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Un programme de recyclage des emballages du cannabis existe, mais Québec n'en veut pas

À part refuser le petit sac brun de la SQDC pour transporter les boîtes, jeter le contenant au recyclage et signer le pacte pour la transition écologique, question de se donner bonne conscience... je ne vois pas trop ce qu’on peut faire pour lutter contre le suremballage.
Crédit Photo Annabelle Blais À part refuser le petit sac brun de la SQDC pour transporter les boîtes, jeter le contenant au recyclage et signer le pacte pour la transition écologique, question de se donner bonne conscience... je ne vois pas trop ce qu’on peut faire pour lutter contre le suremballage.

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À la suite de mon dernier billet sur le suremballage des produits du cannabis, vous avez été nombreux à me demander ce que vous pouviez faire pour éviter de tuer un arbre chaque fois que vous allumez un joint.

À part refuser le petit sac brun de la SQDC pour transporter les boîtes, jeter le contenant au recyclage et signer le pacte pour la transition écologique, question de se donner bonne conscience... je ne vois pas trop ce qu’on peut faire.

Un producteur a toutefois lancé une initiative intéressante. La marque Tweed de Canopy Growth, un des fournisseurs de la SQDC notamment, s’est associée à l’entreprise TerraCycle pour créer un programme de recyclage d’emballage de cannabis.

Un organisme ou même juste une personne peut aller s’inscrire pour participer. Ça permet d’envoyer gratuitement nos contenants à TerraCycle, qui s’occupe de les recycler.

Selon ce qu’on peut lire sur leur site internet, les déchets sont réduits en granules de plastique qui servent ensuite à fabriquer des bancs, des aires de jeux ou des tables à pique-nique.

Ils n’acceptent pas seulement les déchets de la marque Tweed, mais bien les emballages de tous les producteurs. Ils prennent les contenants en plastique, les boîtes, les tubes à joints, les bouteilles en plastiques, et les sacs en plastique.

Les consommateurs peuvent aussi se rendre dans les points de vente privés gérés par Canopy Growth (il n’y en a pas au Québec) ou des succursales partenaires pour y rapporter leurs contenants et les déposer dans les boîtes qui seront envoyées à TerraCycle.

On l’a (presque) testé
Je me suis inscrite directement sur le site de TerraCycle pour voir si ça fonctionnait. Mais cinq jours plus tard, je n’ai toujours pas eu de nouvelles. J’ai appelé pour vérifier et on m’a bien dit que le programme est offert partout au Canada. 

Personne n’a répondu à ma demande d’entrevue. Alors pour le moment, je ne sais pas ce que ça vaut. Si vous le testez, vous me ferez signe.

Pas possible au Québec

A priori, ce programme semble une bonne nouvelle. Pourtant la SQDC n’est pas intéressée, m’a expliqué leur porte-parole, Mathieu Gaudreault.

Le hic est que le programme est effectivement commandité par une entreprise de cannabis... et la loi provinciale interdit ce genre de commandite. Les boîtes avec une mention Tweed posent notamment problème. 

Si je comprends bien, on ne recyclera pas les contenants parce qu’on a peur que notre belle jeunesse devienne accro au weed parce qu’ils ont vu le nom de Tweed sur une poubelle?!!

Pendant ce temps, ça ne dérange personne que les marques de bières s’associent à des émissions de télévision, à des show et à notre sport national juste pour nous vendre de la bière cheap.

Il ne reste qu’à espérer que les producteurs s’engagent à utiliser moins d’emballage et que la SQDC demande à ses fournisseurs de trouver des solutions. Et surtout que Santé Canada assouplisse un peu ses règles.

Les producteurs ont tout intérêt d’ailleurs à proposer de meilleurs contenants, car certains ne sont pas toujours adaptés pour bien conserver le cannabis (j’ai abordé la question dans cet article).

Mathieu Gaudreault m’assure que la SQDC est sensible aux préoccupations des Québécois pour le suremballage. Il confirme aussi que le sujet sera abordé au cours des prochaines semaines lorsque la société d’État lancera des appels d’offres pour aller chercher de nouveaux fournisseurs.

Bref, si un producteur propose des emballages écoresponsables, ça pourrait l’aider à obtenir un contrat par exemple. Ce ne sera pas le seul critère, bien sûr.

Santé Canada pourrait aussi faire quelques ajustements aux lois et règlements pour donner un peu plus de flexibilité aux producteurs. Par exemple, le fait d’obliger les producteurs à avoir des emballages opaques a donné des maux de tête à Sebastien St-Louis, le pdg d’HEXO.

Avant la légalisation, leurs produits étaient emballés dans un verre recyclable. « Mais les nouveux règlements de Santé Canada nous ont obligés à faire des changements rapides, et là, maintenant oui, on a trop d’emballage, c’est clair, dit-il. On est 100% d’accord avec un emballage à l’épreuve des enfants. Mais est-ce obligé d’être opaque?» s’interroge M. St-Louis.

HEXO a aussi créé un département d’innovation en design et génie et dit travailler avec Québec et Ottawa pour améliorer tant les règlements que les contenants.

On verra bien ce que tous ces efforts donneront au cours des prochains mois.