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Les médias K.O.

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Photo AFP

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À l’approche des élections de mi-mandat aux États-Unis, la méthode Trump fait encore l’objet d’une multitude d’analyses, dans son propre pays, chez nous et partout dans le monde. Certains de mes collègues du Journal n’ont pas été tendres à l’endroit du président ces derniers jours, critiquant son rapport difficile avec la vérité.

Au pays de Trump, plusieurs grands médias le pilonnent au quotidien, tant sur ses politiques que sur sa capacité à naviguer dans la politique en ignorant la vérité et les faits. Je ne défendrai pas Donald Trump : son approche de la politique me désole et me décourage. Je suis néanmoins éberlué de l’absence totale d’autocritique des médias américains que Trump a lessivés.

Lien rompu

Les médias américains doivent se mettre les yeux devant les trous. Une proportion inimaginable de la population ne les croit plus. Même lorsqu’ils rapportent professionnellement et rigoureusement les faits, le public se méfie ou part à rire. Fake news. Des nouvelles inventées ou arrangées pour essayer de manipuler le peuple. Voilà ce que tant de gens voient.

Les médias jouent aux victimes. Ils sont victimes du gros démagogue Donald Trump. Ils sont victimes de la montée du populisme dans le monde. À la limite, ils sont victimes de devoir s’adresser à un peuple de sombres ignares. La même réaction qu’un restaurant en faillite qui accuserait les papilles gustatives défectueuses de tous ses clients potentiels.

Ces médias que Donald Trump a littéralement mis K.O. semblent incapables de la moindre introspection. Si un homme d’affaires (au toupet d’une couleur que Prismacolor n’offre pas) se met à véhiculer l’idée qu’un média diffuse de la bouillie, est-ce normal que la moitié de la population croie cela instantanément­­­ ?

Si un politicien affirmait demain matin que le ketchup Heinz n’est pas bon, le public se moquerait de lui. Si un politicien affirmait que les films de Steven Spielberg sont nuls, la population l’enverrait promener. Si un politicien affirmait que les jeans Levi’s sont laids, les gens en achèteraient encore plus.

Comment se fait-il que lorsque le monsieur Trump vilipende les infor­mations des grands médias dits « traditionnels », le public le croit ? Il me semble assez évident que ces médias ont échappé quelque chose. Il me saute au visage qu’ils se sont coupés d’une bonne partie de la population.

Dans leur bulle

Si j’avançais l’hypothèse que des journalistes bien confortablement installés en milieu urbain à New York ou à Washington se sont installés dans le confort de leurs certitudes. Si j’avançais qu’ils se sont pris eux-mêmes au jeu de donner des leçons aux citoyens de toutes les régions du pays sur les bonnes façons de penser dans les cafés branchés.

Si j’avançais qu’ils ne savent même plus ce que vivent des milliers de citoyens de leur pays pour qui la vie est dure. Coupés radicalement de leur base.

Ce qui est fascinant, c’est qu’après quelques années, aucune introspection ne soit amorcée. Ils sont certains d’avoir raison, victimes d’un monde défectueux.

Ils ne se rendent même pas compte que Trump va passer... et leur problème va rester.

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