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Avaler des trophées

Avaler des trophées
Sébastien St-Jean / Agence QMI

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Avez-vous un laminé des Nymphéas de Monet dans votre salle de bain?

Êtes-vous propriétaire d’une magnifique reproduction sur toile, ou même sur parapluie, du Moulin de la Galette de Renoir?
 
Vous êtes vous déjà pâmé devant l’Olympia de Manet?
 
Ces trois artistes impressionnistes très connus et très populaires aujourd’hui ne l’étaient pas à l’époque.
 
Au cours de leur carrière, seulement quelques peintres de ce mouvement atteignent la sécurité financière. La plupart meurent très pauvres.
 
Au départ, les artistes qui forment ce mouvement se voient refuser l’accès aux Salons de l’époque parce qu’ils n’appliquent pas les règles de la «bonne» peinture.
 
Manquant de visibilité, ils organisent donc un Salon des refusés. Ils y exposent leurs tableaux et essuient de virulentes critiques.
 
Bref, les impressionnistes, à l’époque, ils ne pognaient pas pantoute parce qu’ils brassaient trop de marde...
 
Ils avaient des idées qui dérangeaient les masses et qui n’étaient pas très populaires, mais qui ont réussi à le devenir, plusieurs années plus tard.
 
Perso, je n’ai rien contre les goût dits de «masse», j’écoute du Rihanna, du Britney Spears, et surtout, j’adore Lady Gaga.
 
Ceci dit, je considère que leurs oeuvres empruntent des sentiers battus, et même re-re-re-battus. Quand je les écoute, je me sens confortable, comme dans un vieux divan avec ma doudou, sirotant une orange Crush. Mmmmm...une orange Crush, ça goûte tellement sucré!
 
Cette musique fait appel à mes émotions.

Je suis triste parce que Britney s’est fait larguer ou je me sens invincible parce que Pink vient de laisser son chum et qu’elle se sent beaucoup plus forte!

La musique qui accompagne ces paroles est une répétition des mêmes rythmes et accords que l’on entend depuis l’apparition de la pop. J’aime ça, et c’est normal, parce qu’on m’a fait rentrer ça dans la tête depuis que je suis toute petite!

Mon cerveau musical s’est développé à grand coup de TOP 40 des radios commerciales.

Cependant, ça ne m’empêche pas d’apprécier autre chose et de trouver que «l’autre chose» est aussi très importante, sinon plus.
 
C'est quoi l'art? Grande question.
 
Pour moi l’art, c’est faire du sens avec une technique et un mode d’expression X à une époque donnée. L’artiste est un filtre à travers lequel passe tout plein d’inputs.
 
Ces inputs peuvent être conscients ou inconscients, ils peuvent venir d’événements extérieurs ou intérieurs qui le touchent, le questionnent, le transforment.
 
Plus concrètement, un artiste peut être touché par un événement politique (extérieur) ou une peine d’amour (intérieur).
 
Chaque artiste -filtre- étant différent, il jettera sur papier, sur toile, sur scène ou sur disque, un reflet tout à fait unique d’une même question ou d’un même thème.
 
Malheureusement, les filtres les plus purs, et donc les moins corrompus, sont parfois ceux qui ont le plus de difficulté à devenir populaires, à remplir leurs salles.
 
Ces artistes ne créent non pas pour être vus ou entendus par le plus grand nombre, mais tout simplement parce que c’est plus fort qu’eux. C’est viscéral!
 
Et même s’ils ne font pas une cenne et qu’ils ne sont pas populaires, ils vont continuer.
 
Et un jour, ou pas, la gloire leur tombe dessus.
 
Parfois tôt, parfois tard, la reconnaissance se pointe, et heureusement, plusieurs d'entre eux demeurent intègres. C’est beau n’est-ce pas?
 
Notre jugement ne doit donc pas s’arrêter sur la popularité d’un artiste, mais bel et bien sur son originalité, son discours et sa sensibilité à saisir notre monde et notre époque.
 
À ce chapitre, je ne suis pas certaine que Mario Pelchat réussisse mieux que Hubert Lenoir...
 
Hubert Lenoir, en avalant son trophée, était peut être provocant, mais c’est tant mieux. La loi et l’ordre n’appartiennent pas au monde de l’art.
 
Sinon, pas d’impressionnistes, ni de Refus global, pas de Pink Floyd, ni d’Harmonium d’ailleurs.
 
Le pouvoir de l’art peut être dérangeant certes, mais il est nécessaire.
 
Nous sommes chanceux dans le fond, parce qu’au Québec, comme le dit Mario Pelchat, l’Académie est là pour mettre en lumière celles et ceux qui sont «moins connus».
 
Autrement tsé, ils se retrouveraient au Salon des refusés.