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Aimez-vous le Séraphin nouveau?

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Moi, je ne m’y habitue pas. L’acteur Vincent Leclerc, qui personnifie Séraphin Poudrier dans la série Les pays d’en haut, est formidable, mais je n’arrive pas à oublier Jean-Pierre Masson. Il n’était pourtant pas un acteur spécialement doué.

Pour dire vrai, je n’arrive pas à oublier aucun des personnages de Claude-Henri Grignon. Je m’ennuie même de la mise en scène désespérément lente et du jeu appuyé des personnages qui défendaient dans Les belles histoires des pays d’en haut l’œuvre du bougonneux pamphlétaire de Sainte-Adèle.

Nostalgie ? Peut-être ! À moins que ce ne soit un remords tardif pour avoir, en janvier 1959, renié avec d’autres jeunes auteurs cet écrivain réactionnaire et colérique. N’avait-il pas eu avec quelques autres « vieux » comme Pierre Dagenais et Jean Desprez le front de s’opposer à la grève des réalisateurs de Radio-Canada ?

Pourquoi l’œuvre de Gilles Desjardins, un auteur pour lequel j’ai beaucoup d’admiration, me laisse-t-elle si perplexe ? Les textes sont bien servis par une production impeccable. La mise en scène de Sylvain Archambault (qu’on a remplacé par Yan Turgeon pour la 4e saison) est vivante et dynamique, les images sont éclatantes et la distribution est généreuse. Une soixantaine de comédiens – des têtes d’affiche pour la plupart – font revivre les personnages d’origine.

LES PERSONNAGES D’ORIGINE ?

Justement, est-ce que ce sont les personnages d’origine ? Ils portent tous noms et surnoms imaginés par Grignon, mais au-delà de ces apparences, a-t-on affaire à la vraie Donalda, au vrai curé Labelle, au même lamentable Bidou ? Leclerc incarne-t-il le vrai Séraphin, ce personnage fictif à ce point entré dans notre vocabulaire qu’on ne trouve pas d’autre mot pour désigner un avare ?

Lors de la première saison de la nouvelle série, j’avais exprimé des réserves sur l’adaptation qu’on faisait de l’œuvre. Le producteur François Rozon et Gilles Desjardins s’étaient empressés de déclarer qu’ils respectaient scrupuleusement les « intentions » de Grignon. Ils ont même affirmé que celui-ci avait été empêché de raconter la véritable histoire par la censure politique et religieuse du temps. Grignon aurait même été contraint « d’édulcorer les mœurs de l’époque ».

LE CARDINAL APPELÉ À TÉMOIN

À l’appui de leurs propos, on a conscrit le défunt cardinal Léger. Il aurait demandé à Grignon, qui écrivait son roman, de « présenter Donalda comme un modèle pour les femmes ». Le problème, c’est que Grignon a publié Séraphin en 1933 et qu’à cette époque, Paul-Émile Léger était professeur au Japon et le fut jusqu’en 1939 ! Il ne faut pas avoir connu Claude-Henri Grignon pour laisser entendre qu’il ait pu être influencé dans son écriture par quiconque. Suffisait de dire blanc pour qu’il dise noir !

Je n’ai rien contre la série dont la quatrième saison commencera en janvier à Radio-Canada. C’est un agréable divertissement. Mais je m’indigne lorsque le diffuseur, les producteurs et l’auteur veulent nous faire croire qu’elle représente la réalité de l’époque, alors que les 495 épisodes de la série originale l’auraient faussée sous la plume d’un auteur sous influence.

Les pays d’en haut, c’est un western contemporain sans foi ni loi servi à l’ancienne. Toute ressemblance avec une époque ayant déjà existé est pure coïncidence !