/travel/destinations
Navigation

Marcher le cap de Miquelon

Miquelon, un village de 600 habitants, propose un style de vie au rythme de la nature.
Photo Mathieu Dupuis Miquelon, un village de 600 habitants, propose un style de vie au rythme de la nature.

Coup d'oeil sur cet article

MIQUELON, Saint-Pierre-et-Miquelon | Parti de l’auberge de l’île, je me dirige vers les sentiers du Cap de Miquelon situé sur une colline plutôt costaude à gravir. Mais la vue panoramique suffit à me donner la motivation nécessaire à l’atteinte du sommet. De ce promontoire, la vue sur Miquelon est sans pareil. Étalé sur une langue de terre à peine plus haute que le niveau des eaux, le village compte 600 habitants.

Dans les « buttereaux » de l’isthme
de Langlade, des chevaux broutent
les herbes salées par vents et marées.
Photo Mathieu Dupuis
Dans les « buttereaux » de l’isthme de Langlade, des chevaux broutent les herbes salées par vents et marées.

À l’horizon, le regard se perd quelque part dans les plaines « montagneuses » de Langlade, un territoire sauvage où personne n’habite de façon permanente. Néanmoins, y aller, c’est découvrir des paysages pittoresques et un style de vie unique. Aussitôt dans le sentier du Cap, j’entre dans une forêt aux arbres tordus par la rigueur du climat. Je recommence à prendre de l’altitude dans une longue montée. Le décor qui m’entoure ressemble à la toundra arctique.

Le relief des côtes nord-ouest de l’île de Miquelon est particulièrement morcelé
par la rudesse de la mer.
Photo Mathieu Dupuis
Le relief des côtes nord-ouest de l’île de Miquelon est particulièrement morcelé par la rudesse de la mer.

Sur le flanc d’une colline dénudée, les étangs de la Cormorandière se dévoilent. J’ai le souffle coupé ! La beauté de cette vallée se distingue par deux pics rocheux un peu étranges. Le temps d’une courte pause, étendu dans l’herbe, j’essaie de me raisonner. Me rendre à ces pics rocheux, c’est un peu à la limite de mes capacités physiques du jour... Faut-il encore que je me garde un peu d’énergie pour le retour, mais la tentation de poursuivre est grande.

Signalisation sur le cours de la randonnée du Cap de Miquelon.
Photo Mathieu Dupuis
Signalisation sur le cours de la randonnée du Cap de Miquelon.

Incroyable trompe-l’œil

Je jette un regard à ma montre. J’ai marché huit kilomètres depuis ce matin et le soleil se couchera dans à peine trois heures. Les falaises semblent relativement proches. Mais sans repère humain, ni même un arbre pour me donner l’échelle, c’est un incroyable trompe-l’œil. D’autant plus que j’y vais en descente, je reviendrai en montée... Le vent quant à lui, souffle à 75 km/h et je l’aurai en pleine figure au retour. Sans plus tarder, je resserre les bretelles de mon sac à dos pour la forme et je m’élance.

À l’anse du Gouvernement, un téléphone public est magnifiquement disposé en pleine nature.
Photo Mathieu Dupuis
À l’anse du Gouvernement, un téléphone public est magnifiquement disposé en pleine nature.

Arrivé aux falaises, non pas sans effort­­­, je découvre un paysage qui me laisse sans voix. C’est au-delà de mes attentes. Je me sens seul au bout d’un nouveau monde ! Je monte sur chaque colline qui ceinture la côte morcelée en quête de découvertes. J’en perds la notion du temps ! Soudainement, ma montre sonne. Je viens de franchir le cap des 12 kilomètres de marche depuis mon départ. Une lumière dorée est voilée par les embruns salins balayés par les vents. Je remonte péniblement vers le premier sommet afin de rejoindre le sentier, le regrettant à peine. J’ai la tête pleine d’images, l’appareil photo aussi !

Langlade, une île de 9 km2, n’a pas d’habitants permanents. Seulement quelques résidences secondaires occupent ce territoire de grande nature.
Photo Mathieu Dupuis
Langlade, une île de 9 km2, n’a pas d’habitants permanents. Seulement quelques résidences secondaires occupent ce territoire de grande nature.

Redescendre vers le village

Au retour, je dévale le sentier le pas un peu fragile. Je redouble de prudence dans les descentes rocheuses. À quelques reprises, je m’allonge à même le sol, le temps de souffler un peu et de soulager mes épaules du poids du sac à dos. Je contemple le paysage du même coup. Quatre kilomètres plus tard, je descends enfin vers le village sur une route dans la pénombre qui s’installe. Une camionnette s’immobilise et on m’offre d’embarquer. Malgré l’heure et la fatigue, je décline poliment l’offre avec le sourire. Je suis à 400 mètres d’atteindre les 20 kilomètres de marche aujourd’hui. Donc, pas question d’abandonner ici !

En direction des randonnées du Cap de Miquelon, la couleur est au rendez-vous
dans les rues du village.
Photo Mathieu Dupuis
En direction des randonnées du Cap de Miquelon, la couleur est au rendez-vous dans les rues du village.

 


Mathieu Dupuis est photographe de voyage professionnel. Il a notamment collaboré avec certains magazines sur la scène internationale tels que le National Geographic (É.-U.) et le GEO (France). Pour en savoir plus sur son travail, consultez le site mathieudupuis.com