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Sauver la planète en faisant de l’argent

Stephan Ouaknine est convaincu que lutter contre les changements climatiques peut être très payant

Stephan Ouaknine
Photo Agence QMI, Dominick Gravel Stephan Ouaknine

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Un riche investisseur québécois écolo méconnu ici, ami du milliardaire Richard Branson, séduit les Madonna et Bill Clinton de ce monde avec son fonds d’énergie verte Inerjys.

« On trouve des solutions pour refroidir la planète, pour éviter le désastre », résume dans un français impeccable le Québécois Stephan Ouaknine, à la tête du fonds d’investissement d’Inerjys, dont le siège social est situé à Montréal.

​Le PDG de Virgin, Richard Branson (à gauche) avec Stephan Ouaknine lors d’une activité de la Fondation Virgin Unit.
Photo courtoisie
​Le PDG de Virgin, Richard Branson (à gauche) avec Stephan Ouaknine lors d’une activité de la Fondation Virgin Unit.

Grand ami du PDG de Virgin Richard Branson, le natif de ville Saint-Laurent est une véritable étoile montante. Son fonds vert lancé en 2011 attire les investisseurs d’une dizaine de pays, dont des célébrités mondiales des affaires et du spectacle.

En gros, Stephan Ouaknine achète des firmes à la fine pointe de la technologie qui règlent des problèmes liés à l’environnement. Il injecte l’argent qu’il faut pour les commercialiser, et les revend ensuite.

Madonna séduite

Résultat, ses partenaires et lui font de juteux profits et les innovations vertes qui auraient pu dormir dans le laboratoire entrent par la grande porte dans les grosses entreprises.

Madonna, qui s’intéresse à Still Good.
Photo d'archives, AFP
Madonna, qui s’intéresse à Still Good.

Quand Le Journal a rencontré Stephan Ouaknine la semaine dernière, il venait d’échanger avec Madonna et Katy Perry, intéressées par sa compagnie Still Good, qui fait des biscuits et des barres à partir de pulpes et de pelures destinées aux poubelles.

Côté énergie, Inerjys investit dans la société allemande Schottel Hydro, qui produit de l’électricité avec les marées. « C’est très rentable », ajoute M. Ouaknine, qui mise aussi ses œufs dans Goliath Wind, une firme estonienne de turbines technos nouvelle génération.

Mais c’est sans doute son investissement dans l’entreprise de Terrebonne AESP Énergie Verte qui le touche le plus. Quand il parle de cette PME et sa cabine alimentée à l’énergie solaire capable de vendre de l’électricité à bon prix aux habitants des bidonvilles, Stephan Ouaknine a l’émotion dans la voix.

« Plus d’un milliard de personnes n’ont pas d’électricité. Avec cette cabine, le villageois vient recharger sa batterie. Il peut s’acheter une lampe, une télé ou une radio. Il paye avec son téléphone cellulaire », explique l’homme d’affaires.

Parcours du combattant

Avant de connaître le succès, Stephan Ouaknine rappelle qu’il a dû bûcher pour faire sa place au Québec. Quand il fonde Inerjys, ici, il y a sept ans, il est persuadé que son fonds vert va décoller immédiatement. Il rêve même du chiffre magique d’un milliard $.

Bill Clinton et Stephan Ouaknine à la réunion 2011 du Clinton Global Initiative.
Photo courtoisie, Adam_Schultz, Clinton Global
Bill Clinton et Stephan Ouaknine à la réunion 2011 du Clinton Global Initiative.

Mais la réalité est tout autre. Il a beau être l’architecte d’entreprises à succès comme Emblaze, Positron ou Blueslice et avoir travaillé en Israël avec le fonds le plus réputé au monde, Séquoia, qui a été le premier à appuyer Google et Apple, rien n’y fait.

Son bureau de 150 personnes en compte à peine 12. Pire, le cauchemar se produit : les investisseurs se font attendre...

Douche froide

« J’étais sûr et certain que tous les investisseurs institutionnels et que les gouvernements allaient me lancer de l’argent et me dire : “Bravo Stephan ! Vas-y, sauve la planète !” Ç’a été une douche froide. Ce n’était pas du tout comme ça », confesse-t-il.

Aujourd’hui, c’est l’inverse. Son fonds est l’un des plus réputés sur le globe. On lui demande conseil. Le PDG de Virgin lui envoie des courriels chaque semaine pour avoir son avis sur différents dossiers.

Au Québec, Hydro-Québec suscite son admiration, même s’il pense que la société d’État devra en faire plus pour se tourner vers les nouvelles énergies vertes, comme les vagues, l’éolien ou encore le solaire.

« Quand les monopoles n’évoluent pas assez rapidement avec les nouvelles technos, ils se rendent plus pertinents », conclut l’entrepreneur qui n’a pas fini de déranger les géants.