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Maurice, Prométhée québécois

Maurice, Prométhée québécois
Photo d’archives

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Si les Québécois sont amenés à croire que c’est l’émeute Maurice Richard de 1955 qui a amorcé la Révolution tranquille, c’est simplement parce que c’est le récit historique idéal.

En effet, ses deux figures principales, Clarence Campbell et Maurice Richard, représentent les parfaits archétypes des mythes fondateurs québécois: le diable punissant le naïf pécheur, injustement piégé.

La création du mythe

Même si l’émeute incarne en partie la persécution de la classe ouvrière canadienne-française par la médisante bourgeoisie anglophone, elle n’était toutefois pas annonciatrice de la révolution, et représentait encore moins le combat des francophones contre les anglophones.

«En 1955, les gens n’avaient aucune idée que la libération s’en venait», m’explique l’auteur, professeur et chercheur Benoît Melançon. «Personne ne s’est dit, tiens, c’est le début de la Révolution tranquille. C’est vraiment un lien qui a été inventé dans les années 80.»

Selon l’interprétation du professeur, cette émeute, c’était avant tout une émeute sportive, mais aussi une émeute montréalaise. Tant les francophones que les anglophones s’étaient réunis pour revendiquer le mauvais traitement subi par leur héros.

Cela ne veut pas dire que Maurice n’incarne pas le Québec qui se lève, bien au contraire.

Si le joueur constitue un des mythes fondateurs québécois, c’est justement parce que ses exploits arrivaient à transcender les barrières culturelles.

À cette époque de grande noirceur, le hockeyeur était annoncé bien malgré lui comme le messie rétribuant à la classe ouvrière la fierté qui lui avait été dérobée.

Tel Prométhée qui vola le feu au ciel pour donner vie aux hommes, Maurice, à chaque partie, volait la rondelle aux Anglais pour redonner vie à la dignité québécoise. Les yeux de Maurice Richard, incendiés au contact de la glace, ont été la lueur dans la noirceur.

Figure simple

Mais si Maurice a laissé une trace aussi indélébile, c’est parce que c’était un homme simple, humble, mais surtout accessible. Son passé d’ouvrier et son piètre salaire incitèrent même la population à l’appeler par son prénom.

Fils aîné exemplaire, ouvrier travaillant, figure populaire pieuse, mari fidèle et père de famille aimant, Maurice Richard a incarné, tout au long de sa vie, les caractéristiques typiques de l’homme idéal québécois. L’archétype de Maurice, c’est celui de l’enfant né dans la misère, qui n’est ni le plus grand, ni le plus fort, ni le plus chanceux, mais qui, par sa détermination, réussit à prouver que nous, Québécois, ne sommes pas destinés à naître pour un petit pain.

Si Maurice Richard est notre icône le plus solide, c’est justement parce que malgré ses ripostes contre les traitements internes de la LNH, il a évolué dans la neutralité, sans jamais se positionner dans la sphère politique. Vers la fin de sa vie, ce n’était pas l’homme controversé qu’il personnifiait, mais bien l’homme juste et le parfait grand-papa.

Même après sa mort, les Québécois voient en Maurice oui, leur héros, mais aussi leur frère, leur voisin, leur oncle et eux-mêmes.

Et ce qu’ils remarquent surtout, c’est que pour incarner un mythe, il faut simplement rester soi-même.

 

Cette chronique est en lien à la thématique «sports» proposée par Réjean Tremblay.

 

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