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Industrie du cannabis et suremballage : Allô, la Terre!!

Selon un article du Santa Fe Reporter repris un peu partout dans le monde, un expert estime qu'en 2020, l’industrie du cannabis génèrera 1 milliard d’emballages à usage unique en déchet par année.
Annabelle Blais/Michael Labranche Selon un article du Santa Fe Reporter repris un peu partout dans le monde, un expert estime qu'en 2020, l’industrie du cannabis génèrera 1 milliard d’emballages à usage unique en déchet par année.

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Une des premières choses qui ont frappé les clients de la Société québécois de cannabis, c’est le suremballage de leurs produits. Laissez-moi faire une Guy Mongrain de moi-même et vous dire que la ruée vers l’or vert...n’a finalement rien de vert.

Un joint préroulé est vendu dans un contenant en plastique scellé, lui-même dans une boîte en carton et remis au client dans un sac brun.

Un atomiseur est emballé dans une pellicule de plastique puis dans une boîte. Et la fleur séchée dans un pot en plastique qui est placé dans une boîte.

Un 3,5 grammes se retrouve dans un pot de plastique, puis dans une boîte puis dans un sac brun.

Comme disait Philippe Couillard à François Legault quand celui-ci lui a demandé d’augmenter l’âge pour pouvoir acheter du cannabis à 21 ans : Allo, la Terre!!!

Je rappelle que le contexte social va exactement dans le sens contraire, avec la croisade contre le plastique et les pailles.

Moi qui avait une belle empreinte carbone jusqu’à présent, mon sac de recyclage en prend pour son rhume.

Ce qui me fait penser que je n’ai pas vu Snoop Dogg à la conférence de presse des signataires du Pacte pour la transition écologique.

Coïncidence? 

Selon un article du Santa Fe Reporter repris un peu partout dans le monde, un expert estime qu'en 2020, l’industrie du cannabis génèrera 1 milliard d’emballages à usage unique en déchet par année.

Dans la foulée, la SQDC n’a pas tardé à essuyer les critiques pour l’abondance des emballages.

Voici quelques exemples que m’ont fait parvenir la société d’État. Ces commentaire ont été retransmises aux fournisseurs de cannabis, me dit-on.

«Bonjour, j’ai un certain problème avec la façon dont mon cannabis est emballé... est-ce que la vente en vrac a été considérée?»

«Bonjour. Je vois que la plupart de vos produits sont vendus dans des pots de plastique. Est-ce que des options plus écologiques seront disponibles bientôt?»

Je précise que la loi canadienne interdit de vendre du cannabis en vrac.

Santé Canada oblige aussi les producteurs à emballer leurs produits dans des contenants à l’épreuve des enfants. Ils ont aussi l’obligation d’afficher un signe de THC sur fond rouge et des mises en garde.

Bref, avec les exigences de Santé Canada, les producteurs et la SQDC n’ont pas beaucoup de marge de manœuvre. (On peut comprendre l’importance des emballages à l’épreuve des enfants. Mais d’un autre côté, on pourrait aussi vendre du cannabis en vrac et faire confiance aux parents pour le ranger dans un espace adéquat.)

En réalité, la seule décision qui a été prise par la SQDC concernant l’emballage est celle du sac en papier brun.

« Nous avons opté pour les sacs en papier, ils sont plus écologiques,  sans compter que les sacs plastiques sont bannis de plusieurs villes et municipalités», justifie Linda Bouchard, porte-parole de la SQDC.

«Enfin, les clients ne sont pas obligés de prendre le sac brun», précise-t-elle.

La question du suremballage a aussi été soulevée dans plusieurs autres provinces. Un homme de Nouvelle-Écosse veut même récupérer les contenants de plastiques de l’industrie du cannabis pour en faire prothèses.

Sur les réseaux sociaux, une photo a circulé d’une personne qui a commandé 30 grammes et a reçu 16 petites boîtes séparées.

 

Il y a encore place à l’amélioration, c’est clair. Surtout que certains pots de plastique pour les 3,5 grammes sont trop grands. Il y a trop d’air et ça assèche le cannabis, m’ont expliqué William Fournier expert en horticulture et consultant auprès des producteurs de cannabis de même que José Dominguez, maitre cultivateur.

Mais si je peux me permettre un point positif : mon travail m’oblige à entreposer chez moi autant de cannabis que pendant Woodstock en Beauce et ça ne sent pas du tout dans l’appartement. Voilà, pour les fleurs.

Quelles solutions?
L’entrepreneure Karine Clément a aussi été découragée par la quantité de plastique utilisé par l’industrie.

Disons que cet enjeu l’intéresse particulièrement au point où elle a fabriqué des pochettes biodégradables imperméable et anti-odeur pour transporter les cocottes ou même les joints.

Elle a eu ce flash après un voyage au Laos l’an dernier où elle a croisé une dame dans la jungle qui mettait de la cire d’abeille sur du coton pour emballer ses aliments. Karine et sa cousine Héloïse Fortier, qui est aussi sa partenaire d'affaires, ont mis au point une technologie appelée Perma B et elles ont créé l’entreprise Hush-Kush.

Karine Clément tient dans sa main une pochette pour cannabis que l’entreprise Hush-Kush, qu’elle a cofondée, fabrique et vend. Elle ne voit pas comment sa compagnie peut continuer à exister au Québec tant la loi sur le cannabis est restrictive.
Photo Chantal Poirier
Karine Clément tient dans sa main une pochette pour cannabis que l’entreprise Hush-Kush, qu’elle a cofondée, fabrique et vend. Elle ne voit pas comment sa compagnie peut continuer à exister au Québec tant la loi sur le cannabis est restrictive.

 

«On est parti avec l’objectif d’être une entreprise québécoise avec des produits faits ici pour réduire l’utilisation du plastique», explique-t-elle.

Elle a approché la SQDC afin que leurs pochettes soit vendues en magasin, mais n’a pas eu de retour. Elle a aussi contacté directement des producteurs autorisés pour les aider à réduire leur utilisation du plastique.

«Mais je comprends que la pochette ne pourrait pas être vendue directement du producteur à la SQDC à cause de l’obligation d’un emballage à l’épreuve des enfants», reconnaît-elle.

Elle travaille donc actuellement sur une solution biodégradable adaptée à la loi.

Elle vise aussi les consommateurs de cannabis qui ne veulent pas transporter leur 3,5 dans le contenant version Costco.

Mais là encore, Karine a beaucoup de difficulté à faire connaître ses produits aux consommateurs tant les lois sur la promotion du cannabis sont restrictives.

«On savait qu’on ne s’embarquait pas dans l’industrie la plus facile, mais je ne m’attendais pas à ce que ce soit aussi restrictif», dit-elle.

J’en ai déjà parlé dans cet article, mais les pochettes de Karine sont illégales parce qu'il y a une feuille de cannabis dans le logo (tellement discrète que je ne l'avais pas remarquée au premier coup d’œil). Elles devra refaire des pochettes sans feuille de pot.

Ces lois sur la promotion seront d’ailleurs contestées en cour.

On comprend qu’il y a des enjeux de santé publique importants associés à la vente de cannabis. Mais celui du suremballage est également à prendre au sérieux, un tant soit peu, non?

Et faire pousser son cannabis devient maintenant un choix écologique.

Mais c'est interdit au Québec.