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Une ado sur la route

<b><i>Françoise en dernier</i></b><br />
Daniel Grenier<br />
Le Quartanier, 221 pages, 2018
Photo courtoisie Françoise en dernier
Daniel Grenier
Le Quartanier, 221 pages, 2018

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C’est un roman de la route, celle de l’aventure. Mais c’est un chemin bien singulier que suit le personnage central de Françoise en dernier.

Été 1997. Françoise a 17 ans, elle entrera sous peu au cégep. Elle vit en banlieue, dans une famille qui lui laisse une grande liberté : elle peut bien fuguer, chacun sait qu’elle reviendra. Pas la peine de déranger la police pour ça.

Ça fait de Françoise quelqu’un de farouchement hors des normes. Elle chaparde dans les magasins, elle tague des wagons de train, elle squatte des maisons vides – mais en traînant ses provisions et en effaçant toute trace de sa présence. On n’est pas dans de grands dérapages, juste de l’autre côté des limites de la légalité. Moins une rebelle qu’une ado qui ne veut pas se laisser enfermer.

Surtout, Françoise s’est trouvé une inspiration. Elle est tombée par hasard sur un magazine Life datant de 1963. La une annonce un grand reportage sur Helen Klaben, jeune New-Yorkaise de 21 ans partie seule à l’aventure et qui a survécu à un écrasement d’avion au Yukon. Il fallut 49 jours avant que celle-ci et le pilote Ralph Flores ne soient découverts.

C’est une histoire terrible (et réelle) de survie, mais Helen Klaben l’a toujours relatée avec une juvénile désinvolture. Françoise est fascinée.

Or un beau jour, à la gare de triage, elle voit qu’un wagon qu’elle a tagué est revenu de son lointain périple. Et il y a un message sous son dessin : une Mary du Tennessee qui écrit que son tag est beau. C’est comme un appel. Françoise prend son sac à dos et, sans prévenir personne, traverse la frontière. Direction le sud ! Elle ira en bus, en train, en faisant du pouce et à pied quand il le faut. Totalement libre de ses mouvements.

« Elle se faisait pleinement confiance, elle pensait que rien n’était à son épreuve et elle avait le sentiment que ses parents le pensaient eux aussi. »

La confiance, c’est précisément ce qui est formidable avec ce roman ! Françoise ne deviendra pas, chemin faisant, la proie de vicieux méchants, ni la pourchassée d’un entourage fou d’inquiétude, ni une battante aux aventures spectaculaires. Elle va simplement se débrouiller, sans coup d’éclat, à peine des mésaventures. Même pas le genre à sauter sur un train en marche ! Elle s’étonne elle-même du pas grand-chose qu’elle aura à raconter.

Or par la seule force de son écriture, l’auteur Daniel Grenier réussit à rendre ce « pas grand-chose » captivant.

Elle est intrigante, sa Françoise, avec sa quête d’absolu toute personnelle, qui ne se revendique de rien d’autre que de la curiosité de vivre. Le roman entremêle les pas de Françoise à l’immobilité d’Helen Klaben, comme les deux faces d’une même détermination à ne rien se laisser imposer. Ça donne un magnifique portrait d’une non-héroïne.

Forcément, Françoise ira jusqu’au Yukon. Jusqu’à une finale qui prend au cœur.