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Fermetures annoncées

Fermetures annoncées

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Renversons le scénario RONA. Une multinationale québécoise achète une chaîne de quincailleries aux États-Unis. Après deux années à étudier le marché, elle décide de fermer quelques magasins en Arizona. Un petit pourcentage de la superficie totale de ses magasins.

Il y a perte d’environ 60 emplois mais nos bons Québécois, depuis leur arrivée dans le marché américain, en ont créé des centaines de nouveaux car, malgré les fermetures qu’on pourrait appeler stratégiques, la chaîne connait une expansion néanmoins prudente car le commerce au détail est un secteur vulnérable aux soubresauts économiques.  

Pensez-vous que le gouverneur de l’état va se mettre le nez là-dedans ? Que les journaux vont dénoncer la quête du profit des Québécois sans cœur ? Qu’on va dire aux Québécois comment gérer leur business ?

Quand Couche-Tard ferme une enseigne acquise quelque part dans le monde, est-ce que cela fait la une des journaux ?

Mon RONA

J’ai vécu pendant huit ans à côté d’une de ces RONA qui pourrait fermer ses portes. Situé au beau milieu d’un quartier résidentiel, il sert surtout une clientèle de professionnels de la construction à partir de son immense cour à bois.

Camions, pollution, bipbip, bruits, poussière : les voisins tout autour endurent cela depuis des décennies. Droits acquis oblige !   

La quincaillerie est minable. Pas d’aménagement, pas de choix, prix élevés, service quasi inexistant, à moins d'être un contracteur qui achète des 2 X 4 ou des poches de ciment.

Lowe’s débarque avec ses gros magasins : que faire avec un RONA de cette catégorie ? Impossible de l’agrandir, il est enclavé par des résidences.

(Si vous n’avez jamais mis les pieds dans un Lowe’s, je vous le recommande. C’est toute une expérience de magasinage. Il n’y avait rien de tel avant leur arrivée.)

‘Oui mais’, disent certains, ‘le Québec a perdu un fleuron.’ On se calme, RONA c’est pas la NASA.

‘Oui mais, disent d’autres,’ cela affaiblit le Québec.’

Ce qui affaiblit le Québec, ce sont des entreprises non performantes. Il ne suffit pas de mettre un drapeau du Québec sur l’emballage pour que ce soit bon pour notre santé collective, comme la petite vache bleue des producteurs de lait du Canada.

L’autre version Dutton

Si l’ex-président de RONA, Robert Dutton, a été congédié et ce n’est pas moi qui l’affirme mais la Caisse de dépôt, c’est que les résultats n’étaient pas au rendez-vous.

Dans un communiqué diffusé en septembre, la Caisse souligne qu'en 2012, ‘la performance de Rona avait décliné de façon importante par rapport à son marché et l'entreprise n'avait pas réussi à changer sa trajectoire marquée vers le bas’.

‘La société a affiché des ventes comparables négatives sur une période de six ans, de 2007 à 2012. Les ventes comparables ont continué leur tendance négative après la période de récession 2008-2009 et se sont détériorées de manière significative (moins 8 pour cent) en 2011.’

En gardant de déplorables magasins comme celui que je décris au début, ce n’est pas étonnant.

C’est une gestion à la petite semaine chez RONA qui a ouvert la porte à une prise de contrôle par Lowe’s, pas parce que des Américains voulaient mettre le Québec à genoux.

Nostalgie

Perso, j’aimais la vie d’autrefois, de mon enfance. Quand nous vivions sur l’équivalent de la Rue des pignons, entourés de ce qu’on appelle maintenant des ‘commerces de proximité’ : l’épicerie qui ‘délivrait la commande’ que ma mère passait au téléphone, le quincailler qui vendait des traîne-sauvage, de la broche à poulet, du mastic et juste de la peinture SICO 'c'est fait ici ça madame'.

La Caisse, la Banque nationale, deux ou trois dépanneurs pour les bonbons à la cenne - Mojos, boules noires, lunes de miel, chips écrasés, retailles d’hosties et autres délices sucrés - ou les Mark Ten de mononcle, une ‘launderette’, un snack bar avec des juke box individuels sur le comptoir, une pharmacie qui ne vendait que des affaires de pharmacie et quelques cosmétiques. Pas d’épicerie. Pas de décorations de Noël.

Vous souvenez-vous de l’odeur des pharmacies ?

Mais ce n’est que nostalgie. Qui aujourd’hui échangerait un gros Maxi pour un petit Richelieu au coin de la rue ? Un Home Depot pour un ‘magasin de fer’ grand comme ma main ? Spotify pour La maison du 45 tours ? Schwartz pour Fred Smoked Meat ?

Nous vivons selon nos préférences. Deux choix s’offrent à nous : en accepter les inconvénients ou faire des changements.