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Fight night : perdre 18 livres et soigner une peine d’amour

Michael Paré
Photo courtoisie Un boxeur défait, Michael Paré. Il raconte sa peine d’amour à l’intervieweur Étienne Rivard.

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TROIS-RIVIÈRES | Fight Night. À Trois-Rivières. Samedi soir. Honnêtement, je ne savais pas trop à quoi m’attendre. Peut-être à un freak show de mauvais goût. Peut-être à des combats entre tatas qui pourraient mettre leur santé en danger.

Samedi soir de neige et de froid à Trois-Rivières et la grande salle est pleine. Des tables vendues 365 $ chacune, des chips, de la bière, de la bière et encore beaucoup de bière.

Finalement, il y aura eu quelques tatas qui ont donné un freak show, mais ce ne fut jamais sur le ring. Les vrais tatas étaient saouls dans le parterre. Là où on est censé avoir de la classe. Là où étaient Catherine Gaudreault de la radio 106,9 fm de Trois-Rivières, le doc Mailloux, grand fervent de boxe et un ou deux sympathiques chefs de la Nation abénaquise.

Le chef des Abénaquis de La Tuque, Dany Chilton, a aussi combattu.
Photo courtoisie
Le chef des Abénaquis de La Tuque, Dany Chilton, a aussi combattu.

Un bon arbitre

Le concept de Fight night est simple. Et vieux comme la civilisation. Les promoteurs, Benjamin Hamel et Jacques Nault, deux jeunes dans la vingtaine, organisent le gala. Trois-Rivières et la Mauricie, c’est un tissu social bien serré. Les gens se connaissent.

Deux gars acceptent un défi. Ça peut être deux gérants de banque. Ils prennent un mois ou deux pour se préparer dans un gymnase avec un entraîneur, ils montent sur un ring encouragés par leurs amis et leur famille et se livrent des combats de trois rounds d’une minute ou d’une minute et demie. Ça swingue large, pas besoin de le dire et Adonis Stevenson passerait les 26 candidats de la soirée en une petite demi-heure.

Ce qui donne de l’allure au gala, c’est la présence des officiels de la fédération de boxe du Québec. L’arbitre, très sérieux et fort compétent, mène les combats de main de maître. Et les trois juges scorent les pointages avec soin. Surtout que le grand public est également invité à se prononcer en levant un carton rouge ou bleu selon que le boxeur en bleu ou en rouge a gagné. Les juges et le peuple sont en accord, ce qui est très différent de la vraie vie judiciaire où plein de bandits s’en tirent à bon compte.

L’annonceur maison, Klôde Buffer, devant Pat «El Coq» Pépin.
Photo courtoisie
L’annonceur maison, Klôde Buffer, devant Pat «El Coq» Pépin.

18 livres et une peine d'amour

Je n’ai pas vu un seul malheureux de la soirée. Je parle surtout des perdants. Les gagnants descendaient du ring avec une ceinture de champion et les perdants avaient les yeux brillants de l’expérience qu’ils venaient de vivre.

Ça demande du courage pour un gérant de caisse pop d’affronter un ancien bagarreur de rues. Même si on porte des gants et un casque. Quand l’ineffable Klôde Buffer hurle ton nom et que la foule applaudit et crie des encouragements, les leçons du gymnase s’envolent. Faut faire face à la mitraille et à la tempête. Les bouches saignent et les nez enflent.

Dans une grande pièce qui servait de vestiaire pour tous les boxeurs et leurs entraîneurs, l’adrénaline coulait après les combats. Je suis allé trouver un de ces perdants, Michael Paré. Il venait de se faire interviewer par un reporter de la télévision et reprenait son souffle. Il avait les yeux tout brillants : « Je suis complètement heureux de l’expérience même si j’ai perdu. Je m’étais entraîné pendant un mois et j’ai perdu 18 livres. Juste ça, c’est une grosse victoire. Fight Night va me servir de motivation pour continuer mon entraînement. En plus, ça pas été une année facile. J’ai vécu une peine d’amour, pis l’entraînement et le combat m’ont aidé à passer à autre chose. J’ai une bonne job à la Kruger, la vie est belle », m’a-t-il expliqué. Et cette fierté, il l’avait encore après avoir pris sa douche.

Deux enfants et un encan

Le principe de Fight Night va plus loin que la soirée. Des équipes de tournage ont rencontré tous les candidats. Ils ont raconté leur désir et leur envie de vivre l’expérience d’un combat de boxe. On les a retrouvés après les combats pour avoir leurs réactions. Tout ça va se retrouver sur le réseau spécialisé Punching Grace.

En plus, l’encan a permis de porter à 7800 $ le chèque remis à une dame de La Tuque souffrant d’un cancer particulièrement féroce. Il y avait des gants de Jean Pascal, David Lemieux, Eleider Alvarez et Artur Beterbiev. Et une chemise de Marc Ramsay qu’il portait dans le coin d’Alvarez quand il a sacré une volée à Kovalev. Les boxeurs sont toujours généreux.

Le premier combat de la soirée mettait en vedettes deux gamins de 14 ans. Ils étaient bien préparés. J’ai eu peur pour rien, tout s’est bien passé.

La vie est bien faite : il y a deux semaines, j’interviewais Vladislav Tretiak à Moscou, samedi, c’était Michael Paré à Trois-Rivières.