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Opéra de Montréal : « Mon précieux »

Opéra de Montréal : «  Mon précieux »

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Le vent froid qui sévissait hier soir concordait parfaitement avec la présentation de Das Rheingold, soit l’or du Rhin. Cette plongée, dans les abîmes du pouvoir de la convoitise, dont J.R Tolkien s’inspira fortement pour la création du Seigneur des anneaux est un pur bijou, avec quelques défauts. Il serait bien méchant de trop «  cracher dans la soupe », puisque 20 ans nous séparent de la version scénique montréalaise. Il faut tout d’abord s’armer de patience, puisque cet opéra est d’une durée de 2 h 25 minutes, sans entracte.

Un magnifique dispositif scénique

Plutôt que de nous replonger dans une époque antédiluvienne, le metteur en scène Brian Staufenbiel a résolument choisi la voie de la modernité, et cela fonctionne. Soutenue par des projections en trois dimensions, des hologrammes et des effets visuels en contrechamp, cette quête de l’anneau évoque Les temps modernes de Chaplin, mâtiné d’un brin de Mad Max. Comme le faisait si bien dire Michel Audiard à un de ses personnages : «   il n’y a rien d’exquis chez Wagner ». Tous les personnages sont veules, minés par la conquête du pouvoir et la richesse. Au cœur de la scène, l’Orchestre Métropolitain qui  domine fait vibrer avec justesse ce cycle infernal, tout en donnant du corps sans de jeu de mots aux interprètes, parfois inégaux dans le jeu. Si Gollum n’est point comme dans le Seigneur des anneaux, le gnome, qui n’en est pas tout à fai un, interprété par le baryton-basse Nathan Berg vaut son «  pesant d’or  ». Ne pouvant conquérir le cœur des ondines (les filles du Rhin), il s’empare du Rhin et prépare sa vengeance en forgeant l’anneau. Si Wotan, le souverain des dieux, campé par le baryton-basse Ryan McKinny, nous a semblé pâlot et parfois sans voix, le dieu Loge interprété par le ténor Roger Honeywell était tout à fait à sa place. Virevoltant, parfois manipulateur, réfléchissant sur la conduite des hommes et du pouvoir, il domine et sert de pivot à cette intrigue pour le moins complexe.

C’est une belle réussite avec de petits défauts. Bravo encore au metteur en scène ainsi qu’à l’Orchestre Métropolitain sous la direction de Michael Christie. Jusqu’au 17 novembre, à la salle Wilfrid-Pelletier, à 19 h 30.