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La chute de Bombardier soulève des questions

Assemblée annuelle des actionnaires de Bombardier
Photo Ben Pelosse Alain Bellemare, PDG de Bombardier, et Pierre Beaudoin, président du CA, lors de la dernière assemblée annuelle.

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La valeur boursière de Bombardier a fondu de 8 milliards de dollars en quatre mois.

Quelle imprudence de la part de Bombardier d’avoir permis à ses hauts dirigeants de liquider massivement des blocs d’actions alors que l’entreprise s’apprêtait à adopter des mesures stratégiques susceptibles d’influencer grandement le prix de l’action.

Seule une enquête de l’Autorité des marchés financiers (AMF) sur l’effondrement de 60 % de Bombardier pourrait déterminer s’il y a eu délits d’initiés ou pas.

Chose certaine, la chronologie de la dramatique chute boursière de Bombardier soulève bien des questionnements.

Voici les dates importantes à retenir.

•Le 11 juillet, à la suite de la cession de la C Series à Airbus, l’action de Bombardier touche son sommet des sept dernières années, en fermant à 5,58 $.

•Le 2 août, jour de dévoilement des résultats du 2e trimestre de Bombardier, le grand patron Alain Bellemare affirme : « En plus de réaliser nos objectifs financiers à court terme, nous prenons aussi les mesures stratégiques qui s’imposent pour placer l’entreprise en position pour croître fortement au cours de la prochaine décennie. »

Le lendemain, l’action ferme la séance à 5,11 $.

Dans les jours qui suivent, le conseil d’administration de Bombardier, dont font partie Pierre Beaudoin (président) et Alain Bellemare (PDG), crée un RATA (Régime d’aliénation de titres automatique) pour permettre à ses hauts dirigeants de liquider des dizaines de millions d’actions qu’ils peuvent obtenir en exerçant leurs options.

•Le 15 août, sitôt le régime rendu public par voie de communiqué, les Pierre Beaudoin, Alain Bellemare et autres hauts dirigeants transfèrent leurs blocs de titres dans le RATA. La liquidation des actions peut débuter à compter du 17 septembre. L’action est rendue à 4,57 $.

La valeur de leurs gains potentiels s’élève à ce moment-là à 78 millions $.

Fait important : pour bénéficier du RATA, il ne faut posséder aucune information privilégiée.

Question : comment MM. Beaudoin et Bellemare peuvent-ils affirmer ne posséder aucune information privilégiée alors que quelques jours plus tôt (le 2 août) M. Bellemare parlait de mesures stratégiques à venir ?

•Le 1er octobre, lendemain de la fermeture du 3e trimestre, l’action ferme à 4,67 $.

La déconfiture

•Entre le 1er octobre et le 7 novembre, veille de la divulgation des résultats du 3e trimestre, le titre de Bombardier subit une dégelée de 32 %, passant de 4,67 $ à 3,19 $.

Et cette déconfiture s’est accélérée le lendemain alors qu’Alain Bellemare dévoilait les décevants résultats de son 3e trimestre et faisait la lumière sur les « mesures stratégiques » qu’il avait laissé entrevoir le 2 août dernier.

De quelles mesures stratégiques s’agissait-il finalement ?

Pour « concrétiser, dit-il, la pleine valeur du portefeuille de Bombardier », Alain Bellemare a annoncé la suppression de 5000 emplois au cours des 12 à 18 prochains mois et céder des actifs dont la Q Series et la division de formation des pilotes et techniciens.

Par la suite, il a laissé entendre que le ménage au sein de Bombardier allait se poursuivre.

Conséquence : le titre a poursuivi sa chute pour se retrouver, hier, à seulement 2,20 $.

Qui a vendu à temps ?

Combien d’actions les hauts dirigeants de Bombardier ont-ils liquidé avant que l’action s’effondre royalement ? Impossible pour nous de suivre actuellement la trace de leurs transactions .

Pourquoi ? Contrairement à la réglementation régissant les transactions d’initiés habituelles où les initiés ont 5 jours pour rapporter chacune des transactions d’achat ou de vente effectuée, les bénéficiaires d’un RATA n’ont qu’à rapporter une fois par année les transactions effectuées et ce dans les 3 mois suivant l’année écoulée.

Mais dans le cadre d’une enquête, l’AMF pourrait, elle, obtenir immédiatement l’information sur toutes les transactions effectuées par les hauts dirigeants de Bombardier et sur les transactions des investisseurs qui ont eu le « pif » de vendre juste avant le dévoilement des résultats du 8 novembre.

L’AMF passera-t-elle à l’acte ?