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Ils nous ont bien eu les gens de Québec solidaire non?

Manon Massé et Gabriel Nadeau-Dubois entourés des députés de Québec solidaire.
Photo d'archives, Agence QMI Manon Massé et Gabriel Nadeau-Dubois entourés des députés de Québec solidaire.

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Ils vous ont bien eu les gens de Québec solidaire non? La belle campagne pour «l’indépendance», les inspirantes affiches du fleurdelysé qui s’envole, «un pays à écrire», etc.

Ils vous ont bien eu. Et aujourd’hui, ce parti se moque des indépendantistes.

Combien de Qsistes ont accusé (non sans raison à certains égards) le Parti québécois de «clignoter à gauche, mais de gouverner à droite»?

Québec solidaire ne sera plus en reste. En épousant le discours pro-multiculturalisme de Justin Trudeau, à la lettre, ce parti trahit les électeurs. Car ni Manon Massé, ni Gabriel Nadeau-Dubois n’ont eu le courage, en campagne électorale, d’annoncer ce revirement. Bien au contraire.

Et aujourd’hui QS rampe devant Ottawa en suppliant Justin Trudeau de bloquer le PM du Québec en matière d’immigration en répétant le discours immigrationniste des Chambres de commerce et du Conseil du Patronat. «Pénurie de main-d’œuvre»... Combien de milliers de mises à pieds au Québec depuis 10 jours encore?

Ça dépasse l’entendement.

Au cours des derniers jours, ce que l’on apprend de ce parti, c’est aussi qu’il entend bien se délester de tout appui à la laïcité.

Comme le souligne avec justesse le chroniqueur Michel David dans Le Devoir, un texte savamment intitulé La laïcité ambigüe de QS, pas plus tard qu’en février 2017, Québec solidaire appuyait une motion de la CAQ à l’Assemblée nationale pour soutenir les recommandations de Bouchard-Taylor.

Et Michel David de poursuivre : «Le caucus solidaire compte aujourd’hui dix députés, et l’unanimité n’est plus aussi évidente sur la question des signes religieux. Lors de la dernière campagne électorale, la plateforme de QS était d’ailleurs muette sur le sujet.»

Et bien voilà. Le chat est sorti du sac maintenant que la campagne électorale est terminée. Ce silence sur la question des signes religieux dans la plateforme électorale de QS cachait l’intention de renier son appui à la laïcité dans le passé.

Les extrémistes de QS ont gagné. Ça aussi Michel David le note : «Les militants de QS ont toujours été allergiques au discours identitaire. Lors du congrès qui a rejeté l’alliance électorale avec le PQ, l’hostilité suscitée par la charte des valeurs du gouvernement Marois et ses variantes ultérieures était cependant excessive, pour ne pas dire maladive.»

Ce sont ces militants animés d’une haine de tout discours identitaire qui ont gagné. Et lors du prochain congrès de Québec solidaire le printemps prochain, cette affirmation de lutte à la laïcité et à tout discours identitaire sera pleinement assumée.

Lors de la récente élection, j’ai aussi été séduit par certains accents de la campagne de Québec solidaire. Notamment, par le discours indépendantiste de Manon Massé, en débats, devant les caméras. La raison pour laquelle j’en ai appelé à appuyer les Sol Zanetti et Catherine Dorion, ex d’Option nationale (j’étais membre aussi).

On comprendra la stratégie a posteriori, il y avait une place à prendre. On s’est bien fait avoir. Car en épousant le discours multiculturaliste de Justin Trudeau, Québec solidaire n’est plus seulement ambigü par rapport à la laïcité, il l’est tout autant concernant son appui à l’indépendance. Le multiculturalisme sera toujours l'outil le plus puissant à la disposition du Canada et des fédéralistes au Québec afin de nier toute aspiration nationale des Québécois.

Je me demande bien ce que pense Sol Zanetti de tout ça.

En terminant, permettez-moi de citer ce texte très intéressant de l’essayiste Michel Pagé paru en 2013, mais toujours aussi d’actualité :

«Le multiculturalisme canadien feint, sous le couvert d'un humanisme calqué sur un concept de société ouverte, de respecter la multiculturalité ethnique de l'ensemble du pays. Pourtant rien n'est moins vrai, car ce multiculturalisme s'établit aux dépens du poids vital du peuple canadien-français et des Premières nations au Canada. [...]

La société québécoise est taxée de fermeture sur elle-même si elle ne devient pas bilingue; ainsi chemine sous l'idéologie du bilinguisme canadien la décroissance de la vitalité effective du français, et certes du poids du français au Canada. Voilà la forme feinte de la société ouverte canadienne, et les revendications constitutionnelles du Québec seront de plus en plus taxées de replis vers une société close et une phobie des différences apparentes assimilés par l'hégémonie anglophone et anglomane. Les interprétations à quatre sur neuf de la Cour suprême et du cadre légaliste défini par Trudeau (Charte des droits individuels, le multiculturalisme et le respect de la langue française là où le nombre le justifie). Légalisme, égalitarisme et relativisme se fondent de manière à opérer à terme une lente régression de l'identité canadienne-française et québécoise.

Pour qu'il en fût autrement, il aurait fallu, tout au moins, consentir à s'ouvrir à un paradigme différent, et étendre l'obligation d'apprendre le français à un ensemble important d'immigrants (et notamment pour les réfugiés en attente) et pourquoi pas des langues autochtones dans les Prairies. Ainsi, sous le couvert de l'égalitarisme et du multiculturalisme, le Canada progresse vers une nation de plus en plus unilingue, de plus en plus américano culturelle.

Ainsi, la question nationale (langue identitaire, droits linguistiques, traditions, mœurs, morale, liberté d'autodétermination, libertés collectives, etc.) devient une affaire qui sera traitée devant les tribunaux et tranchée par ces instances juridiques. Les droits individuels, égalitaires et relatifs s'opposent aux droits collectifs (Charte canadienne des droits individuels par opposition à une Charte québécoise des droits individuels et de droits collectifs de la société francophone, donc d'une nation autonome et souveraine). Par ce légalisme, des questions fondamentales à la conscience citoyenne échappent au jugement critique de la population, devient technique et normative.

Ainsi, une condition fondamentale de la société ouverte n'est plus satisfaite. Le Canada feint de jouer le rôle d'une société ouverte, mais se ferme à l'identité profonde d'un des peuples fondateurs; il manipule un plan historiciste de l'immigration qui devient, dès lors, l'instrument de marginalisation de la société canadienne-française. Selon ce même plan, la société canadienne-anglaise se multiplie par effets d'assimilations successives de l'immigration à portes ouvertes. [...]

Ce genre d'argumentation sophiste se retrouve partout en ces temps de capitalisme mondial. Toute opposition pour des motifs traditionnels à l'hégémonie linguistique et culturelle devient suspecte; voire est accusée d'atteintes aux droits individuels par une société despotique. Cet argument prend corps dans l'esprit populaire, telle une propagande, et devient une forme de jugement péremptoire dénigrant sans discernement l'affirmation normale de l'identité nationale. Tous n'en meurent pas, mais cette idéologie sous-jacente au discours d'ouverture sur le monde emporte bien des aiglons au Parti libéral canadien ( PLC) et des bien-pensants au Parti libéral du Québec (PLQ).»

On ajoutera Québec solidaire à la liste de ces «bien-pensants»...