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Rosie Bourgeoisie: «Je suis grosse»

Rosie Bourgeoisie, danseuse et professeure de burlesque, aspire à déstigmatiser les corps atypiques.
Photo Agence QMI, Ariane Labrèche Rosie Bourgeoisie, danseuse et professeure de burlesque, aspire à déstigmatiser les corps atypiques.

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Elle gagne sa vie comme danseuse et professeure de burlesque. Mais en coulisse de son métier fait de strass et de paillettes, un désir anime la Montréalaise de 28 ans Rosie Bourgeoisie : déstigmatiser les corps atypiques. Entretien avec une jeune femme moderne.

Comment as-tu découvert l’univers du burlesque ?

J’ai fait des cours de danse quand j’étais plus jeune. Mais je me suis jamais dit que je pourrais être danseuse professionnelle, surtout à cause des limitations de styles physiques. En grandissant, je me suis intéressée au pin up et au vintage. Je me suis jointe à la troupe de burlesque Sublimes Rondeurs et j’ai découvert un univers de personnes comme moi, passionnées par la scène et désirant changer l’œil des gens par rapport aux personnes taille +.

Est-ce une impression ou le milieu burlesque semble mieux « accepter » de mettre en scène des personnes avec des courbes ?

Il y en a plus parce qu’on voit tous les corps. La différence corporelle est vraiment mise en valeur. N’importe qui peut faire du burlesque en autant qu’elle ait une passion, une force liée au burlesque. Parce que c’est un art multidisciplinaire.

Rosie Bourgeoisie, danseuse et professeure de burlesque, aspire à déstigmatiser les corps atypiques.
Photo Agence QMI, Ariane Labrèche

Justement, on a tous en tête les films Burlesque ou Moulin Rouge, mais c’est quoi, vraiment, le burlesque ?

À l’heure actuelle, c’est un art qui combine la danse, le théâtre et le costume. Il faut avoir un style, un maquillage, une coiffure, monter son histoire et sa chorégraphie. Pour moi, il y a aussi un côté politique au burlesque. Les femmes taille + sont marginalisées dans les médias. Ça commence à aller mieux avec le courant body positive, mais quand même, pour moi, se mettre à nue sur un stage, c’est se montrer très vulnérable. Être sur scène est donc une façon, pour moi, de passer mon message.

Tu as l’air, quand on te voit sur scène ou si l’on regarde ton compte Instagram, d’avoir une sexualité très assumée. Quelle est en général la réaction des gens face à ton corps et cette assurance que tu affiches ?

Honnêtement, j’ai jamais vraiment eu à gérer des réactions très négatives. Je crois que les gens que ça dérange sont mal à l’aise avec leur propre personne ou leur sexualité, leur sensualité ou les corps nus.

Le corps de la femme ou des personnes qui s’exposent de façon féminine font l’objet d’un certain contrôle. On veut voir des filles qui correspondent à des standards précis. Moi, je ne retouche rien. Il n’y a pas de filtre ou de jeu de lumière dans mes photos. Donc on voit mes varices, mes vergetures, mes bourrelets et mes imperfections. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour laquelle je fais ce que je fais : pour me mettre à nue avec moi-même et aussi devant les gens.

Dirais-tu qu’il y a quelque chose qui relève de l’empowering dans ta démarche ?

Tout à fait ! Même si ce n’est pas facile tous les jours de s’exposer comme ça à cause, notamment, de notre estime de soi ou de notre niveau d’anxiété, qui sont fluctuants. Mais sinon, ma relation avec mon corps a totalement changé depuis que je fais du burlesque et des photos nues. Quand je vois mon corps nu en photo, sans photoshop, sur un mur très grand, c’est quelque chose. Ça me fait pleurer... d’ailleurs ça me donne encore envie de pleurer de parler de ça. Mais positivement.

Quel est le terme qu’il faut utiliser pour parler du corps des personnes taille + ?

Moi, ça me dérange pas de dire que je suis grosse, mais je crois que c’est mieux de demander à la personne. Parce que certains ont de la dysphorie face à leur corps, et d’associer le mot « gros » à leur personne est insultant ou péjoratif. Donc moi, je dis que je suis grosse ou taille +, mais c’est personnel à chacun.

Rosie Bourgeoisie, danseuse et professeure de burlesque, aspire à déstigmatiser les corps atypiques.
Photo Agence QMI, Ariane Labrèche

Quand tu étais jeune, tes profs de danse te parlaient-ils de ton poids ?

Euh oui ! Pas tous. Mais beaucoup. La directrice de mon école, une fois, m’a dit que c’est parce que j’étais grosse que je m’étais blessée alors que ma blessure n’avait rien à voir avec mon poids. Toutes les personnes qui n’avaient pas des shapes de danseuses professionnelles recevaient des commentaires fatphobic et oppressifs par rapport à leur poids.

C’est certain qu’avec mon corps, des fois, j’ai plus peur de pousser mes limites à cause de l’oppression dont j’ai été victime quand j’étais petite. On me disait : « t’es grosse, t’es pas capable de faire ça. » Ça, ça m’a vraiment freinée beaucoup au début dans ma carrière. Maintenant, j’essaie de me faire confiance.

Justement, comment ton poids a teinté ton enfance ?

Moi, je voulais être mannequin, actrice, pis toute. Pis je me faisais toujours dire que ce serait impossible à cause de mon corps. C’était vraiment difficile en grandissant. Même mes amies au secondaire voulaient bien faire et être gentilles. Elles me demandaient ce que j’allais faire quand j’allais devoir me mettre nue devant un gars. Si j’allais être correcte.

Rosie Bourgeoisie, danseuse et professeure de burlesque, aspire à déstigmatiser les corps atypiques.
Photo Agence QMI, Ariane Labrèche

À propos des filles qui « se trouvent grosses », justement...

Quand j’étais jeune, toutes mes amies me disaient qu’elles se sentaient grosses. Je ne savais pas quoi leur répondre. Parce que moi, je n’étais pas à l’aise dans mon corps. Alors ce n’est pas facile de faire face à de telles remarques. Tu peux pas te sentir ou te trouver grosse. T’es grosse ou tu l’es pas. L’autre jour, je me disais « je me sens grosse ». Rectification : je SUIS grosse. Je ne peux pas me sentir grosse. Je peux dire « je me sens ballonnée » ou « je ne me sens pas bien dans mon corps ».

As-tu déjà voulu perdre du poids ?

Ma mère faisait des régimes. Elle a un surpoids aussi. Alors je le faisais aussi. Ç’a été dans mon subconscient beaucoup, vouloir maigrir. Je m’entraînais full, je faisais de la natation, du sauvetage et j’allais au gym.

Donc « la grosse pas en forme » c’est un mythe ?

C’est pas vrai pantoute ! Ado, j’étais en parfaite santé. Au Cégep, j’étais sauveteur. Je levais des gars de 250 lbs dans la piscine. J’étais végétarienne aussi. J’avais une bonne alimentation contrôlée et un mode de vie sain. Et j’étais quand même en surpoids. J’ai eu des accidents de travail quand j’étais sauveteur et des problèmes de santé mentale. C’est surtout là que je n’étais pas en santé. Dans ma tête. Je pense que les personnes qui sont en surpoids depuis l’enfance vivent des stigmates importants qui se répercutent sur leur santé mentale.

Est-ce que tu as l’impression que, dans notre société, les « grosses » n’ont pas le droit d’être désirées ou désirables ?

Je le croyais avant. Je pense que c’est plus difficile quand tu es grosse, parce que tu es plus marginalisée, plus oppressée et que tu es plus victime de bullying.

Ton geste de monter sur scène est politique. Quel est le message que tu tentes de faire passer ?

C’est de s’accepter comme on est. Peu importe notre shape, on est beaux et belles et désirables et désirés. C’est important de ne pas avoir peur d’être vulnérable et de se mettre à nue. Moi, je le fais sur scène pour que peut-être quelqu’un soit capable de le faire dans la vraie vie. Ça me touche vraiment quand les gens m’écrivent pour me dire que je les aide à se sentir mieux dans leur corps et de s’accepter comme ils sont.


► Lisez l’entrevue complète sur le site web de Tabloïd.