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Surplus de 3 milliards $ : entre le doute et l’espoir

Surplus de 3 milliards $ : entre le doute et l’espoir

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L’état des finances publiques présenté vendredi dernier révèle que le gouvernement du Québec dispose à ce jour d’un surplus de 3 milliards $, après cinq mois d’exercice à l’année en cours. D’un côté, le Premier ministre Legault questionne ce surplus et d’autre part son ministre des Finances, Éric Girard, espère compter sur ce surplus  « pour redonner de l’argent aux Québécois » lors de son permier budget au printemps prochain.

Qui dit vrai?

Des nuances à nuancer

Tout d’abord rappelons que ce chiffre de 3 milliards $ provient d’un rapport sur l’état des finances publiques du gouvernement du Québec que présente à tous les mois le ministère des Finances. C’est donc une photo prise en août dernier et rien ne garantit, c’est vrai, qu’il en sera ainsi lors du dépôt du budget du gouvernement Legault.

Mais...

Même si le ministre des Finances apporte une nuance en disant qu’il serait « inapproprié d’extrapoler » les résultats des cinq premiers mois de l’exercice financier actuel et qu’il faut s’attendre à « une croissance plus modérée » pour les prochains mois, la réalité de l’année dernière laisse toutefois entrevoir une situation inverse.

En effet, en août 2017, l’ancien gouvernement libéral prévoyait des surplus de 1,7 milliard $ et on a fini la dernière année financière, sept mois plus tard, avec un surplus de 2,3 milliards $.

Pour l’instant, aucun indicateur ne laisse croire que l’économie québécoise va s’effondrer au cours des prochains mois. Pourquoi alors le PM Legault questionne-t-il le surplus de 3 milliards $ annoncé par les médias, si ce n’est que pour diminuer les attentes en vue de son premier budget?

Des revenus à la hausse

Depuis le début de l’année financière actuelle, qui s’étend du 1er avril 2018 au 31 mars 2019, les revenus autonomes de l’État québécois ont augmenté de 7,2%, alors que le gouvernement précédent avait évalué qu’ils augmenteraient de 2,3%.

Cela est dû en grande partie à la hausse des impôts des sociétés qui s’établit à 18,1%, soit 378 millions$. Qui dit plus d’impôts payés par ces sociétés dit aussi des rendements et des profits qui sont en croissance. Peut-être devrait-on cesser de dire que ces sociétés font pitié.

De plus, toutes les autres sources de revenus de l’État québécois ont connu des hausses au cours des cinq premiers mois de la présente année financière. Par rapport à la dernière année, les revenus des sociétés d’État ont connu une croissance de 9% (+129 M$), les cotisations pour les services de santé une hausse de 7,2% (+214 m$), les taxes à la consommation de 6,4% (+ 522 M$) et l’impôt sur le revenu des particuliers de 5% (+439 M$).

Des dépenses à la baisse

La situation financière actuelle s’explique aussi par une baisse de la croissance des dépenses de l’État québécois. Alors que le gouvernement libéral précédent entrevoyait une croissance de 5,9%, les dépenses de programmes ont été plutôt de l’ordre de 5,2% à ce jour.

En éducation et en culture, la croissance des dépenses a été de 6,2% alors qu’en santé, elle a été de 3.9%. Le dernier budget prévoyait pourtant des déboursés supplémentaires à hauteur de 7,5% et de 4,6% respectivement.

En d’autres mots, le gouvernement a réalisé depuis cinq mois des économies sur le dos de l’éducation, de la culture et de la santé, en investissant moins que prévu au dernier budget.

Jouer avec les chiffres

D’un côté, les revenus augmentent et de l’autre, les dépenses diminuent. C’est ce qui explique qu’aujourd’hui, le gouvernement Legault se retrouve en bonne posture pour redonner aux Québécois-e-s l’argent qu’il leur a promis en campagne électorale.

Mais les récentes déclarations de François Legault laissent songeur.

Le Premier ministre a tenté en effet de diminuer les attentes : « Il faut se demander si c’est vraiment un surplus de 3 milliards » a-t-il dit mercredi dernier.

Il invoque les « méthodes comptables » des fonctionnaires du ministère des Finances, en avouant qu’il leur a demandé de réviser ces méthodes de calcul, sans préciser davantage sa pensée.

Ça ressemble drôlement à ce que nous ont habitués les gouvernements précédents qui prenaient plaisir à jouer avec les chiffres pour leur faire dire ce qu’ils veulent bien.

Des chroniqueurs économiques ont même questionné la volonté réelle de François Legault : « Soit il met en doute le travail des fonctionnaires du ministère des Finances, soit il veut changer les méthodes comptables de l’État. », a dit l’un d’entre eux.

Les Québécois-e-s ne sont pas dupes cependant.

La situation des finances de l’État québécois ne peut pas changer radicalement en sept mois, soit ce qu'il reste à l’année financière actuelle. À moins que le gouvernement ne trafique les chiffres en modifiant ces « méthodes comptables » ou encore que le contexte économique change tout aussi radicalement.

Malgré l’humeur instable du président américain, de ses politiques protectionnistes et de l’imprévisibilité de ses décisions à court terme, il serait surprenant que la situation des finances publiques du Québec change du tout au tout d’ici le dépôt du premier budget du gouvernement caquiste au printemps prochain.

Une « game » politique

En ce moment, le gouvernement Legault joue une « game » politique avec l’état des finances publiques du Québec. Il souffle le chaud et le froid en même temps, en semant le doute quant au surplus envisagé, tout en entretenant l’espoir en vue de son premier budget.

En constatant cela, je n’ai d’autre choix que de me dire que ce gouvernement n’invente rien. Il ne fait que reprendre la même bonne vieille tactique de ses prédécesseurs en nous préparant à assister à un scénario déjà connu : « Nous sommes désolé de ne pas pouvoir remplir nos promesses. Ce n’est pas de notre faute si la réalité économique nous y contraint ».

Pourtant, la réalité économique n’est pas une chose qui existe en soi, en dehors des décisions que prend notre gouvernement. Elle est plutôt façonnée par ces mêmes décisions.