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Comment un lanceur d’alerte a fait sauter le secret bancaire suisse

Un ex-banquier publie un livre dans lequel il décrit l’immoralité des très riches

Brad Birkenfeld
Photo d’archives, Jean-François Cloutier Bradley Birkenfeld, un sonneur d’alarme américain qui a levé le voile sur les activités offshore illégales de la banque suisse UBS.

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Un célèbre lanceur d’alerte américain décrit un monde de luxe et d’immoralité inouïs dans un livre autobiographique qui paraît ces jours-ci en français sur un énorme scandale d’évasion fiscale offshore au sein de la banque suisse UBS.

Dans Le Banquier de Lucifer : comment j’ai brisé le secret bancaire suisse (éditions Max Milo, Paris), l’ancien banquier américain Bradley Birkenfeld raconte comment il a fini par devenir l’un des lanceurs d’alerte les plus importants de l’histoire financière récente.

Ses informations ont mené à l’ouverture d’une enquête de la justice américaine sur les pratiques de la banque UBS. Elles ont forcé la Suisse à mettre en grande partie un terme à son légendaire secret bancaire.

UBS a dû payer une amende de 780 millions $ US au gouvernement américain en 2009. Les informations données par Birkenfeld ont permis d’aller récupérer la somme colossale de cinq milliards $ US en impôts impayés auprès d’UBS.

En France, un procès est en cours contre UBS pour des pratiques similaires.

Birkenfeld, qui a dû faire de la prison pour ses actions commises chez UBS, s’est lui-même vu remettre un chèque de 104 $ US par le fisc américain, l’Internal Revenue Service (IRS), pour ses informations.

Courtiser les très riches

Le récit de Birkenfeld sur ce qui l’a amené à devenir lanceur d’alerte est captivant.

L’ancien banquier d’UBS raconte comment UBS a cherché à augmenter sa clientèle dans les années 2000 en démarchant agressivement de riches clients à l’étranger, en particulier aux États-Unis.

Birkenfeld vendait à ses clients la méthode trois zéros, c’est-à-dire « zéro impôt sur le revenu, zéro impôt sur les plus-values et zéro droit de succession ». Son terrain de chasse de prédilection : les événements VIP où des gens très riches se réunissent : Grand Prix, festivals haut de gamme, compétitions de yachts.

C’est un monde de yacht, de bijoux magnifiques, de maîtresses aux seins siliconés et de taxes réduites au minimum grâce à des stratagèmes sophistiqués élaborés par une armée de banquiers discrets grassement rémunérés. Les banquiers d’UBS étaient formés pour déjouer les douaniers américains et canadiens.

Bradley Birkenfeld a aujourd’hui pris sa retraite du monde financier. Il consacre une partie de son temps à aider d’autres lanceurs d’alerte à se défendre.

Extraits

<b><i>Le banquier de Lucifer</i></b><br />
Max Milo, 352 pages
Photo courtoisie
Le banquier de Lucifer
Max Milo, 352 pages

« On pouvait faire vraiment tout et n’importe quoi avec les comptes secrets que la loi autorisait, et le droit suisse permettait presque tout sauf l’homicide. »

« Étant le seul Américain d’une troupe d’élite de banquiers privés suisses, j’avais perfectionné mon jeu, en volant en première classe dans le monde entier, en séjournant dans des hôtels cinq étoiles, et en jouant de ma séduction pour amener une pléthore de membres du cercle des 1 % des plus riches. »

« Un autre que moi aurait pu tomber dans les excès de l’euphorie, organiser des fêtes exorbitantes, se baigner dans le champagne, séduire de belles femmes avec des cadeaux et des promesses qu’il n’aurait sans doute pas pu tenir. Mais j’avais déjà fait tout cela, et j’avais appris depuis longtemps que ce qui comptait n’était pas du tout l’argent. »