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Sauter dans le vide avec Lysanne Richard

Après une carrière comme athlète de cirque, Lysanne Richard s’est tourné vers les compétitions de plongeon de haut vol, un sport qui nourrit sa soif d’adrénaline, mais qu’elle perçoit comme plus « raisonnable » pour une mère de trois enfants.
Photo Agence QMI, Dominick Gravel Après une carrière comme athlète de cirque, Lysanne Richard s’est tourné vers les compétitions de plongeon de haut vol, un sport qui nourrit sa soif d’adrénaline, mais qu’elle perçoit comme plus « raisonnable » pour une mère de trois enfants.

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Lysanne Richard a 37 ans et 3 enfants. Elle gagne sa vie à sauter du haut de plateforme de 17 à 23 mètres. La plongeuse de haut vol, championne du monde 2016 et vice-championne du monde 2018, en connaît un rayon en matière de motivation, d’audace et de persévérance.

On se rencontre au Centre sportif du Parc olympique de Montréal, là où a été installée au printemps une toute nouvelle structure de plongeon en haut vol. La plateforme trône à 17 mètres d’altitude ; Lysanne doit s’y rendre armée d’un harnais de sécurité, chaque plongeon doit être supervisé d’un entraîneur. En compétition sur le circuit extrême de Redbull, l’athlète saute dans une étendue d’eau naturelle à une hauteur moyenne de 23 mètres.

« On n’est qu’une vingtaine de femmes à faire de la compétition dans l’élite mondiale. Au Canada, je suis la seule, dit Lysanne Richard. Rares sont les personnes qui ont le bagage athlétique ET le guts pour performer comme athlète de plongeon en haut vol. »

Derrière le spectacle

Autrefois l’épreuve de courage par excellence, le plongeon extrême sollicite plus que des nerfs d’acier. Extrêmement technique, le sport se pratique sur les bases d’une parfaite maîtrise des mouvements et d’une grande force physique. On ne se lance pas dans le vide sans l’assurance d’atterrir sans séquelles ! En plongeon de haut vol, les pieds des plongeurs frappent l’eau à une vitesse de plus de 80 km/h. La période de freinage est toute aussi intense : l’athlète doit encaisser et résister aux forces de l’impact dans une démonstration de puissance qui frôle les limites d’adaptation du corps humain. La marge de manœuvre entre un plongeon réussi et une catastrophe est mince.

« Si on déroge de la verticale en pénétrant dans l’eau, on peut perdre connaissance, faire une commotion, se blesser aux coccyx, aux bras, aux poignets... », donnes-en exemple Lysanne Richard.

« C’est extrêmement spectaculaire – et comme ex-athlète de cirque, c’est un aspect qui m’a attirée vers le plongeon de haut vol –, mais au-delà du saut que j’aborde comme un show il y a toute la préparation graduelle et l’entraînement pas du tout glamour essentiels à la performance », dit l’athlète de 37 ans. Préparation physique, pratique de plongeon, entraînement Essentrics, cours de ballet en plus d’une panoplie de rendez-vous hebdomadaires ou mensuels avec des spécialistes en acupuncture, physiothérapie, ostéopathie...

« Je pratique un sport à grands impacts, j’ai tout naturellement des blessures d’usure de mes années de cirque et j’ai 37 ans : il y a une grande logistique de préparation selon une approche préventive derrière toutes les performances », dit Lysanne Richard.

Les performances, sans la course

Derrière chaque seconde spectaculaire, des heures et des heures de disciplines et de dévouement dans l’ombre. Lysanne Richard s’entraîne à travers les exigences professionnelles et familiales en visant le titre de championne du monde sur le circuit international de la FINA et sur celui du Redbull Cliff Diving. Son but ultime ? Une participation aux Jeux olympiques à Tokyo en 2020, si le plongeon haut vol est admis comme nouvelle discipline olympique. Sans aucune assurance, elle continue à se dépasser.

« Il faut être fier de toutes les petites étapes qui mènent à un objectif et y reconnaître des succès », dit la vice-championne du monde en plongeon haut vol.

Avoir la confiance de s’élancer en haut d’une falaise de 23 mètres ne se fait pas du jour au lendemain. Un saut à la fois.

« J’ai encore peur. En haut de la plateforme, ce n’est toutefois plus le temps d’avoir peur », partage Lysanne Richard.

Oser plonger

Son parcours à lui seul est inspirant. Lysanne Richard nous présente trois de ses conseils pour oser se lancer.

1. Trouver son carburant

« C’est essentiel de choisir une activité qui nous procure du plaisir. Mais même si on fait quelque chose qu’on aime, certains jours, la motivation sera forcément moins grande. Il faut alors tenter de retrouver ce qui nous allumait tant au départ. C’est aussi correct des fois de varier et d’opter pour une autre activité. Peut-être que les retrouvailles n’en seront que meilleures. »

2. S’entourer

« Avant de me lancer dans l’aventure du plongeon de haut vol, j’en ai parlé à ma famille. Lorsqu’on parle de nos projets, on se trouve des personnes qui reconnaissent nos objectifs et nos efforts, et qui en deviennent des alliés. Être bien entouré, c’est la clé. Cela m’aide en outre à entretenir ma motivation : je veux être à la hauteur de tout le soutien que je reçois. »

3. Doser ses défis

« Viser toujours plus haut, le titre de ma conférence, ça ne veut pas dire de viser un plongeon de 20 mètres en commençant ! Se dépasser, c’est viser toujours un peu plus, puis construire notre confiance en soi, une réussite à la fois. On peut être surpris de jusqu’où que ce chemin peut nous mener... peut-être qu’on en aura même le vertige ! »