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Deux fois plus de médecins au privé depuis cinq ans

Les docteurs sont désormais 425 à avoir délaissé le régime public au Québec

Quebec
Photo Stevens LeBlanc Omnipraticienne depuis 2016, Sarah Benalil, âgée de 39 ans, a choisi d’aller travailler dans une clinique privée à la fin de ses études. Parmi les avantages, elle a pu avoir un poste à Québec et elle dit avoir plus de temps pour bien soigner ses patients.

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Le nombre de médecins québécois qui travaillent au privé a plus que doublé depuis cinq ans dans la province. Un virage lié aux mauvaises conditions dans le public, selon plusieurs.

« C’est sûr qu’il y a une tendance de fond qui se répète d’année en année », constate le Dr Louis Godin, président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ).

En date du 20 septembre, un total de 425 médecins étaient désaffiliés du régime public, selon la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ). Il y a cinq ans, ils étaient deux fois moins nombreux (210) à avoir fait ce choix.

« Ça devient angoissant, réagit la Dre Isabelle Leblanc, du regroupement Médecins québécois pour le régime public (MQRP). Ça augmente de plus en plus et rien n’est fait pour comprendre pourquoi [ils partent] et ainsi les empêcher de se désaffilier. »

Même s’ils représentent encore une part marginale de leur confrérie (2,1 %), le phénomène est en constante progression depuis l’an 2000. À cette époque, 18 médecins travaillaient au privé.

La majorité des professionnels désaffiliés sont des omnipraticiens (305). Considérant qu’ils suivent en moyenne 1000 patients, ce sont 300 000 Québécois qui sont privés d’un suivi gratuit.

Mauvaises conditions

Selon la FMOQ et la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), les nombreux changements dans le système depuis cinq ans en ont poussé plusieurs à quitter la RAMQ.

« Il ne faut pas se le cacher, la réforme a été extrêmement dure pour les médecins, réagit la Dre Diane Francœur, présidente de la FMSQ. [...] On est incapables de travailler comme on le souhaiterait. C’est extrêmement frustrant. »

« Au cœur de mes préoccupations, c’est le patient. Et je sens que j’aide énormément de gens », dit la Dre Sarah Benalil, qui a choisi le privé à la fin de ses études.

Président d’un réseau de cliniques privées, le Dr Marc Lacroix pense aussi que le mauvais climat en a convaincu plusieurs.

« On n’a rien vu encore dans le privé, c’est le début d’une nouvelle façon de voir les choses. D’ici cinq à dix ans, il n’y aura plus de culpabilité. Les médecins iront où ils veulent. »

Revenir au public ?

Du côté des syndicats, on garde espoir que de meilleures conditions en convainquent plusieurs d’y revenir.

« Ça ne se fera pas dans un an, concède le Dr Godin. [...] Mais il faut souhaiter que ça s’amenuise et que [le privé] redevienne une exception. »

Nombre de docteurs non participants au régime public

2018

  • Omnipraticiens: 305
  • Spécialistes: 120

Total: 425


2017

  • Omnipraticiens: 281
  • Spécialistes: 103

Total: 384


2016

  • Omnipraticiens: 253
  • Spécialistes: 61

Total: 314


2015

  • Omnipraticiens: 226
  • Spécialistes: 57

Total: 283


2014

  • Omnipraticiens: 176
  • Spécialistes: 56

Total: 232


2013

  • Omnipraticiens: 159
  • Spécialistes: 51

Total: 210

Source : RAMQ, données en date du 20 septembre de chaque année

Les jeunes attirés dès le début de leur carrière

<b>Isabelle Leblanc</b></br>
<i>Docteure</i>
Photo courtoisie
Isabelle Leblanc
Docteure

Le privé a la cote auprès des étudiants en médecine familiale, alors que des dizaines d’entre eux optent pour ce réseau dès le début de leur carrière.

Selon des données de la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) compilées par Le Journal, 38 jeunes omnipraticiens qui ont obtenu leur licence depuis 2013 travaillent actuellement dans le privé.

Plusieurs d’entre eux ont fait ce choix dès la fin de leurs études.

Pas de honte

« J’ai choisi le privé en sortant de l’école », raconte la Dre Sarah Benalil, employée du réseau privé des cliniques Lacroix, à Québec, depuis 2016.

« Je n’ai jamais eu de honte ou de gêne à dire ça. Souvent, mes collègues me disent que je suis chanceuse », souligne la femme de 39 ans.

D’entrée de jeu, elle avoue que les contraintes du réseau public ont fait pencher la balance. Parmi les avantages, elle a pu demeurer à Québec, plutôt que de devoir prendre un poste en région pour quelques années. Et elle apprécie de pouvoir prendre le temps nécessaire avec ses patients.

« Les gens sont tellement contents quand ils repartent, dit-elle. [...] On n’a pas le stress de voir un nombre X de patients. »

« Le patient qui vient ici a souvent un médecin de famille dans le système public, mais il n’est pas capable de le joindre. »

Marketing

Selon la Dre Isabelle Leblanc, du regroupement Médecins québécois pour le régime public, les médecins résidents sont visés par des campagnes de marketing pour les attirer au privé.

« C’est sûr que les gens voient beaucoup les contraintes du public sans voir le bénéfice et se font attirer par des campagnes de marketing pour qu’ils aillent au privé », mentionne-t-elle.

« C’est le plus inquiétant : que les gens aillent directement hors du système. Ils baissent les bras », ajoute la Dre Leblanc.