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Plein salaire et pleine pension en même temps

La Ville a réembauché sept pompiers retraités à des conditions très avantageuses

incendie Wellington
Photo d’archives, Chantal Poirier Des pompiers de Montréal combattent un feu dans un immeuble abandonné au coin King et Wellington.

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En manque cruel de patrons pour son Service des incendies, la Ville de Montréal a offert un véritable pont d’or à sept cadres retraités : ils touchent à la fois leur pleine pension et un plein salaire, pour des revenus pouvant totaliser de 180 000 $ à 225 000 $ par an, chacun.

La Ville a réembauché les sept retraités de septembre 2017 à août 2018.

Cinq d’entre eux sont chefs des opérations, à un salaire de 117 639 $ par an, et deux ont le grade de chef de division, à 130 841 $.

Ils touchent tous également une retraite variant de 64 000 $ à 96 000 $ par an, selon les estimations de notre Bureau d’enquête.

« Situation exceptionnelle »

La Ville de Montréal convient que l’embauche de ces retraités en double rémunération est loin d’être idéale. « Les ressources humaines et le Service des incendies de Montréal travaillent actuellement à trouver des solutions face à cette situation exceptionnelle », écrit le porte-parole Gonzalo Nunez dans un courriel à notre Bureau d’enquête.

Selon lui, la double rémunération s’explique par le fait que le Service des incendies de Montréal est aux prises avec une pénurie de cadres.

« Présentement, 14 postes de chefs sont vacants (soit environ 20 % des postes de chefs) », explique M. Nunez. La moitié de ces emplois à pourvoir sont occupés par des retraités à la pige. La Ville dit avoir tenté d’embaucher à l’interne, sans succès.

Postes moins attractifs

La municipalité assure qu’elle met tout en œuvre pour convaincre davantage de capitaines et de lieutenants syndiqués à présenter leur candidature pour devenir chefs. Selon le syndicat, les changements apportés ces dernières années aux régimes de retraite dans la fonction publique rendent les postes de cadres moins attrayants.

« L’Association des pompiers de Montréal avait prédit cette désaffection des membres envers les postes-cadres, lors de l’adoption du projet de loi 15, et cette situation ne fera que malheureusement s’aggraver au cours des prochaines années », écrit Chris Ross, président du syndicat, dans un courriel à notre Bureau d’enquête.

Bien que le syndicat soit en négociations avec la Ville pour renégocier la convention collective, le vice-président Richard Lafortune assure que le peu de volontaires pour devenir cadres n’a rien à voir avec de quelconques moyens de pression.

« Nos membres peuvent se présenter aux concours de chefs sans aucune restriction », dit-il.

La Ville assure elle aussi que la direction du Service des incendies de Montréal « souhaite ardemment que les pompiers actifs présentent leurs candidatures en grand nombre », dit Gonzalo Nunez, qui précise que cette question est « un sujet de négociation » en vue de la prochaine convention collective.

Trois des sept cadres ont signé des contrats de trois ans, les autres sont engagés pour un an.

Sept pompiers bien payés

incendie Wellington
Photos tirées de Facebook et de Linkedin

 

Eh oui, c’est permis

Est-ce qu’il est permis pour la Ville d’embaucher à la pige un retraité à plein salaire, au même poste qu’il occupait à son départ ?

Oui. Aucune règle ne l’empêche à la Ville de Montréal.


Pourquoi le Service des incendies de Montréal a-t-il décidé de se tourner vers des retraités ?

La Ville dit avoir de grandes exigences pour les postes de cadres pompiers. « Le recrutement externe est limité étant donné le caractère unique des interventions de la Ville de Montréal au Québec en fonction de la densité de sa population, son patrimoine bâti », dit le porte-parole Gonzalo Nunez.

De son côté, l’Association des pompiers de Montréal affirme que ses syndiqués sont moins intéressés à prendre du galon depuis que la Ville a changé leurs conditions de retraite, dans la foulée du projet de loi 15 de 2014, qui permet de réduire leur pension.


Québec n’a-t-il pas légiféré pour éviter la double rémunération ?

L’ancien président du Conseil du trésor Martin Coiteux a déposé en 2014 un projet de loi visant à diminuer le recours aux contrats à l’externe.

« On ne peut pas réengager la même personne pour remplir les tâches qu’elle remplissait déjà », explique Jean Auclair, attaché de presse au Conseil du trésor.

La loi contient d’importantes zones grises. « Un employé qui part à la retraite peut quand même se voir octroyer un contrat de service s’il s’agit d’un mandat spécifique pour une durée déterminée », dit-il. De toute façon, les nouvelles règles ne s’appliquent pas aux municipalités.