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Refonder le PQ?

Jean-Martin Aussant
Photo d'archives, Nadia Lemieux Jean-Martin Aussant

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Il y a des coïncidences qui prennent valeur de symbole.

Bernard Landry s’est éteint sans avoir vu naître le pays qu’il a espéré toute sa vie.

Au même moment, Jean-Martin Aussant propose de refonder le PQ, le véhicule créé pour faire aboutir le rêve de Bernard Landry et de millions d’autres Québécois.

Il n’exclut pas de changer le nom de la formation.

Tout semble sur la table pour lui, sauf, évidemment, la finalité : la souveraineté, aussi improbable qu’elle puisse sembler en 2018.

Défis

Il faut, me semble-t-il, faire bon accueil à l’idée de M. Aussant. Tout dépendra de la sincérité et de la profondeur de cet examen critique.

Après une débâcle comme celle du 1er octobre, le PQ ne peut faire comme s’il avait été victime d’un simple accident de parcours.

Le PQ et son option perdent des plumes depuis plus de 20 ans.

Il ne faudra pas faire du fétichisme et voir dans le PQ, sous prétexte qu’il fut jadis un grand parti, un objet liturgique sacré et à peine retouchable.

Un parti n’est rien d’autre qu’un véhicule pour faire avancer des idées et des intérêts.

Si le véhicule n’avance plus, il est parfaitement légitime de le changer.

Il faudrait aussi élargir cette réflexion au cas du Bloc, aussi mal en point que le PQ, et aux organisations souverainistes de la société civile.

En fait, il faudrait carrément tenir des états généraux du mouvement souverainiste.

Inévitablement, les débats seront difficiles, et on voit déjà les principaux points d’achoppement.

Par exemple, on a tort, à mon avis, de diaboliser tout effort pour définir les valeurs collectives au cœur de cette identité québécoise que les immigrants doivent, au moins en partie, faire leur.

On n’a jamais, nulle part au monde, fait l’indépendance pour l’écologie ou pour le PIB. C’est toujours au nom d’une certaine idée de la patrie.

On a aussi tort de lier la souveraineté à un projet social de gauche. Le PQ était fort quand il était une coalition de diverses sensibilités.

Le pays du Québec, s’il naît un jour, sera une démocratie. Ce sera donc au peuple de décider, à intervalles réguliers, s’il veut être gouverné à gauche ou à droite.

La souveraineté est bonne en soi, comme le montre l’attachement des peuples déjà souverains à la leur.

On a tort également de penser que, pour se rapprocher des jeunes, il faut « faire jeune » et adopter leur sensibilité.

Plus souvent qu’autrement, ils ne font que reprendre, sans réflexion approfondie, les idées reçues de leur époque.

Sans précédent

Il y a quelques années, Jacques Parizeau avait qualifié de « champ de ruines » le mouvement souverainiste.

On se demande quel terme il utiliserait pour qualifier son état actuel.

C’est simple : les souverainistes doivent faire un autoexamen critique comme ils n’en ont jamais fait un, ou ils se marginaliseront encore plus.

Une petite chirurgie esthétique, une pure opération de marketing ne tromperont personne.