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Les grandes morts

Bernard Landry
Photo courtoisie Bernard Landry

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Profondément triste, la mort d’un grand homme ou d’une grande femme est pourtant toujours une occasion unique pour une société.

Celle de rendre hommage, bien sûr. Mais aussi, grâce au parcours du personnage en question, parcours qui est présenté en boucle dès après le décès et lors des funérailles, celle de découvrir ou de redécouvrir l’histoire qu’il ou elle a marquée.

Il n’y a pas de nation sans mémoire. Cette mémoire est certes toujours tiraillée, divisée, mais elle profite grandement de ces moments forts. Surtout au Québec où l’histoire n’est pas une matière forte, en dépit de notre superbe devise.

À certains égards, le départ de Bernard Landry ne fait pas exception.

Des jeunes, sans doute – espérons-le –, demandent à leurs parents : « C’était qui déjà ? »

Des documentaires et des films le présentant, lui et son époque, sont rediffusés en boucle ; sont « partagés » dans les réseaux sociaux.

« À hauteur d’homme »

L’intérêt pour la politique, l’histoire, chez plusieurs jeunes, naîtra de ces moments de deuils. Avant même son départ, par le documentaire À hauteur d’homme, Landry a marqué bien des jeunes, au point de leur donner le goût de la politique québécoise.

C’est le cas du député caquiste de Beauce-Sud, Samuel Poulin, 27 ans, qui a raconté sur les réseaux sociaux l’avoir visionné « des dizaines de fois » en disant que c’était là la source de la « passion qu[’il] éprouve pour la politique ». « Bernard Landry s’expose avec une vérité désarmante et une passion infinie pour les Québécois. Merci pour tout. »

Mon « jeune » collègue Jonathan Trudeau m’a fait une confidence similaire cette semaine.

Ce qui diffère de nos jours par rapport aux grands décès d’antan est sans doute la dispersion, l’éclatement, dans laquelle nos communications s’effectuent.

L’ère des médias de masse voyait tout le monde plongé dans les mêmes messages. Ça pouvait être lassant, certes ; mais cela avait la vertu de forger des repères communs.

Quand il y avait deuil national, ça voulait dire quelque chose.

La mort de Lévesque

Je me souviendrai toujours du moment où j’ai appris le décès de René Lévesque, en 1987.

Jeune étudiant en science politique à l’Université Laval, j’ai eu l’impression, les journées qui ont suivi, d’être plongé dans le cours d’histoire que je n’avais peut-être pas eu.

Toutes les télés, radios, tous les journaux n’en avaient que pour Lévesque, ses faits d’armes, ses combats. Ses compagnes et compagnons de route témoignaient longuement sur papier, sur les ondes.

Lévesque lui-même, quelques mois plus tôt, avait publié ses mémoires curieusement intitulées Attendez que je me rappelle, que j’avais dévorées l’été précédent.

La mort de Lévesque avait eu des effets politiques indéniables. Peu après, le Parti québécois avait décidé de changer de chef !

Plongés depuis sept ans dans la déprime post-référendaire et post-rapatriement de la constitution, les nationalistes souverainistes et fédéralistes reprenaient alors conscience, entre autres grâce à l’évocation de Lévesque, de la fierté que ce dernier avait réussi à donner au Québec.

Nouveaux médias

À l’époque des nouveaux médias, nous « faisons société » différemment. Nous avons tendance à être chacun dans notre niche, notre chambre d’écho.

Les nouvelles références communes sont souvent planétaires. On a parfois l’impression que ce qui se passe aux États-Unis – les élections de mi-mandat ! – concerne tout un chacun comme si nous en étions des citoyens.

Alors qu’elle touche à l’ensemble des questions qui se posent dans notre société (ou à notre nation, pour parler comme Landry), la politique québécoise elle-même devient une bulle, une niche avec ses mordus qui avouent, sourire en coin, leur monomanie.

Espérons que, dans ce nouveau monde, la mémoire nationale n’est pas dépassée. Ce serait une perte.

Le carnet de la semaine

Plagiat d’une députée ?

La députée libérale et ex-ministre de la Culture, Marie Montpetit, a-t-elle plagié un tweet du péquiste Sylvain Gaudreault ? Les deux sont porte-paroles en environnement pour leur parti respectif. Dans un tweet, mercredi, Gaudreault écrit : « Bravo aux initiateurs de #LePacte ! Je ferai tout pour que son contenu soit entendu et concrétisé à l’Assemblée nationale. J’appuie et je souhaite que nous soyons nombreux à nous engager ou à nous réengager à faire la différence. » Le tweet de Montpetit d’hier ? Identique, à part deux mots-clics. « Faire la différence », peut-être, mais dans les textes...

Fausse alerte

Le rôle des lanceurs d’alerte est essentiel. Mais l’erreur étant humaine, ils lancent parfois de fausses alertes. L’analyste Annie Trudel par exemple, connue pour ses sorties contre la gestion au MTQ, entre autres, réagissait lundi au fait que la directrice du BEI Madeleine Giauque ne pourra superviser l’enquête sur les fuites de l’UPAC. C’est Sylvain Ayotte, directeur adjoint au BEI, qui en sera chargé. Sur Twitter, Mme Trudel écrit : « L’ex-auditeur au MSP, celui qui ignorait les plaintes contre L’UPAC ? Qui a suivi le sous-ministre Marsolais au MTQ et qui n’a rien vu non plus ? Un instant ! Conflit évident. » Réponse du BEI : « Il y a deux Sylvain Ayotte actuellement en poste dans des organismes du MSP. Le Sylvain Ayotte mentionné par madame Trudel n’a jamais été à l’emploi du BEI. »

Legault aime Acosta

Les reporters et leur insistance à remettre en question le pouvoir dérangent de plus en plus. En France, le président Macron a fermé la salle de presse à l’Élysée. Aux États-Unis, l’altercation entre Donald Trump et le journaliste de CNN Jim Acosta a été un de faits saillants de cette semaine. La Maison-Blanche lui a retiré son accréditation en soutenant qu’il avait rudoyé la jeune employée qui tentait de lui arracher le micro. Acosta, sur Twitter, a répondu que c’était là un « mensonge ». Or, François Legault a « aimé » le tweet en question ! Cela est rassurant, surtout de la part du premier ministre dont l’attachée de presse, cette semaine, a foutu un cartable dans le visage d’un reporter pour l’empêcher de poser des questions. Geste dont elle s’est excusée, heureusement.

La citation de la semaine

« On est en train de réviser les méthodes de comptabilisation ; je ne suis pas certain qu’il y a un surplus de 3 milliards. »

– François Legault, premier ministre, à l’entrée du Conseil des ministres, mercredi