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Journée noire pour Bombardier

L’entreprise coupe 5000 postes, déçoit le marché et dégringole en Bourse

Les mines des travailleurs de Bombardier étaient basses lors du passage du Journal à l’usine de Dorval.
Photo chantal poirier Les mines des travailleurs de Bombardier étaient basses lors du passage du Journal à l’usine de Dorval.

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5000 emplois abolis, dont 2500 au Québec. Confrontée à de nouveaux problèmes financiers, Bombardier fera la plus grosse coupe dans ses effectifs québécois depuis au moins 20 ans. Choc aussi en Bourse : l’action de l’entreprise a perdu le quart de sa valeur jeudi.

Après avoir reçu 1,3 G$ de Québec et 372,5 M$ d’Ottawa, Bombardier procède à une énième ronde de mises à pied qui frappera des ingénieurs, des machinistes, des employés de bureau et des cadres. Les installations aéronautiques de Dorval, Saint-Laurent et Mirabel seront toutes touchées au cours des 12 à 18 prochains mois.

« Vu qu’on n’a pas de détails, nos membres sont tous inquiets », déplore David Chartrand de l’Association des machinistes et des travailleurs de l’aérospatiale. En incluant les activités ferroviaires, Bombardier emploie 14 500 personnes au Québec et 70 000 dans le monde.

« Quand ta conjointe te demande si tu fais partie de ceux qui sont affectés, t’es obligé de répondre que tu ne le sais pas », ajoute-t-il.

Trou dans les finances

Le couperet tombe alors que Bombardier déçoit les analystes avec des sorties d’argent plus élevées que prévu d’au moins 150 M$ au troisième trimestre. Le marché doute désormais du succès du redressement entrepris par le PDG Alain Bellemare en 2015. L’action de Bombardier a dégringolé de 25 %, sa plus importante chute journalière en près de quatre ans.

Les 5000 licenciements coûteront 330 M$ à l’entreprise, mais lui procureront des économies annuelles équivalentes.

Comme si ce n’était pas assez, Bombardier a indiqué jeudi évaluer ses « options stratégiques » concernant ses jets régionaux CRJ, construits à Mirabel.

« Est-ce qu’ils vont vendre les CRJ ? Ils nous disent qu’il n’y a rien d’impossible, relate M. Chartrand. C’est comme s’ils mettaient ça sur Kijiji. C’est inquiétant. »

Avec la cession des avions C Series/A220 à Airbus et Q400 à Viking Air, Bombardier pourrait donc quitter l’aviation commerciale pour se replier sur l’aviation d’affaires et le rail.

« Il n’y a pas de désengagement par rapport au Québec, a insisté un porte-parole, Olivier Marcil. Il s’agit d’une restructuration, d’un ajustement de la taille de l’entreprise pour des raisons de productivité. »

Bombardier vendra par ailleurs ses centres de formation en aviation d’affaires à CAE pour 1 G$, ce qui porte à 2,3 G$ les ventes d’actifs réalisées depuis mai.

 

Mises à pied de Bombardier au Québec

  • 2001: 2000 postes (Montréal et Toronto)
  • 2003: 1800 postes (Montréal et Toronto)
  • Février 2009: 710 postes 
  • Avril 2009: 1030 postes
  • 2015: 1000 postes
  • Février 2016: 2400 postes
  • Octobre 2016: 500 postes
  • 2018: 2500 postes

 

Réactions

« L’industrie aéronautique est en santé et votre gouvernement est là pour aider à remplacer les emplois perdus. » — Pierre Fitzgibbon, ministre de l’Économie du Québec

« Il y a des réalités d’affaires auxquelles Bombardier fait face. C’est au gouvernement de s’asseoir avec l’entreprise pour trouver des solutions. » — Dominique Anglade, députée du PLQ

« Nous sommes déçus des emplois perdus. » — Navdeep Bains, ministre fédéral de l’Innovation

« La direction de Bombardier s’en met plein les poches en s’abreuvant de fonds publics pendant que, de l’autre main, elle met à pied des milliers de Québécois. » — Gabriel Nadeau-Dubois, porte-parole de Québec solidaire