/opinion/columnists
Navigation

La FFQ et les femmes du Québec

Gabrielle Bouchard, la patronne de la FFQ
Photo Chantal Poirier Gabrielle Bouchard, la patronne de la FFQ

Coup d'oeil sur cet article

La Fédération des femmes du Québec vient de prendre position sur la question de la prostitution, en se prononçant en faveur d’une légalisation du travail du sexe.

Devant cette prise de position, on pourrait spontanément s’indigner. Pour une femme choisissant librement la prostitution, combien sont-elles à la subir parce que des réseaux mafieux sont parvenus à s’approprier leur corps et à les réduire à quelque chose qui se rapproche de l’esclavage sexuel ?

Féminisme

Mais imaginons que le débat soit légitime. À tout le moins, il traverse notre société et chacun peut se prononcer à son sujet.

Dans le cas présent, le vrai scandale est ailleurs : il se trouve dans la prétention incroyable, et médiatiquement consacrée, de la FFQ à représenter les femmes du Québec.

Regardons les choses lucidement.

Qui s’intéresse à ce qu’est devenue la FFQ n’y verra finalement que le lieu de convergence des tendances féministes les plus radicales. Des tendances marginales s’y rencontrent et font vivre un écosystème idéologique à grande distance du commun des mortels.

Est-ce que ce groupuscule militant est vraiment en droit de représenter les femmes du Québec ? À ce qu’on en sait, les femmes au Québec ne se reconnaissent pas dans cette mouvance étriquée, qui semble sortir tout droit d’un séminaire de l’Université Concordia où la mouvance trans s’interroge sur ses liens avec la mouvance afroféministe, pendant que d’autres courants s’engagent dans un combat antiraciste qui masque bien mal un antinationalisme extrémiste. La FFQ se tient loin de la réalité.

Pourquoi, dès lors, accorder autant d’attention à cette organisation et faire semblant qu’elle représente autre chose qu’elle-même ? Les médias sont ici complices de fausses représentations.

Élargissons la question : peut-on vraiment représenter les femmes à la manière d’un lobby ? Il y a des femmes de gauche et des femmes de droite, des souverainistes et des fédéralistes, des nationalistes et des multiculturalistes, des catholiques, des musulmanes, des juives et beaucoup d’athées ! Y a-t-il vraiment moyen de rassembler dans un bloc monolithique ces femmes qui n’ont pas de programme commun et ne prétendent pas en avoir ?

Pourrait-on, inversement, créer quelque chose comme une Fédération des hommes du Québec ?

Enjeux

La triste vérité, c’est que la FFQ éloigne le grand nombre de la meilleure part du féminisme. Pourtant, les enjeux touchant les femmes ne manquent pas dans notre société, notamment la conciliation famille-travail, ou pour le dire plus exactement, de la nécessité de ne pas voir leur carrière handicapée par la maternité.

On pourrait aussi s’inquiéter de la culture Instagram qui pousse à l’hypersexualisation des jeunes filles. Ou encore, de la diffusion du voile islamique qui conscrit les femmes musulmanes dans l’offensive de l’islam politique.

Il faut œuvrer à l’amélioration des conditions de la grande majorité des femmes. On y parviendra d’autant mieux qu’on cessera de faire semblant qu’une petite bande d’idéologues radicales traduisent leurs préoccupations.

La FFQ ne représente pas les femmes du Québec.