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Le nationalisme distrait de la CAQ

Le nationalisme distrait de la CAQ
Photo d’archives

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La CAQ formera-t-elle vraiment un gouvernement nationaliste ?

Sur papier — pour reprendre un terme de sport —, c’est l’objectif que le parti qui forme le gouvernement s’est donné.

Il a même officiellement, explicitement opéré un virage nationaliste il y a trois ans, en novembre 2015, abandonnant du même coup son logo multicolore.

Le chef François Legault, à l’époque, expliquait les choses en ces termes : « On avait fait le choix, quand on a lancé la CAQ il y a quatre ans, de rassembler les fédéralistes et les souverainistes [...]. La CAQ a “maturé”. Maintenant, ce ne sont plus des anciens libéraux et des anciens péquistes. Ce sont des caquistes et ce sont tous des nationalistes. »

Un mot confondant

« Tous des nationalistes » ? Arrêtons-nous un instant sur le vocable. Il fut entaché récemment dans l’anglophonie lorsque Donald Trump a tenté de le réhabiliter pour mieux se l’approprier.

C’est sans compter que depuis longtemps, en Europe, plusieurs tenants de l’idée nationale préfèrent éviter « nationalisme » de peur d’être assimilés à des militants d’extrême droite. Ils vont parfois jusqu’à promouvoir le terme « nationisme ».

Et c’est l’extrême droite qui se réjouit — à tort — de l’élection d’un parti « nationaliste » au Québec. François Legault a d’ailleurs été obligé de refuser publiquement les félicitations de Marine Le Pen.

Cette dernière était certaine d’avoir affaire à un dirigeant nationaliste, anti-immigration ; surtout que Legault avait dit que, pour lui, c’était « le Québec d’abord ». Dans l’Hexagone, c’est le Front national qui scande « la France d’abord » !

Autre contexte

Au Québec, le terme « nationalisme » réfère à autre chose, car il a évolué dans un autre contexte. Ce que nous nommons ainsi ici serait probablement qualifié de sain patriotisme en Europe ou aux États-Unis.

Le nationalisme québécois n’a jamais vraiment eu de volonté d’expansion territoriale comme ceux d’Europe. Il ne s’est jamais senti dépositaire non plus d’une « destinée manifeste » d’origine divine, comme le nationalisme extrême américain.

Comme l’avait si bien dit le sociologue Fernand Dumont : « Si je vivais en France ou en Grande-Bretagne, je ne serais pas nationaliste, mais ici, je le suis par nécessité, devant la fragilité de ma société en Amérique du Nord. Je récuse la prétention qu’on ne puisse être nationaliste et humaniste. »

Il y a une différence de nature entre le patriotisme des grandes et des petites nations. Au Québec même, cette nuance importante tend à se perdre et une mauvaise conscience semble s’installer, même chez certains « patriotes ».

Distraction

Ainsi, on peut craindre que même le gouvernement caquiste hésite à se montrer nationaliste.

Évidemment, l’équipe au pouvoir arrive à peine. Les cabinets viennent d’être formés et les dossiers sont loin d’être tous consultés, et encore moins maîtrisés.

Il reste que dans deux réactions, récemment, le gouvernement Legault a semblé distrait dans sa défense des intérêts du Québec :

– La ministre de l’Environnement Marie Chantale Chassé aurait pu au moins questionner le plan climat du fédéral de compenser les provinces récalcitrantes en matière de lutte aux changements climatiques ; alors que les contribuables québécois, eux, financent seuls leur Fonds vert.

– Le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Jonathan Julien, hier, a dit accueillir « favorablement » la volonté du fédéral de financer les interconnexions électriques entre les provinces. Or, les gouvernements du Québec, même libéraux, ont pourtant toujours rejeté ce scénario, de peur que les lignes interprovinciales ne tombent — à l’instar des oléoducs traversant les frontières — dans les compétences d’Ottawa. Cela pourrait aussi avoir des incidences fiscales sur Hydro-Québec.

Espérons qu’une fois les dossiers maîtrisés, la CAQ se montrera davantage digne de son virage de 2015.

La citation de la semaine

« En ce moment, il n’y a pas de gel parce qu’on veut comprendre ce que sont les chiffres qu’il y aurait à geler, si gel il y avait. » – Christian Dubé, président du Conseil du trésor au sujet de la négociation sur la rémunération des médecins spécialistes 

Le carnet de la semaine

Tsunami du pouvoir

Le nationalisme distrait de la CAQ
Photo Simon Clark

Difficile d’arriver au pouvoir. Surtout pour un parti qui ne l’a jamais exercé. Un tsunami d’informations frappe en quelques jours chaque membre du gouvernement. Les questions se multiplient de la part des groupes d’intérêt, des particuliers, des oppositions, des journalistes, etc. Les ministres souvent peu au fait de leurs dossiers préfèrent ne pas se fermer de porte. Il fallait à cet égard entendre Jonathan Julien, le nouveau ministre des Ressources naturelles du gouvernement de la CAQ, hier, dire, en lien avec le dossier du projet Apuiat sur la Côte-Nord : « Hydro-Québec, le gouvernement regardent toutes les options. Vous pouvez présumer de n’importe quelle qu’on regarde. » C’est ce qui s’appelle ne fermer aucune porte.

« Faire du Labeaume »

Le nationalisme distrait de la CAQ
Photo Didier Debusschere

Après avoir qualifié l’opposition à l’hôtel de ville de Québec d’« autiste », mercredi, le maire de Québec Régis Labeaume s’est excusé auprès des autistes hier en disant qu’il n’a fait qu’être lui-même ! « Je suis franchement désolé. Du plus profond de mon cœur, je m’excuse. Je ne peux pas en dire plus. J’ai fait du Labeaume comme ça m’arrive depuis 11 ans. J’aime trop ces gens-là (les autistes). Je suis désolé et je pense qu’on va fermer le dossier. » Quel aveu rare tout de même de la part d’un politicien. À la prochaine incartade, aux prochains propos en apparence ou en réalité blessants, on peut imaginer l’opposition lui répliquer : « Faites-vous du Labeaume ici, ou non ? »

Vive la langue précise

L’ami Gaston Bernier, auteur de En garde, messager ! : tics langagiers des médias québécois, rappelait cette semaine judicieusement aux élus et aux élues, dans une publication Facebook, l’importance du soin qu’ils et elles doivent porter à la langue. Pour appuyer sa supplique, il citait ce passage tiré d’un ouvrage récent : « S’il est vérifiable que mal nommer les choses ajoute aux malheurs du monde, et qu’obéir approximativement aux règles de grammaire aboutit à traiter approximativement les affaires [...] l’irréprochable maîtrise de la langue chez un chef d’État vaut mieux qu’un langage truffé d’incorrections. La parfaite maîtrise de la langue laissant espérer, dans l’idéal, un bon gouvernement des hommes et des choses » (J.M. Delacomptée, Notre langue française ; Paris : Fayard, 2018, p. 112). Que nos femmes et hommes politiques se le tiennent pour dit.