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Mission accomplie

Steve Bégin a enfin pu lancer sa toque d’étudiant en obtenant son diplôme d’études secondaires

C’est un Steve Bégin souriant qui a reçu son diplôme d’études secondaires en présence du ministre de l’Éducation du Québec, Jean-François Roberge, jeudi.
Photo Chantal Poirier C’est un Steve Bégin souriant qui a reçu son diplôme d’études secondaires en présence du ministre de l’Éducation du Québec, Jean-François Roberge, jeudi.

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Véritable petit guerrier du Tricolore, Steve Bégin a relevé avec brio une mission qui le remplit de joie et de fierté. À 40 ans, il a obtenu son diplôme d’études secondaires (D.E.S.), 22 ans après avoir décroché de l’école.

Le père de famille a réalisé un véritable tour de force en se replongeant le nez dans ses livres, lorsque le combattant québécois d’arts martiaux mixtes, Georges St-Pierre, lui avait lancé le défi de décrocher enfin son D.E.S. en 2017.

Il ne lui manquait que la réussite d’un examen d’anglais et le fameux cours de français de secondaire. Avec toute sa volonté et sa détermination, Bégin s’est raccroché à l’école pour devenir un exemple, non seulement dans la société, mais aussi sous son toit, pour ses deux filles, Méanne et Maylia.

Steve Bégin
Photo Chantal Poirier
Steve Bégin

Mais s’il avait dû asseoir ses fesses sur les bancs d’une école, le fougueux attaquant qui a disputé 560 matchs dans la LNH ne se serait pas engagé. Depuis la fin de sa carrière, les temps libres se font rares, tandis qu’il porte de nombreux chapeaux, dont celui de copropriétaire de Nobesco, une société d’ingénierie en construction.

Les nouvelles technologies lui ont toutefois ouvert une porte.

Pas du toc

Flanqué du ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, et de Georges St-Pierre, Steve Bégin a pu lancer sa toque avec six autres étudiants, jeudi.
Photo Chantal Poirier
Flanqué du ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, et de Georges St-Pierre, Steve Bégin a pu lancer sa toque avec six autres étudiants, jeudi.

C’est grâce à la plateforme éducative et technologique ChallengeU, développée par Nicolas P. Arsenault, qu’il a pu terminer son cheminement secondaire. Jeudi, dans un restaurant du Centre Bell où il a passé cinq saisons, il a enfin pu lancer sa toque avec six autres étudiants après un peu plus d’un an d’études.

Il ne faut pas croire qu’il a obtenu un diplôme au rabais trouvé en ligne. Au contraire, l’homme dans la quarantaine a suivi chacune des étapes et réussi les examens du ministère de l’Éducation comme un élève le fait à l’école.

« Je suis extrêmement fier. Je croyais qu’il me manquait quelque chose. Quand j’ai lâché l’école, je ne pensais pas vraiment au diplôme et je me disais que j’avais fait le bon choix, a expliqué celui qui ne vivait que pour le hockey dès son jeune âge. Quand je suis devenu un pro, je me suis dit qu’un jour, peut-être, je ne pourrais plus jouer au hockey en raison de blessures. Je me retrouvais donc sans rien devant moi. »

Et des blessures, Bégin en a pansé d’innombrables au fil de sa carrière passée à Calgary, Montréal, Dallas et Boston. Il suffit de penser aux quatre dents qu’il a laissées dans la bande du Centre Bell en avril 2004 en ratant une mise en échec. La bouche ensanglantée et suturée, il était revenu au jeu dans la soirée.

Malgré tout, il se dit heureux et fier de sa carrière. Il a la chance d’avoir réalisé son rêve et d’avoir bâti une belle vie à sa famille, lui qui n’a pas été élevé dans la ouate.

Ce diplôme s’ajoute à toute cette fierté. Plus tard, quand ses filles le questionneront, il pourra livrer ses vraies réponses plutôt que de patiner habilement en les détournant.

« Je l’ai fait pour moi, mais aussi pour lancer un message aux décrocheurs que c’est possible de terminer. Mais surtout, je veux être un exemple positif pour mes enfants qui vont à l’école et qui, un jour, vont me poser des questions, trouver leur parcours difficile et parfois se remettre en question.

« À ce moment, je vais pouvoir leur dire que c’est important de continuer et de terminer l’école, a-t-il enchaîné. Avant, quand je n’avais pas terminé, ma crédibilité en prenait un coup. »

Il sera plus crédible encore, car il a passé haut la main en collectionnant des notes de 80 et 90. La preuve que tous les efforts finissent par payer.

Le prodige des embûches

 

Durant son cheminement scolaire, Steve Bégin a non seulement travaillé fort, mais il a aussi réalisé qu’il présentait des symptômes de dyslexie et de dysphasie, des troubles du langage écrit et oral.

C’est en aidant l’une de ses filles pour ses devoirs et ses leçons qu’il s’est aperçu de problèmes qu’il avait dans sa jeunesse, des problèmes qu’il rencontrait encore dans ses études.

Ce n’était donc pas une mince affaire que de réussir son cours de français, réputé comme le plus difficile au secondaire, en présentant des difficultés à résumer sa pensée à la lecture et à l’oral.

« C’était difficile pour moi, car je devais recommencer et réécouter les explications. J’avais besoin d’exemples. Je reprenais beaucoup de choses pour pouvoir bien comprendre », a raconté celui qui a souvent peiné dans ses lectures et ses longues rédactions.

Ce n’est donc pas pour rien qu’il n’était pas un amateur de bouquins, plus jeune. Au primaire et au secondaire, il se débrouillait. Toutefois, dans les années 1980 et 1990, ces troubles n’étaient pas décelés en classe, comme c’est le cas de nos jours. Le système d’éducation était sans pitié.

« T’étais pas bon, donc t’étais pas bon », s’est rappelé Bégin, qui avait vite été catégorisé à l’époque. Il a donc tout fait pour que sa fille puisse s’épanouir pleinement dans son cursus scolaire afin qu’elle réussisse.

Soirs et matins

Pour réussir cette fois, Bégin n’a pu compter les soirs et les matins où il s’est plongé dans ses études. Il ne voulait manquer aucun moment en famille, donc il n’avait d’autre choix que d’étudier après avoir déposé ses filles dans les bras de Morphée.

« Mon plus grand défi, c’était de trouver du temps. Avec ma compagnie, mes événements promotionnels, les anciens du Canadien et le club MVP, c’était difficile. Mais avant tout, il y avait ma femme et mes filles. C’était le plus important et elles étaient au sommet de ma liste. Dans mon horaire, j’ai trouvé les soirs et matins très tôt. Mais quand j’avais un examen, j’étudiais beaucoup plus. »

Comme un gamin, il attendait les résultats. Quand il les recevait, il était toujours agréablement surpris et se demandait pourquoi il était si stressé. Comme tout élève, le test suivant amenait son lot d’anxiété.

Selon lui, un examen scolaire est plus angoissant qu’un match des séries éliminatoires de la LNH. Sauf que cette fois, il en ressort avec le trophée.

Malgré tous les sentiments de satisfaction, il ne compte pas s’attaquer aux études collégiales.

Deux diplômes

En discutant avec le représentant du Journal de Montréal, Bégin a raconté une anecdote amusante. En juillet, quand il a reçu par la poste le document officiel tant attendu, attestant qu’il avait réussi son secondaire, une surprise l’attendait dans l’enveloppe. Il n’avait pas reçu un, mais deux diplômes.

Par erreur, le ministère avait acheminé le document d’une dame de Vaudreuil à son adresse. Le lendemain, il s’est donc fièrement empressé d’aller lui remettre en mains propres.

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