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Bernard Landry : un homme et son penchant à droite

Bernard Landry
Photo d’archives, Benoit Gariépy

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Cultivé, moderne, noble

Bernard Landry, un homme moderne, cultivé et noble, certes. Mais, sans vouloir paraître irrévérencieux, certains ont beurré vraiment épais. À lire et à écouter les louanges qui ont déferlé sur Bernard Landry la semaine dernière, suite à son triste décès, il faudrait pratiquement le canoniser immédiatement.

Monsieur Landry était une personne fort agréable à côtoyer, ayant été mon collègue pendant plusieurs années à l’École des sciences de la gestion à l’UQAM. Nous avions même entamé une recherche socio-économique ensemble, qu’il a dû par la suite délaisser en raison de ses nombreuses occupations. Oui, il était un homme cultivé, comme l’est aussi Philippe Couillard. La grande culture d’un individu ne fait pas nécessairement de lui un grand premier ministre.

Le Parti québécois de son époque : un parti de droite

J’aimerais qu’on arrête de propager que Bernard Landry fut résolument un homme de gauche. Le Parti québécois de son époque, surtout les années 1990 et 2000, alors au pouvoir, a adopté des politiques de droite qui s’apparentent à celles du Parti libéral du Québec de Jean Charest et de Philippe Couillard. Soyons sérieux, un gouvernement péquiste formé de ministres comme Bouchard, Johnson (Pierre-Marc), Brassard, Chevrette, Léonard, Facal, Garon, Clair et compagnie, ça fait, à mon humble avis, un peu beaucoup à droite. On est loin du gouvernement de René Lévesque avec Robert Burns, Camille Laurin, Gérald Godin et j’en passe. Un Québec indépendant avec ces politiciens, il en aurait été un, forcément, néolibéral.

Dans les années 2000, le PQ flirtait même avec l’ADQ en vue d’une alliance pour contrer les libéraux. Même Gabriel Nadeau-Dubois que j’aime bien a dit que : « Bernard Landry fait partie de la génération des bâtisseurs du Québec “moderne” (Le Devoir, 8 novembre 2018). Qu’entend-on au juste par Québec moderne? Un Québec moderne, voilà un cliché accrocheur repris depuis longtemps par les libéraux de Charest et de Couillard. D’après-vous, les remèdes appliqués par les péquistes et les libéraux afin de soi-disant moderniser le Québec ont été quoi au juste? Couper dans les services publics et en privatiser beaucoup, baisser les impôts des individus et des entreprises qui profitent surtout aux nantis, tarifier les programmes sociaux, démanteler l’État par les fameux partenariats public-privé qui se sont avérés un fiasco financier, etc. De plus, l’instigateur des fameux PPP, d’idéologie très à droite, qui devaient servir à “moderniser” le Québec, fut le PQ alors dirigé par Bernard Landry à titre de premier ministre. Même si cela peut choquer certains inconditionnels de Bernard Landry, je conseille de lire cet article du Journal de Québec du 29 octobre 2004 intitulé : “Dès 1999, le PQ pensait aussi PPP”.

Tarifier les programmes sociaux, soit le fameux principe de l’utilisateur-payeur, était de mise pour monsieur Landry : “Landry veut piger... dans la tarification aux usagers” (Le Devoir, 4 février 1996). Et comme les libéraux, au lieu d’augmenter les impôts, pourquoi ne pas appliquer cette mesure fiscale régressive : “Augmentation de la TVQ : Landry ne nie pas” (La Presse, 9 décembre 2002). Qui plus est, pourquoi pas un Québec souverain à la sauce des paradis fiscaux : “Bernard Landry rêve de transformer la métropole à l’image de Singapour” (Le Devoir, 21 septembre 1995). Et aussi : “Congé fiscal complet : pour suivre les traces de l’Irlande” (Communiqué, Québec, 14 mars 2000).

De la franchise motivée par l’estime

Comprenez-moi bien : je n’essaie pas du tout de dénigrer Bernard Landry, mais juste de replacer les choses dans leur véritable contexte. Comme lui-même l’avait dit dans un article du Journal de Montréal du 14 mai 2001, je fais œuvre de franchise motivée par l’estime et par la recherche de la vérité, comme dans : “Faire payer les riches : Bernard Landry n’y croit pas” (La Presse, 28 février 1996). Mieux vaut faire payer les autres.

En 2001, Bernard Landry avait dit, en parlant du PQ, que : “La gauche, c’est nous, plaide le premier ministre Bernard Landry” (Le Devoir, 29 mai 2001). Je ne suis pas certain de ça. Gauche ou pas, cela ne l’avait pas empêché en 2012 d’applaudir le gouvernement péquiste de Pauline Marois, qui visait, comme le PLQ de Couillard, le déficit zéro : “Landry plaide en faveur du déficit zéro. L’ancien premier ministre applaudit au recul gouvernemental sur les redevances minières” (Le Devoir, 25 mai 2012). On aura juste à couper afin de réaliser le dogme du déficit zéro, que l’on ne peut pas atteindre sans casser des œufs.

Fervent partisan de l’extraction du pétrole et du gaz partout au Québec : “Gaz de schiste. Bernard Landry salue l’entrée en scène de Lucien Bouchard” (Le Devoir, 28 janvier 2011). Lucien Bouchard, un autre progressiste endurci qui était devenu le grand patron des pétrolières et des gazières au Québec et qui souvent brandissait les menaces juridiques si le gouvernement s’avisait de les empêcher de “driller” n’importe où, même dans les lacs, les rivières, sur les terres agricoles, à l’île d’Anticosti, près des résidences, etc., tout ça en vue “d’enrichir” et de “moderniser” le Québec : “Pétrolia à Gaspé : Bernard Landry rappelle les écologistes à l’ordre” et aussi : “Éducation et ralentissement économique. Landry enseigne la solidarité aux étudiants” (Radio-Canada, 29 janvier 2013 et Le Devoir, 4 décembre 2001). C’est quoi ça des étudiants qui ne veulent pas que l’on applique le principe de l’utilisateur-payeur aux études universitaires? Le PLQ de Charest avait aussi pris à partie les étudiants pour les mêmes raisons. Mieux vaut pour certains de baisser les impôts et d’augmenter les frais de scolarité.

Conseiller et chef de cabinet de Bernard

Saviez-vous que Bernard Landry a déjà embauché comme chef de cabinet de feu Daniel Audet, qui fut vice-président du Conseil du patronat au Québec et administrateur à l’Institut économique de Montréal (IEDM), ainsi qu’un autre ancien de l’IEDM, nul autre que Maxime Bernier, à titre de conseiller économique? Il me semble que ça donne une indication sur son orientation idéologique et que ça ne fait pas très à gauche.

Quelques réflexions de Bernard Landry

Je ne veux pas briser l’ambiance de la commémoration, mais ces réflexions permettent de mieux cadrer le rôle et le sens de l’État qu’avait Bernard Landry : “Les prêteurs. Ce sont les agences de crédit et les prêteurs au gouvernement qui lui dictent sa politique fiscale et budgétaire a reconnu hier Bernard Landry” (Le Journal de Montréal, 29 octobre 1997). Dans ce cas, et si cela est incontournable, à quoi peut bien servir l’indépendance du Québec? Un Québec indépendant soumis encore plus aux diktats des agences de notation et des préteurs en raison de l’incertitude, ça donnerait quoi comme programmes sociaux restants? Maître chez nous à la sauce péquiste, mais cela n’avait pas empêché Bernard Landry de ne pas s’opposer aux ventes des banques Nationale et Laurentienne : “Propriété de la Banque Nationale. Landry demande des garanties” (Le Devoir, 7 juin 2000). Toujours des mirages comme garanties comme préserver le siège social et les emplois au Québec. “La vente de Culinar ne semble pas inquiéter Landry” (La Presse, 8 juillet 1999). Au même titre que la vente de Provigo ne l’avait pas dérangé. Il ne semblait verser dans le nationalisme économique.

La santé publique et la fiscalité vues par Landry

À la lecture du titre de ces quelques articles, dites-moi franchement si cela fait de Bernard Landry un grand commis d’État se battant pour les programmes sociaux universels et pour le monde ordinaire. “Landry veut imposer un plafond aux dépenses de santé (sans toutefois s’attaquer aux salaires des médecins et au prix des médicaments » [Le Devoir, 17 mars 2000]. Comme il n’était pas question de s’attaquer à la hausse vertigineuse du prix des médicaments, alors on avait juste à abolir le régime d’assurance-médicaments. Il fallait juste y penser. Ou, sans aller jusqu’à le faire disparaître, on pouvait, selon le PQ de Bernard Landry songer à désassurer certains services [‘Québec songe à désassurer certains services’, La Presse, 6 février 2001]. Le PQ de Bernard Landry étant alors très préoccupé par les exigences des maisons d’évaluation de crédit, à New York.

Quant aux effets des coupes radicales appliquées par le PQ en santé : “La population souffre, c’est vrai admet le ministre des Finances, Bernard Landry. Plusieurs groupes ont souffert. Mais la consolation, c’est d’assainir les finances publiques du Québec. L’opération n’est pas terminée, mais elle est en bonne voie” [Le Devoir, 27 août 1997]. Dixit Bernard Landry : “... dépenses pour un hôpital, hélas! Ça ne rapporte pas” [Le Journal de Montréal, 14 octobre 1999].

Aussi : “Landry n’entend pas l’appel des démunis. Il y aura des baisses d’impôts, point à la ligne” [Le Devoir, 28 octobre 1999], exactement comme l’a fait le PLQ. Et pour finir : “Imposer l’aide sociale : une mesure ‘équitable’ selon Landry” [La Presse, 11 octobre 1996]. Bref, avec tout ça et ces exemples on démêle plus difficilement le PQ du PLQ.

Ceci étant dit, et maintenant qu’on se rappelle le penchant à droite de M. Landry, paix à son âme.