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Le Bloc a-t-il un avenir?

Yves-François Blanchet
Photo Agence QMI, Mario Beauregard Yves-François Blanchet

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L’ancien ministre péquiste Yves-François Blanchet, bien connu du grand public depuis qu’il a rejoint Le club des ex, à RDI, est intéressé par la chefferie du Bloc québécois. C’est une bonne nouvelle pour ce parti, encore capable d’attirer des figures politiques qui veulent jouer un rôle de premier plan.

Car on devine qu’Yves-François Blanchet ne veut pas prendre la direction du Bloc pour être celui qui l’enterrera une fois pour toutes.

Sans espérer retrouver sa gloire d’antan, du temps de Lucien Bouchard et des bonnes années de Gilles Duceppe, il doit s’imaginer possible de lui redonner un véritable espace politique, en raflant de 20 à 30 sièges, ce qui serait, pour un parti souverainiste aujourd’hui moribond, un immense succès.

Est-ce réaliste ? On verra. Les indépendantistes n’ont plus la cote aujourd’hui : il ne suffira pas d’un coup de baguette magique pour qu’ils renaissent. Mais on peut se demander dès maintenant comment le Bloc pourrait retrouver sa vigueur.

Disons les choses clairement : il devra occuper le créneau de l’anti-trudeauisme décomplexé. Le Bloc devra se débarrasser du nationalisme mollasson auquel nous a habitués le souverainisme officiel depuis longtemps. Il devra assumer un nationalisme vigoureux, faisant un procès sans concessions du multiculturalisme fédéral tout en remettant en cause l’immigration massive à la canadienne, en rappelant qu’elle contribue inéluctablement à la dissolution de l’identité québécoise dans le cadre fédéral. Le Bloc devrait aussi assumer sa rupture avec le politiquement correct, qui domine la vie politique canadienne, et dont Justin Trudeau est l’incarnation caricaturale. Le procès de l’incompétence clownesque de Justin Trudeau devrait être à l’ordre du jour.

Le Bloc devra aussi, mais cela lui viendra plus naturellement, rappeler à quel point le Canada se construit systématiquement en désavantageant le Québec, comme on l’a vu avec le traitement récemment réservé à la gestion de l’offre. Le problème, c’est qu’il ne sera pas seul sur ce possible créneau. Certes, le NPD retrouve peu à peu au Québec son insignifiance historique. Mais le Parti conservateur pourrait convaincre bien des nationalistes qu’il est la véritable alternative à Justin Trudeau.

On l’a vu récemment avec sa victoire dans Chicoutimi-Le Fjord, d’autant qu’il a profité alors du soutien de Michel Gauthier, l’ancien chef du Bloc, qui fait désormais partie de ces souverainistes résignés cherchant un nouveau projet pour leur nationalisme.

Si le Parti conservateur attire quelques autres figures québécoises importantes, et mène au Québec une campagne ciblant moins la droite idéologique que les nationalistes anti-Trudeau, il pourrait surprendre.

Conservateurs

Mais le Parti conservateur demeure aussi, au Canada anglais, l’ennemi des francophones, comme on le voit en Ontario. Est-ce que les Québécois tiendront rigueur à Andrew Scheer des décisions antifrançaises de Doug Ford ? Chose certaine, elles pourraient le handicaper.

On en revient à notre premier constat : théoriquement, il y a de la place pour le Bloc. Mais de la théorie à la pratique, il y a souvent bien plus d’un pas.