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Simon Kean : l’autopsie d’une défaite brutale

Simon Kean : l’autopsie d’une défaite brutale
Photo Annie T. Roussel

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Simon Kean croyait que son combat contre Dillon Carman serait une balade dans le parc. Il n’avait jamais été défait chez les professionnels. Les experts et les cotes de pari le favorisaient largement. Le choc de sa défaite par K.-O. a été brutal, parce que Kean ne s’attendait pas à visiter le plancher, ne serait-ce qu'une fois dans le combat.

«On s’attendait tous à ce que Carman vienne se battre pour encaisser un chèque. On lui avait demandé plusieurs fois un combat et il ne voulait pas le prendre. Il avait peur. J’avais déjà mis les gants avec lui à l’entraînement et je l’avais massacré», a raconté le poids lourd dans une longue entrevue diffusée à TVA Sports.

C’est un Kean étonnamment humble, et qui a eu le temps de prendre du recul, qui s’est livré à Dave Morissette. Pendant l'entretien, le Trifluvien a regardé à nouveau le revers du 6 octobre - il l'avait déjà observé à maintes reprises - pour rendre compte de ses états d'âme au fil du combat.

Durant le visionnement, ses expressions faciales en disent long : il n’aime pas du tout ce qu’il voit. «Regarde, je me penche, je fais n’importe quoi», réagit-il à un moment, exaspéré.

C’est au quatrième round qu’il a dû s’avouer vaincu, lorsqu’il a visité le plancher pour une deuxième fois. Et c’est à ce moment qu’il a encaissé le plus dur coup de toute sa carrière de boxeur.

«C’est comme si tu viens d’apprendre qu’un membre de ta famille vient de mourir, a confié Kean, les émotions à fleur de peau. Tu sens comme un vide. J’étais comme, ça ne se peut pas. Je ne viens pas vraiment de perdre?»

Erreur psychologique

En quelque sorte, Kean a perdu ce combat avant même de le disputer. Il ne l’a tout simplement pas abordé avec la bonne mentalité. Il n’avait pas l’œil du tigre. «Je me suis laissé influencer par tous ceux qui disaient que ça allait être facile», a-t-il avoué.

Dès la fin du premier round, quelque chose clochait chez le pugiliste.

«Je suis allé dans le coin et j'étais découragé, j’étais sûr que mon premier round était vraiment mauvais. [...] Pourtant, je l'ai regardé par la suite et il était super bon.»

Vient ensuite la première visite au tapis...

«Quand je suis allé au plancher, je me suis dit : "il faut que je le finisse, il faut que je le "knock". Je ne sais pas pourquoi je me suis dit ça, mais je ne voulais pas que ça dure.»

Kean veut mettre les choses au clair : il ne s’était pas traîné les pieds durant l’entraînement et sa forme était tout à fait adéquate.

«Il y a un article qui a paru comme quoi j’ai fait plusieurs sorties dans ma préparation et que je n’avais pas été sérieux. J’étais très sérieux pour ce combat. Je me suis entraîné très fort, je m’entraîne toujours fort. Le problème n’était pas physique, il était vraiment psychologique», a-t-il tenu à préciser.

Travail inachevé

Kean a soif de revanche. Il était déjà obsédé par cette idée lorsqu’il se trouvait à l’hôpital après le combat. «Tu m’aurais donné un "rematch" à l’hôpital, je pense que je l’aurais pris!»

Le colosse a un sentiment de travail inachevé et il ne sera pas satisfait avant de mettre ce chapitre derrière lui.

«Je ne dormirai pas sur mes deux oreilles tant et aussi longtemps que je n’ai pas mon "rematch" et que je n’ai pas battu Carman pour enterrer ça.»

N’en déplaise à ses détracteurs, Kean n'a aucunement l'intention de lancer l’éponge et il nourrit encore l’ambition de devenir champion du monde.

«Les gens perçoivent de l’arrogance parce que je dis que je veux être champion du monde. J’y crois encore. Les gens disent que je devrais accrocher mes gants. Pourquoi? C’est quoi le message que je passe si j’abandonne? Les jeunes qui veulent jouer au hockey dans la Ligue nationale, est-ce qu’on va leur dire d’arrêter tout après une mauvaise saison? Non! On va continuer de les encourager pareil.»

Pour Kean, il demeurera toutefois important de ne pas brûler les étapes. Parfois, il vaut mieux que le cœur ne l'emporte pas sur la raison.

«C’est une décision très émotive par contre. Je ne sais pas si le "rematch" tout de suite est la décision la plus intelligente. On va voir comment ça va à l’entraînement avant. Il faut que j’écoute mon équipe.»

Un mois à ne rien faire

S’il a ressenti quelques symptômes ennuyeux dans les jours suivant sa commotion cérébrale, Kean assure qu’il se sent maintenant très bien.

Il a néanmoins été difficile pour lui de voir sa routine changer du tout au tout dans le dernier mois.

«Les médecins m’ont stoppé pour un mois. Ils m’ont dit de ne pas lire, de ne pas me concentrer, de ne pas faire d’activités physiques.»

«J’étais habitué à être très actif physiquement ou intellectuellement. Là, je ne pouvais faire ni l’un ni l’autre. Je ne pouvais pas lire, je ne pouvais pas aller sur internet, je ne pouvais regarder quoi que ce soit qui demande beaucoup de concentration.»