/world/usa
Navigation

Jeff Sessions, l’éminence grise devenue bête noire de Trump

Jeff Sessions
Photo AFP, Jessica Kourkounis

Coup d'oeil sur cet article

WASHINGTON | Abruptement limogé mercredi par Donald Trump, le ministre américain de la Justice Jeff Sessions a connu une lune de miel avec le président, à laquelle a succédé une longue disgrâce.

Ce conservateur aux cheveux blancs soigneusement peignés se savait sur la sellette depuis qu’il s’est récusé dans l’enquête sur l’ingérence russe dans la présidentielle de 2016, un retrait que ne lui a jamais pardonné le milliardaire républicain.

M. Sessions avait appuyé sa candidature à la Maison-Blanche, à une époque où personne ne misait gros sur le magnat des affaires. Ils avaient scellé ensemble une alliance «anti-establishment.»

Donald Trump avait ensuite logiquement récompensé ce soutien fidèle en le nommant Attorney général, lui permettant de superviser le FBI, les procureurs et diverses agences fédérales stratégiques.

Jeff Sessions, qui ne se départ jamais de son calme et affiche a priori une bonhomie rassurante, avait semblé s’épanouir à ce poste prestigieux. Quelle promotion pour ce sénateur du petit État de l’Alabama, acteur marginal au sein du parti républicain!

Il a pu y agir en fonction de ses convictions, notamment sur une Amérique gangrénée par l’immigration clandestine, où les travailleurs blancs sont injustement écartés, où les valeurs chrétiennes ne sont plus respectées et où l’ordre public est trop souvent sacrifié.

Prénom du président confédéré 

Des idées partagées par M. Trump. Pourtant, quand les deux hommes, pratiquement du même âge, sont côte à côte, difficile d’imaginer tel contraste.

Le président est grand et corpulent, M. Sessions est petit et frêle d’apparence. Le premier a le verbe outrancier, le second a une voix flûtée avec un accent méridional.

Sur le milieu social, l’opposition se vérifie: Donald Trump est un milliardaire né à New York, Jeff Sessions est issu du Sud profond de l’Amérique, où son père tenait un magasin à la clientèle rurale. L’un a des goûts bling-bling, l’autre un train de vie frugal.

Marié trois fois, le président s’est vanté d’accumuler les conquêtes féminines. L’Attorney général a lui choisi une bien sage professeure d’école, active dans les bonnes œuvres paroissiales, le couple cinglant vers ses noces d’or.

Jefferson Beauregard Sessions III a reçu le prénom de son père et de son grand-père, qui lui-même le tenait de Jefferson Davis, le président des États confédérés sudistes pendant la guerre de Sécession.

Jeff Sessions est né à Selma, ville connue pour la répression policière qui s’était abattue sur des militants pacifiques marchant pour les droits civiques.

Pour ses détracteurs, cet ancien scout diplômé de l’université de droit de l’Alabama continue de porter cet héritage raciste, en plus d’être en faveur de la peine de mort ou opposé à l’avortement.

Déclarations controversées 

Des déclarations très critiquées qu’il a tenues dans les années 1980 l’ont poursuivi toute sa carrière. Alors procureur fédéral en Alabama, il avait reproché à un avocat blanc de faire « honte à sa race » en défendant des clients noirs.

Il se serait aussi adressé à un procureur noir en l’appelant « boy », un terme à forte connotation raciste aux États-Unis.

Ces propos avaient été mentionnés lors d’une audition en 1986 devant le Sénat, qui examinait sa candidature au poste de juge fédéral. Il avait réfuté l’utilisation du mot « boy » et fait passer comme un trait d’humour des commentaires semblant excuser le Ku Klux Klang.

De manière tout à fait inhabituelle, sa nomination avait été rejetée. Cela n’a pas empêché l’homme aux fines lunettes d’être élu et réélu plus tard au Sénat sur un programme conservateur pur et dur, dans lequel il vantait sa fermeté dans la guerre contre les drogues.