l’acceptable en termes de crédibilité. Et pourtant, on y croit.

Le duo Bernier-Postigo s’amuse avec les accents, pousse ses voix à l’extrême (chapeau à Postigo pour le timbre démesurément aigu de sa virginale Lady Enid), enfile les changements de costumes à la vitesse de l’éclair et se soumet à plusieurs prouesses physiques sûrement très exigeantes. Habile, Postigo sait rapidement récupérer la manœuvre quand son immense perruque blonde passe près de foutre le camp.

On sent que les deux comédiens prennent un plaisir fou à se vautrer dans ces mille folies,

et leur bonheur est contagieux. La salle se bidonnait de bon cœur, mercredi, comme c’était également le cas il y a 10 ans.

Au premier abord, Le Mystère d’Irma Vep pourrait s’adresser à un public de milieux nichés et ciblés. Son cadre bon enfant en fait au contraire un produit populaire de grande qualité, dans un résultat scénique réglé au quart de tour. On voudra y aller, et même y retourner pour capter les subtilités qui nous avaient échappé au premier regard.

Le Mystère d’Irma Vep tient l’affiche du Monument-National, à Montréal, jusqu’à la fin novembre et partira ensuite en tournée.

Sur le tapis rouge