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Rapport du vérificateur général: bâtiments patrimoniaux en danger

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OTTAWA | Non seulement les bâtiments patrimoniaux canadiens sont de plus en plus à risque de tomber en ruines, mais les ministères qui en sont responsables n’ont même pas de données complètes sur les édifices qu’ils gèrent ni leur état.

Le rapport du vérificateur général (VG), rendu public mardi, est tranchant. «La durée de vie de certains biens immobiliers fédéraux était menacée, alors que ces biens sont censés profiter aux générations de Canadiens», déplore Michael Ferguson.

Le VG s’est penché sur la gestion de Parcs Canada, Pêches et Océans Canada et La Défense nationale. À eux trois, ils possèdent plus de 70% de tous les édifices fédéraux ayant obtenu la désignation patrimoniale. En 2017, le fédéral possédait 1272 édifices ainsi désignés à travers le pays et plus de 223 lieux historiques nationaux.

Risque pour la sécurité

La conclusion de M. Ferguson et son équipe est que ces trois ministères «n’avaient pas pris de mesures suffisantes pour conserver la valeur patrimoniale des biens patrimoniaux fédéraux et préserver leur état».

«Nous avons cependant constaté, au cours de nos visites de divers lieux et édifices, que beaucoup de ceux-ci se détérioraient», peut-on lire dans le rapport.

Si certains des édifices visités par le bureau du VG étaient en assez bon état, «un nombre équivalent d’édifices étaient dans un piètre état : effritement des briques, absence de toit, présence de graffitis et risque d’effondrement de certains bâtiments».

«Nous avons vu des édifices en si mauvais état qu’ils posaient, selon nous, un risque pour la santé et la sécurité», s’inquiète le VG.

Portrait incomplet de la situation

L’examen du VG a permis de constater que les bases de données des trois ministères ne contiennent pas des informations à jour sur l’état des édifices patrimoniaux sous leur juridiction. Pire, Parcs Canada et Pêches et Océans Canada n’avaient pas d’information exacte sur le nombre total de leurs édifices patrimoniaux.

«Ces organisations ne disposaient donc pas d’un tableau complet de leurs biens patrimoniaux ni de toute l’information requise pour prendre des décisions à ce sujet », souligne le rapport.

Puisque les informations détenues par ces ministères sont inexactes, celles transmises tant au public qu’au parlement le sont tout autant.

De plus, malgré l’augmentation au cours des dernières années du nombre d’édifices classés patrimoniaux, aucune nouvelle somme n’a été débloquée pour assurer leur conservation. Ceci augmente le risque que des bâtiments se retrouvent en état de délabrement et «disparaître de l’histoire du pays», note le rapport.

Principal responsable de la conservation, Parcs Canada dit avoir dépensé 50,5 millions$ de 2015 à 2018 pour l’entretien et la conservation de biens patrimoniaux, mais admet ne pas avoir pu assurer la conservation de ses édifices. Pour ce faire, l’Agence aurait besoin de 1,2 milliard $ pour rattraper l’arriéré de travaux.

Un problème de longue date

Le bureau du vérificateur général avait déjà tiré la sonnette d’alarme dans des rapports précédents, en 2003 et en 2007. Force est de constater que la situation ne s’est guère améliorée en 15 ans, déplore le VG

«La conservation des biens patrimoniaux fédéraux pose problème depuis longtemps, et que peu d’améliorations ont été apportées depuis notre premier audit réalisé en 2003. Les efforts de conservation des biens patrimoniaux fédéraux menés par le passé n’ont pas été à la hauteur des besoins, alors que le nombre d’édifices patrimoniaux fédéraux ne cesse de croître. Par conséquent, le risque de perte de précieux biens patrimoniaux deviendra plus important», peut-on lire dans le rapport.

Exemple d’un édifice patrimonial en piètre état visité par le VG

Maison de Louis-Joseph-Papineau, à Montréal (au Québec)

Construite en 1785, cette maison du Vieux-Montréal a été désignée comme édifice patrimonial non seulement en raison de son lien avec un personnage historique, mais aussi de ses caractéristiques architecturales. Au cours des dix dernières années, Parcs Canada a effectué des travaux sur la maison, notamment des réparations au toit et à la cheminée. Toutefois, la maçonnerie et l’intérieur de l’édifice ont encore besoin de réparations majeures. Des fonds ont été alloués pour amorcer divers travaux de conservation.

Maison du surintendant à Carillon (au Québec)

Propriété de Parcs Canada, la maison du surintendant a été érigée entre 1842 et 1843 et demeure l’un des rares vestiges témoignant des vocations militaire et commerciale du canal de Carillon. La valeur patrimoniale de la maison, qui est située en bordure du canal, réside dans ses caractéristiques de conception esthétiques et fonctionnelles. Nous avons constaté que la résidence était en mauvais état : effritement des fondations, pourrissement du bois et détérioration des murs de pierres. De plus, il n’y avait aucun panneau d’avertissement. Malgré l’état de la maison, celle-ci n’était pas clôturée. Vu les risques qu’elle posait pour la santé et la sécurité, nous n’avons pas pu y entrer.

Source: rapport du vérificateur général