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Elle a le dos bien large la «Charte»...

Jean-Martin Aussant
TOMA ICZKOVITS/AGENCE QMI Jean-Martin Aussant

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La « Charte des valeurs » a le dos large. Et si on se penchait aussi sur ceux qui ont l’accusation de racisme si facilement aux lèvres...

Le fondateur d’Option nationale et ex-candidat du Parti québécois Jean-Martin Aussant voit juste quand il analyse que « si le PQ ne change rien, on connaît le résultat de la prochaine élection ». En effet, il faut plus qu’un congrès et des états généraux dont les confins ne se limiteraient qu’aux membres du parti.

Bien que la défaite soit encore toute fraiche et que le temps est encore court pour établir des réponses précises à la déconvenue électorale, ne rien faire et espérer pour le mieux, ce serait la recette de la mort du PQ.

À l’opposé, tout jeter par terre en espérant « refonder » une nouvelle enseigne qui intéresserait l’ensemble des indépendantistes, voilà qui serait aussi un pari très risqué.

Disons-le tout de suite, la véhémence avec laquelle une part non négligeable de l’autre formation « indépendantiste » fustige tout ce qui s’approche du PQ ou de ses militants n’est pas près de se résorber. Aussi, en croissance bien relative, l’indépendantisme de gauche (l’épithète est essentielle ici) n’obéit pas aux impératifs de l’urgence d’agir pour faire l’indépendance.

Son combat est davantage à gauche, l’indépendance étant un outil parmi d’autres pour faire avancer cette cause, la plus importante. Rien n’indique qu’à la suite de la dernière élection, cette donnée, capitale ait changé.

On doit rappeler que la gauche indépendantiste est toujours en 4e place à l’Assemblée nationale. Malgré la dégelée historique du PQ, celle-ci a été incapable de lui ravir sa place. Et qu’on n’y voit pas un prix de consolation pour le PQ. Ce n’en est pas un. C’est un constat, tout simplement.

Avant de sacrer la maison par terre pour espérer en rebâtir une plus belle, encore faut-il connaître le mieux possible l’état de sa fondation.

Laïcité et identité

Le Parti québécois a perdu ses repères, c’est l’évidence; des fuites à gauche, à droite, et ce pari risqué, perdant en fin de compte, de l’attentisme par rapport à ce qui devrait pourtant être le moteur de son action, l’accession à l’indépendance.

En reléguant l’indépendance à un second mandat, en misant tout sur un programme de « bonne gouvernance » pour nous y conduire, le PQ a ouvert la porte aux désistements.

Saisissant la balle au bond, Québec solidaire a beaucoup insisté sur la promotion de l’indépendance. C’est de bonne guerre même si, au sein de son programme, QS demeure aussi ambigu que le PQ sur cette question par sa patente de constituante.

Surtout, le PQ demeure sonné par les stigmates de sa tentative infructueuse de légiférer en matière de laïcité de l’État. Et ne pas y voir une des causes de la récente déconfiture électorale serait une errance impardonnable.

À sa droite, la CAQ de François Legault a occupé l’essentiel de la défense et de la promotion de l’identité québécoise et de la nécessité de légiférer en matière de laïcité. Certes, le Parti québécois le proposait aussi, mais s’est imposé une timidité en la matière pour ne pas revivre les attaques de la campagne de 2014.

Pourtant, doit-on le rappeler, la majorité de la population du Québec est d’accord avec le principe de la laïcité institutionnelle.

Aussi, un parti indépendantiste qui s’impose discrétion sur la défense de l’identité de la nation au nom de laquelle il fonde son projet de base, voilà qui en a refroidi plusieurs; lesquels n’ont pas hésité un instant à appuyer, cette fois du moins, la CAQ.

Le Parti québécois n’a jamais répondu avec assez de vigueur aux attaques, souvent fallacieuses et méprisantes, de l’élite diversitaire – dont plusieurs des représentants sont justement chez Québec solidaire, rappelons-le. Aucune « refondation » du PQ ne parviendra jamais à contenter ceux qui ont travaillé si fort pour que colle à la peau de ce parti, de manière fallacieuse, l'assignation de racisme.

Il faudra le répéter toujours, et encore aujourd’hui, il n’y a absolument rien de « raciste », ou de « xénophobe », à militer pour l’institution de la laïcité de l’État. Rien, rien, rien.

Le multiculturalisme est une idéologie et comme toute idéologie il est sain et nécessaire d’en discuter, d’en débattre, voire de trouver pertinent de la remplacer par autre chose.

Ce qui est le plus dangereux, ce sont ceux qui tiennent à tout prix à ce que nous ne débattions pas d’une idéologie, ceux qui se battent de toutes leurs forces pour qu’une idéologie s’impose comme un dogme inattaquable, indiscutable. Notamment en traitant, faussement, ceux qui veulent en débattre de « racistes, de xénophobes ». Des assignations qui ne visent qu’a cadenasser tout débat sur la question.

On peut discuter de tout ce qui a été mal fait, de la mécanique ou du vocabulaire employé lors des débats sur le projet de loi 60 du PQ (la Charte). On peut rappeler aussi des travers et errements de certains éléments du projet de loi; lesquels demeurent aujourd’hui, du moins dans ce que le chef de la CAQ laisse entendre, comme ce foutu crucifix que l’on veut protéger, pour ne pas s’aliéner ce vieux fond conservateur, part essentielle de l’électorat caquiste.

Mais vouloir empêcher tout débat sur la question est plus nocif que tout le reste.

Et même si le Parti québécois changeait de nom, même s’il refondait complètement ses institutions, cela n’empêchera pas l’élite multiculturaliste de continuer à combattre, par les mêmes tactiques délétères, un parti indépendantiste qui propose un geste de rupture d’avec le Canada aussi puissant que de rompre avec le multiculturalisme, socle par lequel le Canada se construit, se définit.

Reste à voir comment la CAQ manoeuvrera dans ce dossier épineux. Déjà, François Legault a jeté du lest. On a repoussé le tout à l’an prochain. La pression sera forte pour qu’il abandonne sa promesse de laïcité ou qu’il la dilue à un point tel que celle-ci soit inopérante.

Ce que l’on sait, déjà, c’est que les mêmes harangueurs qui traitaient le PQ de racistes sont à l’œuvre pour lancer les mêmes accusations, cette fois-ci envers la CAQ.

Et si on ne tournait pas plutôt notre attention sur eux, sur ceux qui ont l’assignation de « racisme », de « xénophobie » si facile, systémique pour emprunter à leur langage. Ceux qui travaillent si fort pour noircir et connoter négativement toute défense de l’identité québécoise...

... tout en étant, souvent, eux-mêmes, parmi les plus « identitaires » qui soient. Car il y a quelque chose de vraiment ironique, de se faire traiter de « sale identitaire » par certaines personnes qui ne se définissent que par leur origine ethnique ou leur appartenance religieuse. Au point d’en faire une condition d’intégration à la société d’accueil.

Dans sa réponse à l’éditorialiste en chef de La Presse François Cardinal, le chroniqueur Christian Rioux a été cinglant : « Le prétendu pluralisme que brandit François Cardinal n’est en réalité que le cache-sexe des difficultés d’intégration que connaît le Québec. »

Entre ceux, indépendantistes et nationalistes, nombreux, pour qui la défense de l’identité québécoise, des principes de laïcité de l’État, sont des convictions inaliénables; et les autres, allergiques à toute référence à l’identité de la nation et bien plus portés vers le multiculturalisme et l’indépendantisme, pourvu qu’il soit à gauche et en symbiose de leurs convictions, peut-on espérer qu’il y ait conciliation?

Voilà un peu la toile de fond à partir de laquelle le Parti québécois doit aborder sa « refondation ». Le tout s'annonce complexe, ardu. Mais si quelqu'un peut y arriver, toujours en plaçant la question de l'accession nécessaire à l'indépendance - sans à priori indéologique - au centre de toute refondation du mouvement indépendantiste, c'est fort probablement Jean-Martin Aussant.