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La Ville comme une facture

La Ville comme une facture
MARIO BEAUREGARD/AGENCE QMI

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L’administration Plante dévoilait aujourd’hui son budget et on ne parle que des taxes municipales.

C’est le deuxième budget présenté par M. Dorais, président du comité exécutif de la Ville et responsable des finances. C’est surtout le premier pour lequel c’est l’exécutif de Mme Plante qui était aux commandes du début à la fin du processus, la préparation du précédent ayant débutée sous M. Coderre. Comme l’an passé, la couverture journalistique de ce budget est orientée presque complètement sur le niveau des taxes municipales. Le budget de l’an dernier avait scandalisé nombre de gens puisqu’il incluait des hausses totales de taxes supérieures à l’inflation, en contradiction avec une promesse de Mme Plante.

Par pure coïncidence, j’avais hier l’occasion d’expliquer à des étudiants l’ABC du budget du gouvernement du Québec. Il s’agit évidemment dans ce cas également d’un document à forte connotation politique. La moitié des journalistes économiques ou politiques couvrent cet événement, en essayant d’y donner un sens. Ils cherchent à savoir quels groupes sont affectés par les mesures du budget, en bien comme en mal, et ce que pensent les représentants de ces groupes, comme les associations patronales, étudiantes, de patients, etc. Les journalistes vont également interroger des universitaires et des prévisionnistes pour savoir si les informations présentées dans le budget sont crédibles et appropriées aux grands défis auxquels sera confronté le Québec. La situation est essentiellement la même à Ottawa pour le budget fédéral. À Montréal, on vous dit de combien les taxes vont augmenter et c’est pas mal tout.

Je vous mets au défi de trouver un article de journal évaluant de combien les impôts et taxes du gouvernement du Québec vont augmenter l’an prochain. Personne ne fait jamais ce genre d’analyse. J’en profite pour vous apprendre que les revenus du gouvernement du Québec, comme du gouvernement fédéral d’ailleurs, augmentent pratiquement toujours plus vite que l’inflation. Il n’y a qu’en récession que ça n’est typiquement pas le cas et personne n’en parle non plus à ce moment-là. C’est un critère d’analyse qui n’existe simplement pas quand on regarde ces budgets. La façon dont nous traitons les budgets municipaux est complètement déconnectée de la façon dont nous parlons des budgets des ordres de gouvernement supérieurs.

On traite essentiellement le budget de Montréal comme on traite la hausse des tarifs d’Hydro-Québec. Est-ce que les prix vont augmenter plus vite que la moyenne des prix dans l’économie? Oui? Non? Bonne journée. Hydro-Québec nous vend de l’électricité, c’est toujours le même produit, on se demande seulement s’il va nous coûter plus ou moins cher l’an prochain. Montréal n’est pas une compagnie qui offre le même service année après année. Quand elle augmente les taxes, c’est pour payer pour quelque chose. Quand elle les baisse ou les gèle, elle doit couper quelque chose. Le panier de services municipaux évolue et la fiscalité reflète ces changements. M. Dorais n’aurait pas besoin de 364 pages pour vous dire de combien les taxes vont augmenter. Son budget nous apprend ce que l’administration va faire avec les fonds publics l’an prochain et dans les trois années à venir en termes d’investissements. Ne vous demandez pas pourquoi la politique municipale manque de dynamisme quand personne ne s’intéresse aux choix en matière de dépenses et que tout ce que nous demandons aux journalistes ou aux élus c’est combien ça coûte ?