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Que retenir de la Première Guerre mondiale?

Les Québécois ont leur propre expérience de la Première Guerre mondiale

Que retenir de la Première Guerre mondiale?

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Il y cent ans, la Première Guerre mondiale se terminait. En France, ces jours-ci, on se questionne ouvertement pour savoir quel sens donner à la commémoration. Doit-on commémorer la victoire des armées françaises? Cela devrait probablement aller de soi, mais Emmanuel Macron, emporté par sa foi européiste, a tout fait ces derniers temps pour relativiser cette interprétation, comme si elle reconduisant dans le nouveau monde dont il veut être l’initiateur le nationalisme belliciste du siècle passé. Pour le Canada, la mémoire de la première guerre est généralement associée à sa naissance internationale, avec la bataille de la crête de Vimy. C’est à ce moment que le pays a pour la première fois agit sur la scène du monde en son propre nom. C’est à travers son effort de guerre qu’il est parvenu à se faire reconnaître. 

Pour les Québécois, la mémoire de la première guerre a peu à peu évolué. Longtemps, la première guerre fut associée à la crise de la conscription, dont on ne sous-estimera pas le caractère traumatique au fil des générations – ce souvenir s’accompagnait de celui plus discret mais bien réel des nationalistes amoureux de la mère-patrie comme Olivar Asselin qui prirent héroïquement les armes pour aller sauver la France. Mais avec l’effacement de la mémoire québécoise et son remplacement par une conscience historique standardisée à la grandeur de l’Occident, la crise de la conscription n’évoque plus grand-chose pour grand monde, même si le Canada a fait tirer la troupe en 1918 contre la foule à Québec qui ne voulait pas se sacrifier pour sauver l’empire britannique. On est en droit de se demander si ce souvenir, encore vivant dans les année 1990, existe aujourd’hui ailleurs que dans les livres d’histoire.

On peut néanmoins en tirer une réflexion plus large. La Première Guerre mondiale est celle du suicide occidental. C’est l’histoire d’une civilisation qui s’est vraiment engagée dans un processus d’autodestruction à grande échelle. Jusqu’alors, le système diplomatique européen avait su contenir à peu près les conflits entre puissances, en les localisant et en les contenant à petite échelle. Ce système fit faillite en 1914 avec l’enclenchement du système d’alliance qui accoucha d’une immense boucherie, ce qui en poussa plusieurs à souhaiter qu’il s’agisse de la Der des Ders. Le sacrifice militaire, qui avait jusque là quelque chose de chevaleresque, s’est alors placé sous le signe de l’absurde. Où est la grandeur dans le fait d’être fauché par une rafale aléatoire de mitrailleuse? Où est la noblesse dans le gaz moutarde? 

Et pourtant, le courage des hommes qui acceptèrent alors de risquer leur vie pour leur pays a quelque chose d’absolument émouvant. Évitons les anachronismes: ils ne se battaient pas pour la paix, comme on le dit aujourd’hui, ou pour les valeurs de la démocratie, comme ce sera en partie le cas lors de la deuxième guerre mondiale, mais pour la victoire de leur pays. Leur sacrifice était patriotique: au fil des siècles, si ce n’est des millénaires, des hommes sont morts pour sauver leur pays et conserver son indépendance, et leur mémoire doit être honorée. Mais nous avons tendance aujourd’hui à plaquer sur les guerres passées un sens qu’elles n’avaient pas, comme si nous voulons les justifier a posteriori au nom du grand mouvement de l’histoire universelle en faveur de la démocratie et de l’unification du monde. 

Cet anachronisme ne sert personne et nous cache une vérité politique essentielle: aucun pays ne peut survivre sans que des hommes soient disposés à se sacrifier pour lui. Le sacrifice des hommes de 14-18 doit être honoré en ce sens.