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Quémander son trottoir

Pont de l'île Bigras avant la reconstruction.

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Pour les piétons, il y a de ces situations dans les villes qui se transforment en opportunité ou en occasion ratée. Trop souvent, les rues sont refaites à l’identique, même si l’identique date d’une autre époque. Voici la petite histoire de la quête d’un trottoir par une communauté et ses citoyens qui souhaitent faire autrement.

Il m’arrive souvent de descendre du train de la ligne Deux-Montagnes à la gare Île-Bigras à Laval. Comme voisine à temps partiel, il m’a semblé naturel de suivre ce qui se passe tout autour. Groupe citoyen sur les médias sociaux, assemblée en vue du futur REM, journal local, je gravite autour de ces discussions de quartier. Comme de nombreux citoyens le font dans leur communauté.

À la quête d’un trottoir

Ce quartier, ce sont des îles vers une île. Qui dit île, dit pont. Voilà que ce pont, sur la rue Dupont (!), a eu besoin d’être reconstruit. Les travaux vont bon train, ça se jase dans la communauté. Un trottoir et une piste cyclable seront ajoutés sur le tablier. C’est tant mieux car le pont permet de rejoindre à pied la gare de train, de faire le trajet vers les lignes d’autobus de la STL menant vers le métro, d’accéder à l’école primaire, de gagner le petit mail commercial et la clinique, et l’été, de prendre la direction du bar laitier. Le hic, c’est que malgré l’ouverture complète de la rue pour des travaux d’infrastructures souterraines et l’intégration de futurs aménagements de transport actif sur le pont, il n’y a aucun trottoir de prévu entre la fin du tablier et le chemin principal. Nenniniet, pas pantoute.

Pont neuf ou non, ces quelques dizaines de mètres sur la rue Dupont sont orphelins de trottoir. Une ligne peinte sur l’asphalte tente de délimiter un espace sécuritaire pour les nombreux piétons, écoliers en tête de liste. Refaire un pont et la rue semble tout indiqué pour saisir l’opportunité de faire mieux. Pour le moment, la rue est éventrée et la seule opportunité est celle de signer une pétition d’ici le 30 novembre qui réclame la construction de ce bout de trottoir. Une demande pourtant répétée depuis de nombreuses années par les citoyens.

Le sophisme de la soi-disant équité

C’est aussi une histoire fâchante qui se fait servir l’argument de l’équité entre des résidents d’un secteur versus un autre, entre ceux qui ont déjà des trottoirs, ceux qui n’en ont pas, ceux où ce n’était pas prévu lors du développement. De la même manière que la ville de St-Hyacinthe décide de ne plus entretenir 66 km de ses trottoirs, et de les voir disparaître à la fin de leur vie utile, au nom de la soi-disant équité. Au contraire, l’argument de l’équité appuie plutôt la possibilité de se déplacer en toute sécurité pour les usagers les plus vulnérables que sont les piétons, et encore plus lorsqu’ils sont enfants ou aînés. Ce bout de trottoir sur la rue Dupont devrait voir le jour précisément en raison de l’équité, celle entre tous les usagers de la route.

Imaginez si on servait ce même argument aux routes et qu’on arrêtait de les entretenir : pourquoi les citoyens d’un secteur où il y a moins d’asphalte devraient payer pour un secteur dont les routes demandent plus d’entretien? Ridicule.

L’aménagement de trottoirs, d’intersections sécuritaires, de mesures d’apaisement ou pour le partage de la rue doit faire partie des bases d’un budget municipal. Ce ne sont pas des extras, ni des interventions à la pièce. Un exemple? Montréal vient de créer dans son budget 2019 un Programme d’aménagement des rues pour ne plus refaire à l’identique. Laval travaille aussi à se doter d’un plan pour sécuriser les déplacements piétons. Ça avance. À petits pas certains diront.

Construire les rues pour tous

Cette petite histoire est celle de nombreux citoyens mobilisés dans de nombreuses villes qui aspirent à des milieux de vie plus sécuritaires et plus en santé. Elle illustre aussi notre lenteur collective à garantir des trajets piétons sécurisés entre le pas de la porte et l’arrêt du transport en commun, ou encore vers des activités quotidiennes. Et elle éclaire sur les limites du financement des infrastructures municipales : la lunette du compte de taxes ne peut à elle seule garantir des choix de société en faveur du bien commun, en faveur des plus vulnérables.

Cette petite histoire de trottoir met la lumière sur l’essentiel engagement citoyen - à toutes les échelles - pour faire changer les choses. Pour faire autrement. Cette petite histoire de trottoir peut encore se transformer en opportunité. J’vous raconterai la suite.