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Au nom des proches aimants

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La Semaine nationale des proches aidants tire à sa fin. L’avez-vous même remarquée ? Le Québec compte pourtant déjà 1,6 million de proches aidants, dont je fais partie. Notre société étant vieillissante, d’ici peu, nous serons encore plus nombreux à prendre soin d’une personne qu’on aime.

L’amour. Voilà, le mot est dit. C’est notre premier carburant. Les proches aidants sont avant tout des proches aimants. Or, il arrive souvent que l’amour ne suffise pas. D’où leur demande pour une vraie politique nationale suivie des ressources humaines et financières nécessaires.

Le premier ministre François Legault s’y est engagé. Il a même nommé Marguerite Blais comme ministre responsable des Proches aidants – une première au Québec. Déterminée, Mme Blais se dit pressée d’agir. C’est bien la grâce qu’on se souhaite.

De nombreux proches aidants – dont une majorité de femmes – sont épuisés. Souvent obligés d’arrêter de travailler pour s’occuper d’un proche vulnérable, tous les âges et conditions confondus, ils s’appauvrissent. Leur santé psychologique et physique écope. L’isolement social les guette aussi.

Révolution

Après des années d’austérité et de déshumanisation pitoyable des services sociaux sous le tandem Couillard-Barrette, les attentes sont élevées. Pour tout dire, c’est d’une révolution dont le Québec a besoin. Une révolution humaniste dans la manière dont les services sociaux sont pensés et livrés par l’État et ses fonctionnaires.

La première urgence est d’inverser le rapport existant entre les fonctionnaires, la personne vulnérable et son proche aidant. Au lieu d’obliger les personnes à se conformer aux innombrables critères et cases pondus par la fonction publique, il devrait revenir à cette dernière de s’adapter aux vrais besoins des personnes.

Bref, il faut remettre la personne vulnérable et son aidant au centre du processus d’évaluation de leurs besoins. Car chaque cas est unique. Pour ce faire, il faut briser les silos dans lesquels l’État enferme les proches aidants, selon qu’ils prennent soin d’un aîné à la maison ou en CHSLD, d’un enfant handicapé intellectuel ou physique, d’un adulte handicapé, etc.

Combien ?

Ces silos, on le sait, servent de prétexte à des refus de services. Mais combien une telle révolution coûterait-elle ? En avons-nous les moyens ? Une chose est sûre : nous n’avons plus les moyens de nous enliser dans le statu quo. Ne pas mieux aider les proches aidants, c’est se préparer une facture nettement plus salée.

On casque tous quand ils tombent malades eux-mêmes. On se prive aussi de femmes et d’hommes productifs et de leur contribution à la société et au trésor public. On paie plus encore pour la personne vulnérable qui pâtit de la perte de son aidant.

De plus, combien d’argent public est déjà engouffré dans des structures inutiles ou des ressources d’hébergement de qualité inégale ? Pourquoi ne pas réaffecter une partie de ces fonds aux aidants et à la personne dont ils prennent soin ?

Ce qui, à son tour, ferait croître l’économie sociale tout en nous donnant une meilleure qualité de vie. Une vie plus digne et à échelle vraiment humaine. N’est-ce pas là ce que nous recherchons tous ?