/opinion/blogs/columnists
Navigation

Nos auteurs

CA_Steve E. FortinCA_Marie-Eve DoyonCA_Stéphane Lessard

Immigration: au-delà des chicanes de clocher entre indépendantistes

Gabriel Nadeau-Dubois, co-porte-parole de QS

Coup d'oeil sur cet article

Le Parti québécois (PQ) préfère ces temps-ci casser du sucre sur le dos de Québec solidaire (QS) plutôt que d’engager le débat sur l’immigration au Québec. Ça lui permet sûrement de cacher qu’il appuie en fait le gouvernement Legault qui souhaite abaisser les seuils d’immigration.

Toute cette histoire débute par un titre tendancieux de La Presse : «Immigration : QS veut qu’Ottawa dise “non” à la CAQ». Dans la même journée, ce titre a été changé pour «QS demande à Ottawa de remettre le Québec à sa place». Pour aboutir finalement à : «Immigration : QS se range du côté d’Ottawa».

Pourtant nulle part dans l’article, nous ne retrouvons une citation de Gabriel Nadeau-Dubois (GND) qui dit cela. Le co-porte-parole de QS affirme plutôt : «On est rarement d'accord avec Justin Trudeau, mais de garder un nombre de réfugiés qui nous permet de jouer notre rôle de solidarité envers les plus mal pris de notre planète, c'est une bonne chose

Jugez par vous-mêmes : est-ce que cette déclaration veut dire que QS demande à Ottawa de dire «non» au gouvernement Legault, comme me l’a rappelé Pascal Bérubé sur Twitter? Ou encore que QS «demande au fédéral de restreindre la liberté décisionnelle du Québec», comme l’a écrit Véronique Hivon sur Twitter également?

Bien sûr que non évidemment.

Le chef intérimaire du PQ et sa collègue, députée de Joliette, ont préféré s’arrêter au titre mensonger d’un média qu’il et elle pourfendent habituellement, au lieu de lire l’article au complet. À moins que le PQ n’ait pas encore digéré la volée enregistrée le 1er octobre dernier, qui le place côte à côte avec QS à l’Assemblée nationale?

Un Québec ouvert ou fermé?

GND a bien situé le réel débat au sujet des seuils d’immigration : «La proposition de la CAQ de diminuer les seuils d’immigration est une mauvaise décision. Ce débat-là n’est pas un débat fédéral-provincial. Le vrai débat, c’est quel Québec nous voulons. Un Québec qui ouvre ses portes ou un Québec qui ferme ses portes?»

Le co-porte-parole de QS a ajouté en mêlée de presse : «Dans une époque où de plus en plus de gens en détresse cherche à améliorer leur vie parce qu'ils fuient la guerre ou les dérèglements climatiques on a une responsabilité comme pays développé d'être solidaire et d'accueillir ces gens-là. Faut bien le faire. Faut le faire en vertu de certaines règles. Faut pas le faire n'importe comment, mais fermer les portes à des gens qui veulent améliorer leurs conditions de vie et qui sont en détresse, ce n’est pas une solution et c'est quelque chose pour nous moralement (...), on est pas confortables avec ça

Qu’en pensent Pascal Bérubé et Véronique Hivon? On ne le sait pas encore. Ces deux-là préfèrent lancer de la bouette plutôt que d’engager le débat.

Pour les rassurer sur l’indépendantisme de QS, citons GND dans une entrevue avec Paul Larocque sur LCN hier : «On est pour que le Québec ait tous les pouvoirs, pas seulement en immigration mais dans tous les domaines. Alors chaque fois qu’on va aller gruger du pouvoir à Ottawa, ça va être une bonne nouvelle.»

Les seuils d’immigration : aller plus loin que les chiffres

Le gouvernement de la CAQ veut réduire de 52 000 à 40 000 dès 2019 le nombre d’immigrants et de réfugiés que le Québec accueille chaque année.

Officiellement, la CAQ a défendu cette position en campagne électorale en affirmant que l’intégration des immigrants au Québec est un échec et que pour s’assurer de bien les intégrer, il fallait abaisser le nombre de ceux-ci à chaque année.

Tout d’abord, c’est faux de prétendre que l’intégration des immigrants est un échec total.

Ensuite, pour s’assurer d’améliorer l’intégration des immigrants, ça prend des moyens.

Finalement, l’intégration des immigrants passe d’abord par leur francisation et des emplois pour ceux-ci.

Officieusement, je pense que la position de la CAQ répond davantage à des préoccupations électoralistes qui misent sur la peur de l’immigration, un sentiment qu’aime bien alimenter, malheureusement, le PQ par ailleurs.

Débattre franchement à la place

Les réactions du chef intérimaire et de l’ex-vice-chef du PQ ne servent en rien le débat sur les seuils d’immigration au Québec. Pas plus qu’elles ne servent l’intérêt du mouvement indépendantiste.

La stratégie de communication de QS cette semaine a peut-être été déficiente. Mais qu’est-ce que le PQ a à gagner de tourner les coins ronds, en s’appuyant sur un titre tendancieux d’une manchette sur Twitter d’un média fédéraliste, alors que ça fait plus d’un mois que la campagne électorale est terminée?

Pense-t-il vraiment que les Québécois-e-s se rappelleront de cela dans quatre ans, lors des prochaines élections?

Bien sûr que non. Évidemment.

En 2022 lors du prochain scrutin, si rien ne change, bien des Québécois-e-s se demanderont plutôt pourquoi le PQ et QS continuent de se diviser le vote «progressiste». Ce «pitchage» de bouette leur semblera bien inutile.

Ce n’est rien pour aider à reconstruire le mouvement indépendantiste. Ça nous éloigne du jour où on élira un gouvernement (même constitué de l’alliance ponctuelle de député-e-s de plus d’un parti) qui mettra de l’avant l’indépendance du Québec, un Québec tourné vers un avenir écologiste, un Québec qui aura les moyens de décider par lui-même de sa propre politique d’immigration.

Ce n’est pas en se crêpant le chignon que le PQ et QS se donnent les meilleures chances de barrer la route à la CAQ ou au PLQ en 2022.

Au lieu de cela, pourquoi ne pas débattre franchement du fond de la question en se demandant comment on pourra intégrer les immigrants qui choisissent le Québec comme terre d’accueil et les réfugiés que le Québec accueille par solidarité chaque année?