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Oui au Pacte, non au cynisme

Oui au Pacte, non au cynisme
Photo Agence QMI, Mario Beauregard

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Je signe rarement des pétitions et je ne cosigne pratiquement jamais les manifestes qui me parviennent souvent, me demandant de m’associer à des causes ou des opinions diverses. Pourtant, l’autre soir, j’ai contrevenu à ma règle habituelle et j’ai signé le Pacte pour la transition écologique. Ce faisant, j’ai aussi décidé de dire non au cynisme ambiant.

Oui, j’ai signé, et je n’hésite pas à dire que je l’ai fait après avoir lu les textes des chroniqueuses novices de ce Journal, Maude Carmel et Marie-Pier Gosselin (j’en ai parlé à Qub Radio). Ce qui m’a plu dans leurs textes, c’est entre autres leur refus du cynisme et l’enthousiasme contagieux avec lequel elles nous communiquent une vérité toute simple que je résumerai ainsi: si on veut que le monde change beaucoup, il faut commencer par changer soi-même, au moins un peu.

Trop facile, le cynisme

J’entends déjà les voix des cyniques s’élever, dénonçant la soi-disant hypocrisie des instigateurs de ce pacte, qui profiteraient de leur statut de vedettes pour donner des leçons au bon peuple, même s’ils brûlent allègrement du carbone pour se la couler douce dans l’opulence. J’entends aussi les voix non moins cyniques de ceux qui nous disent que, de toute façon, ce sont les Chinois, les Américains et autres boucs émissaires de ce monde qui produisent le gros des gaz à effet de serre et que la maigre contribution que pourront faire nos modestes efforts de réduction ne changera rien. Certains préfèrent fermer les yeux sur le phénomène alors que d’autres se résignent à dire qu’on est foutus de toute manière, alors pourquoi s’en faire?

Évidemment, si je souhaitais multiplier les clics sur mon blogue, je me joindrais au concert des cyniques en soulignant qu’un seul signataire du Pacte, cracheur de feu de son état, a peut-être généré, par ses déplacements en auto sport, en avion privé, en hélicoptère ou en fusée Soyouz, plus de gaz à effet de serre que l’ensemble des lecteurs de ce billet. Je pourrais aussi écrire qu’on n’a pas de raison d’écouter une vedette qui fait de la publicité pour des restaurants de fast-food ou des gros chars. Ou encore—ça marche à tout coup—je pourrais râler contre la gau-gauche caviar ou dénoncer les généreux programmes sociaux financés à même la péréquation qui nous vient des pétroles sales de l’ouest canadien. Et hop, mon billet ferait sauter l’internet! Vive le cynisme!

Chaque grand voyage commence par un petit pas

C’est bien beau tout ça, mais ça mène où au juste, le cynisme? Ce que les initiateurs du Pacte ont voulu nous signifier, en joignant habilement les voix de vedettes très connues à celles de scientifiques aussi sérieux qu’obscurs, c’est que même si l’action des gouvernements—grands et petits—est primordiale pour relever le plus grand défi global de notre époque, l’action des individus l’est tout autant. Il ne s’agit pas ici de faire la morale à ceux qui ne détestent pas se faire un barbecue une fois de temps en temps, mais seulement de prendre conscience que chacun d’entre nous, à la mesure de ses moyens, peut faire des gestes concrets pour réduire son empreinte écologique sans renoncer complètement aux voyages ou autres petites douceurs de la vie.

Bref, merci à Maude et Marie-Pier d’avoir achevé de me convaincre de commettre cet acte d’idéalisme naïf que mes détracteurs auront tôt fait de qualifier d’hypocrisie ou de syndrome du prêcheur moralisateur. Tout ce que j’ai fait, c’est de m’engager devant mes contemporains, et devant moi-même, à faire ma modeste et bien imparfaite part pour ralentir la progression d’un fléau global. C'est peu, mais c'est pas mal mieux que rien.

Il y a un dicton à quelque part qui dit que le plus long voyage commence par un pas. Le Pacte pour la transition écologique invite chaque Québécois à faire ce modeste premier pas, comme d’autres l’ont fait ailleurs avant nous et comme d’autres auront un tout petit peu plus de chances de faire après nous, s’ils sont un peu moins seuls à agir.

Bon ben, c’est bien beau tout ça, mais il faut que je fasse quelque chose avec mon vieux chauffe-eau au gaz naturel avant qu’il inonde notre cave. Est-ce que quelqu’un aurait un bon modèle électrique à me proposer?