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Ma virée au magasin de pot

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Pour vous, j’ai voulu tester les commerces de la Société québécoise du cannabis.

L’occasion s’est présentée quand un ami – oui, un ami – m’a demandé de lui acheter quelques grammes de pot gouvernemental lors d’une visite à Montréal.

(Vous avez l’air choqués. C’est légal, non ?)

Légal, oui, mais est-ce moral ? Si je me fie à ma première expérience client à la SQDC, pas aux yeux du gouvernement. L’État s’imagine qu’en créant des lieux de vente moches, inconfortables, décorés dans des tons de beige punition, avec des accents de vert institutionnel, sous des éclairages de salles d’interrogatoires, les gens consommeront moins.

Je m’en fous, le pot ne m’intéresse pas. Je n’aime pas les buzz qui brouillent les ondes du cerveau. Mais je n’aime pas le puritanisme d’État, invariablement hypocrite.

Sous la pluie

Jeudi, je suis à Montréal pour ma chronique chez Mario Dumont, à QUB Radio. Mais avant, c’est l’arrêt à la succursale de la SQDC sur le boulevard de l’Acadie. Je suis arrivée à 14 h 35.

Il pleuvait. Environ 70 personnes attendaient dehors, des hommes âgés de 20 à 30 ans, plusieurs d’origine maghrébine. Que faisaient-ils tous là, en plein après-midi, sur semaine ? Pourquoi ne sont-ils pas occupés à bâtir leur vie ?

Est-ce là le miroir de l’échec des garçons au Québec ?

J’ai aussi vu deux jeunes filles et une dame âgée, avec une marchette, en quête de soulagement. On voyait qu’elle était pauvre. Or, c’est cher à la SQDC. Deux petits contenants de fleurs séchées et un vaporisateur m’ont coûté 157,60 $

La transaction

J’ai attendu 35 minutes sous la pluie froide avant que l’agent de sécurité ne nous fasse entrer par petits groupes dans « l’antichambre » du magasin. Misère, tout est laid à arrêter le sang. C’est voulu. Un écran passe et repasse des avertissements santé et modération. Des dépliants sur les comptoirs vantent la modération.

Pas de fiches recettes de brownies, ici. Ou le livre de cuisine au cannabis de Jean Soulard.

La marijuana est réputée pour les fous rires qu’elle déclenche, mais un Martien qui débarquerait dans une boutique de la SQDC se croirait au quartier général du MICAP, le mouvement international consacré à l’abolition du plaisir.

Nous avançons vers le saint des saints, la salle de vente avec son grand comptoir et ses panneaux explicatifs. Tiens, personne n’est carté avant d’y pénétrer.

C’est la Commission des liqueurs d’autrefois : la marchandise est rangée derrière le comptoir, dans des casiers. Les emballages sont neutres. La moitié des tablettes sont vides.

Le point fort ? Les jeunes vendeurs allumés qui semblent s’y connaître.

Je suis repartie vers 15 h 40, un minable petit sac en papier brun à la main.

Tout pour nous faire sentir honteux d’avoir mis de l’argent dans les coffres de l’État.

Rappelons que les pushers privés livrent à la maison, ne font pas de discours sur votre santé, coûtent moins cher et ne manquent jamais d’inventaire.

Ça ne sent pas le pot à la SQDC, ça pue la morale.

P.S. Mon ami dit que le stock est bon. C’est ce qui compte.