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L’émeute d’une nation

Maurice Richard
Photo d'archives

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Ma génération n’a pas connu les référendums. Notre langue ne semble plus un handicap. Pourtant, l’avenir constitutionnel du Québec est toujours sur la glace.

C’est sur la glace, justement, que les Canadiens-français sont devenus Québécois. La leçon des émeutes de Maurice Richard est pertinente encore aujourd’hui.

En 1955, le Canadien de Montréal, mené par Maurice Richard, a d’excellentes chances de remporter la Coupe Stanley. Le Rocket fait rêver par son style de jeu pugnace, courageux et irrésistible. Pour une première fois, un Canadien-français domine un univers anglais.

Le 13 mars 1955, un défenseur des Bruins assène un coup de bâton à la tête de Maurice Richard. Ce dernier tente de se défendre, mais un juge de lignes s’interpose. Richard finit par frapper l’arbitre. Clarence Campbell, commissaire de la ligue, décide de suspendre le Rocket pour les séries éliminatoires.

Au match suivant, Campbell se présente au Forum de Montréal, malgré la colère des partisans. La partie ne sera jamais complétée. Une émeute est déclenchée dans l’amphithéâtre et prend de l’ampleur dans les rues de Montréal.

Un catalyseur

À l’époque, André Laurendeau du Devoir compare la suspension de Richard à la mort de Louis Riel pour les Canadiens-français. Il y a des moments dans l’histoire où le sport incarne non seulement des espoirs partisans, mais la condition des gens ordinaires et leurs aspirations.

Maurice Richard était plus qu’un simple joueur de hockey. Il était le meilleur, autant par le talent que par l’ardeur. Bouillant de détermination, chacune de ses enjambées réchauffait les salons trop étroits du Québec. Sa fougue a fait de lui une figure émancipatrice pour les citoyens de seconde zone qu’étaient les Canadiens-français. Le Rocket traînait sur ses épaules les frustrations d’un peuple trop souvent employé.

On parle d’une époque où seulement 63 % des élèves francophones font leur 7e année, où 13 % finissent leur 11e année. Les Canadiens-français sont pea soup ou cheap labor; les Canadiens-anglais sont sir, boss ou chairman. Michèle Lalonde capte, quelques années plus tard, l’essence de ce sentiment d’injustice. 

«Un peu plus fort alors speak white/haussez vos voix de contremaîtres/nous sommes un peu durs d’oreille/nous vivons trop près des machines/et n’entendons que notre souffle au-dessus des outils.»

Les émeutes de Maurice Richard constituent l’expression spontanée d’une nation qui ne veut plus perdre. 

Aujourd’hui

Recentré sur des passions marchandes, le Canadien n’a plus la portée politique de 1955. Cependant, les questions identitaires ne sont pas réglées pour autant.

Récemment, le gouvernement ontarien a décidé d’abandonner le projet d’université francophone à Toronto, plus grande ville du pays. La levée de boucliers au Québec a perdu de son sens dans le silence des médias anglophones. Peut-être sommes-nous seulement qu’une communauté parmi les autres au Canada? 

Les émeutes de Maurice Richard nous offrent une leçon. Il faut contester un sort pour lequel on se dit condamné avec détermination et courage, à l’image du Rocket.

Comme l’écrivait Hémon: «Ces gens-là sont d’une race qui ne sait pas mourir».

 

Cette chronique est en lien à la thématique «sports» proposée par Réjean Tremblay.

 

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