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Il a fraudé des gens pour 100 000$ et risque la prison

Michael Barchichat leur promettait des financements avant de disparaître avec leurs mises de fonds

Juna Louisma et Jean Donat Marceau (ci-dessous) ont témoigné, en mars, au palais de justice de Montréal contre Michael Barchichat, à qui ils ont remis toutes leurs économies, soit 70 000 $, en 2009. L’homme avait promis un prêt à 5 % d’intérêts.
Photo Chantal Poirier Juna Louisma et Jean Donat Marceau (ci-dessous) ont témoigné, en mars, au palais de justice de Montréal contre Michael Barchichat, à qui ils ont remis toutes leurs économies, soit 70 000 $, en 2009. L’homme avait promis un prêt à 5 % d’intérêts.

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Un beau parleur qui faisait miroiter des prêts hypothécaires à des gens vulnérables risque maintenant la prison pour avoir fraudé six personnes, dont un couple de Repentigny qui a perdu 70 000 $.

« C’étaient toutes nos économies, je n’avais plus rien pour nourrir mes enfants. Encore aujourd’hui, cet argent manque à notre famille », déplore Juna Louisma.

Elle et son mari Jean Donat Marceau font partie des six victimes qui ont témoigné, en mars, contre Michael Barchichat devant la Cour du Québec.

Juna Louisma et Jean Donat Marceau
Photo Matthieu Payen
Juna Louisma et Jean Donat Marceau

Celui-ci a été reconnu coupable, mardi dernier, par la juge Linda Despots d’avoir lésé les victimes de près de 100 000 $ au total, « par le mensonge et la supercherie ».

La juge a fait remarquer dans sa décision que toutes ces personnes cherchaient du financement et ont eu recours au prêt privé, une activité légale, parce qu’elles n’avaient pas les ressources financières exigées par les banques.

C’est ainsi que Mme Louisma et M. Marceau se sont tournés vers Barchichat en 2009.

À l’époque, ils attendaient leur cinquième enfant et souhaitaient quitter leur logis 5 ½ pour acheter une maison. Ils ont trouvé leur bonheur à Laval et ont immédiatement signé une offre d’achat sous réserve d’obtenir un financement rapide, ce que leur faisait miroiter Barchichat.

Sympathique

« Il était souriant, sympathique, il nous disait qu’il possédait des garderies, des maisons, des bijouteries. Il semblait avoir beaucoup d’argent, c’était un deuxième roi Salomon », se souvient M. Marceau, qui est chauffeur de taxi.

Barchichat a proposé au couple un prêt à un taux de 5 % d’intérêts, à condition de verser une mise de fonds de 70 000 $. M. Marceau et Mme Louisma n’ont pas hésité et ont signé une traite bancaire qui a été encaissée.

Leur rêve de devenir propriétaires s’est évanoui lors du rendez-vous chez le notaire, auquel Barchichat ne s’est jamais présenté.

« J’ai essayé de l’appeler, mais il ne répondait plus au téléphone. C’est comme s’il avait disparu », dit Mme Louisma.

À bout, l’homme et la femme se sont présentés au bureau de Barchichat, qui les a fait évacuer par la police.

Banque alimentaire

Le couple a alors porté plainte au civil et a obtenu gain de cause, mais n’a jamais revu ses 70 000 $ puisque Barchichat a déclaré faillite en 2010.

« Il nous a tout pris. J’ai dû nourrir mes cinq enfants à la banque alimentaire », confie M. Marceau, toujours ému neuf ans après les faits.

En rendant son verdict, la juge Despots a insisté sur le témoignage « peu fiable » et « désorganisé » de l’accusé, ainsi que sur ses « explications nébuleuses ».

Sans préciser la sanction demandée, le procureur de la Couronne Louis-Philippe Meek-Baillot a indiqué que les torts étaient importants et qu’une peine d’emprisonnement sera probablement réclamée.

La décision sur la peine sera rendue le 19 décembre.

 

Un lourd dossier judiciaire

Michael Barchichat accumule près de 40 poursuites au civil contre lui pour des fraudes, le non-paiement de taxes ou même une accusation de vol d’équipements de plus de 380 000 $.

« Des victimes [de Barchichat], il y en a des dizaines. Je ne comprends pas pourquoi on n’en a pris que six », s’interroge, sous le couvert de l’anonymat, une personne bien au fait du dossier.

De nombreuses personnes, banques et compagnies, et même des commissions scolaires, se sont adressées aux tribunaux depuis 2002 pour réclamer à Barchichat et à ses entreprises des montants allant de quelques centaines de dollars à des centaines de milliers de dollars. Certaines de ces procédures sont toujours en cours.

La Couronne a préféré sélectionner, pour ce procès, des cas portant des similarités entre eux, lors du dépôt de ces accusations.

Les voici :

1. Pas de financement pour son commerce

Abderrahmane Yami voulait acheter une franchise de restaurant en 2008. Il a fait affaire avec Barchichat, qui lui a réclamé 12 000 $ de frais de gestion. Les deux hommes ont visité de nombreux restaurants pour trouver la meilleure affaire, mais aucun n’a satisfait Barchichat. Après plusieurs mois de recherches, une promesse d’achat a été signée, mais le financement n’a jamais été fourni.

2. Elle a dû trouver de l’argent ailleurs

Maria Goretti Nibasumba cherchait une maison pour sa famille en 2008. La mère célibataire a repéré un bien à Mercier, en Montérégie, et s’est tournée vers Barchichat, à qui elle a versé un total de 17 300 $. En échange, Barchichat lui garantissait un prêt à 5 % d’intérêts. Mais prétextant un problème de financement, le fraudeur a transmis le dossier à son père, Jean-Marc Barchichat, sans plus de succès. Désespérée, Mme Nibasumba a tenté de se faire rembourser, avant de se résoudre à trouver un autre financement.

3. Fausse publicité

Mariama Barry était tout heureuse en 2009 de tomber sur une publicité proposant un financement à 100 % pour acheter une maison. Avec son mari, Mohamed Maguiraga, elle n’avait pas les moyens de mettre de côté une grosse mise de fonds. Elle a donc vu là une opportunité à saisir. Mais l’offre de financement était trompeuse. Le couple a remis un total de 5200 $ à Barchichat, pensant qu’il s’agissait d’une mise de fonds. Mais ils n’ont jamais obtenu de financement et l’argent ne leur a jamais été remis.