/misc
Navigation

Voici pourquoi il ne faut pas craindre plus qu’il ne le faut le vieillissement de la population

Coup d'oeil sur cet article

Le vieillissement de la population donne la frousse à plusieurs.

Un indicateur bien connu pour mesurer l’ampleur du vieillissement de la population est le rapport de dépendance démographique, qui se résume au rapport des personnes âgées de 65 ans et plus sur le nombre de personnes dites en âge de travailler, soit les 15-64 ans. Ce rapport de dépendance augmente depuis plusieurs années au Québec et il augmentera encore plus dans les décennies à venir. C’est la conséquence de la baisse de la fécondité et de l’augmentation de l’espérance de vie aux grands âges, deux phénomènes touchant toutes les sociétés occidentales. Dans la figure ci-dessous, la courbe bleue présente ce rapport pour le Québec depuis 1976. Alors qu’il n’y avait qu’environ 10 personnes âgées pour 100 personnes en âge de travailler dans les années 70, le ratio atteint aujourd’hui 25, et il doublera encore d’ici 2061 pour atteindre 50 si les tendances actuelles se poursuivent.

L’interprétation qu’on fait généralement de cet indicateur est simple : une augmentation du ratio signifierait une augmentation de la charge fiscale sur les épaules des travailleurs, car les coûts sociaux associés aux besoins des personnes âgées (santé, retraite, etc.) sont effectivement plus grands, alors que leur contribution à la production économique est réduite.

Or, en ne retenant que l’aspect démographique du vieillissement de la population, on néglige deux grandes dynamiques qui sont susceptibles de fortement amoindrir ses conséquences. La première est l’augmentation drastique du taux d’activité des femmes. Parmi les femmes de 15 à 64 ans, il a augmenté d’environ 30 points de pourcentage en cours des 40 dernières années. La seconde est l’augmentation des taux d’activité des personnes âgées elles-mêmes (en particulier chez les femmes, encore une fois).

Le rapport de dépendance démographique oublie ainsi que le nombre de personnes réellement actives parmi les personnes « en âge de travailler » est nettement plus élevé aujourd’hui qu’il ne l’était dans le passé. En prenant en compte les taux d’activité dans l’équation, on peut calculer le rapport de dépendance économique, soit le rapport entre le nombre d’inactifs (parmi les 15 ans et plus) sur le nombre d’actifs (courbe orange sur le graphique). Cet indicateur est nettement plus révélateur des conséquences économiques du vieillissement de la population, car il tient en compte la présence réelle des personnes sur le marché du travail.

Malgré le vieillissement de la population, on constate que le rapport de dépendance économique a décliné entre 1976 et 2016, passant d’environ 70 à 55. Autrement dit, les travailleurs d’aujourd’hui doivent supporter un moins grand nombre de « dépendants » que ceux des décennies passées, malgré le fait que la population soit aujourd’hui beaucoup plus « vieille ». Le rapport augmentera probablement dans le futur si les tendances se poursuivent, mais en bout de ligne, en 2061, il sera comparable à ce qu’il était dans les années 70. En somme, en 2061 le rapport de dépendance économique ne serait que d’un tiers supérieur au niveau actuel. Cette dynamique contraste fortement avec celle du rapport de dépendance démographique qui doublera.

À moins d’une chute drastique de l’espérance de vie (ce qui ne serait évidemment pas souhaitable!), le vieillissement de la population est inéluctable. Cependant, plusieurs interventions politiques sont susceptibles d’influencer ses conséquences, notamment celles cherchant à augmenter encore plus les taux d’activité. Probablement grâce à ses politiques publiques facilitant la conciliation travail-famille (réseau de CPE, régime québécois d’assurance parentale, etc.), le Québec peut aujourd’hui se targuer d’avoir les taux d’activité des femmes parmi les plus élevés en Amérique du Nord.

Cependant, un écart significatif demeure toujours lorsqu’on les compare avec ceux des hommes. Bref, il y a encore place à l’amélioration.

J’ai donc bâti un scénario futur alternatif où les taux d’activité des femmes rejoignent ceux des hommes d’ici 2041, illustré en vert sur le graphique. Le rapport de dépendance économique se stabiliserait rapidement à un niveau similaire à celui observé dans les années 90, alors que le Québec profitait d’une « fenêtre d’opportunité démographique » (les Boomers étaient dans la force de l’âge et en même temps, il y avait proportionnellement peu d’enfants et de personnes âgées à prendre en charge). À l’horizon 2061, l’augmentation par rapport au niveau actuel ne serait plus alors que d’une dizaine de points et atteindrait 66 inactifs pour 100 actifs.

De cet exercice, j’en tire la conclusion que loin d’être un luxe inabordable, les dépenses consacrées aux politiques favorisant la conciliation travail-famille et l’activité des femmes sont des investissements permettant de lutter efficacement contre les conséquences économiques du vieillissement de la population. Des coupures dans ces dépenses permettent peut-être à très court terme d’avoir un budget qui parait plus équilibré, mais ses conséquences sur les finances publiques à plus long terme seront probablement négatives.