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Hommage douteux à Bernard Landry

Bernard Landry
Photo d’archives, Benoit Gariépy Bernard Landry est un homme qui se tenait debout.

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Voici la déclaration du premier ministre du Canada Justin Trudeau à l’annonce de la mort de Bernard Landry, mardi dernier : « Ce fut un homme qui a bien servi le Québec pendant de nombreuses années dans différentes positions (sic). On doit reconnaître d’abord aujourd’hui son dévouement envers sa communauté (sic), envers son pays. »

Dans ces deux phrases, l’incohérence de la langue et du choix des mots aurait fait sortir de ses gonds ce cher Bernard, dont tous s’entendaient pour admirer son intarissable faconde et sa connaissance intime des mots. Il en usait d’ailleurs dès sa jeunesse et avec un plaisir renouvelé toute sa vie.

Justin Trudeau n’est pas le digne fils de son père dans le maniement de la langue française. Il n’a rien trouvé de mieux à dire de Bernard Landry que le fait qu’il « a bien servi le Québec dans différentes positions » ! Lesquelles, se demande-t-on ?

Certainement la « position » d’être toujours debout, car l’ex-premier ministre, devenu souverainiste comme tant d’autres Québécois à la fin des années soixante, ne voulait plus vivre à genoux devant le « conquérant ».

Anglicisation

Il refusait l’anglicisation de la langue à la différence de Justin Trudeau, qui use de l’anglicisme « positions » en lieu et place des mots français « fonctions » ou « postes ». Si Bernard Landry ne résistait pas à citer les expressions latines, c’est qu’il était obsédé par l’enracinement dont le premier est celui de la langue française issue du latin.

Mais au-delà des fautes de français de Justin Trudeau, ce qui aurait provoqué la colère noire de Bernard Landry, c’est l’usage du mot « communauté » pour désigner le Québec francophone.

« Communauté » est le mot-clé, un fourre-tout pour Justin Trudeau, le père du Canada postnational. Bernard Landry devient donc de ce fait une personnalité de la communauté culturelle francophone, qui se trouve « mixée » (le jargon de Justin) à l’ensemble des communautés culturelles canadiennes, qu’elles soient indiennes, italiennes ou ukrainiennes.

Bernard Landry se voit donc après sa mort classé dans ce magma canadien, dépouillé de son appartenance à la nation québécoise et au peuple qui la compose. Exit les peuples fondateurs, exit le Québec distinct, exit la réalité même du nationalisme québécois.

Rêve souverainiste

Ainsi le premier ministre Trudeau n’a pas rendu hommage à un des chefs qui ont porté le rêve souverainiste. Par son vocabulaire, qui n’est pas innocent, il a réduit l’action politique légitime de l’ex-chef du PQ à un combat individuel et non collectif.

Enfin, à quel pays Justin Trudeau fait-il référence lorsqu’il déclare que Bernard Landry faisait honneur à son pays ? Est-ce celui de Vigneault, le pays métaphorique ? Celui de la nation québécoise, juridiquement inexistante, mais culturellement toujours vivante ? Ou est-ce le Canada d’un océan à l’autre ? Le pays des deux peuples fondateurs de Trudeau père, réaménagé en communautés culturelles, ethniques et sexuelles, ce Canada de Trudeau fils si étranger à Bernard Landry ?

À bien y réfléchir, cet hommage de Trudeau n’est pas digne de ce que fut Bernard Landry et de ce qu’est le Québec.