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Un « Thanksgiving » empoisonné

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Nos voisins du sud fêtent aujourd’hui leur Action de grâce, mais avec le climat politique qui marque l’ère de Trump, ces retrouvailles annuelles seront laborieuses, voire impossibles, dans bien des familles.

Pour éviter les empoisonnements lors du repas de Thanksgiving, il faut faire attention à la cuisson de la dinde et, cette année, éviter la salade romaine. Dans les familles bipartisanes, une autre précaution s’impose : pour ne pas empoisonner l’atmosphère, vaut mieux éviter de parler de politique et, surtout, de Donald Trump.

Trump gâche la fête

Des études montrent que depuis l’élection de 2016, les familles divisées par la politique ont écourté leurs repas de fête d’une bonne heure en moyenne. D’autres, nombreux, renoncent tout simplement à rejoindre leur famille à cause de désaccords politiques. Bien sûr, les familles américaines ont déjà été divisées dans le passé, mais le degré d’acrimonie dépasse de loin ce qu’on a connu dans le passé. Pourquoi ?

Un pays déjà polarisé

Donald Trump a beaucoup fait pour exacerber la polarisation politique de son pays, mais il en est autant un symptôme qu’une cause.

Longtemps, démocrates et républicains se sont opposés sur des enjeux comme le rôle de l’État dans l’économie, mais sur d’autres enjeux, les divisions partisanes étaient plus floues et on pouvait toujours trouver des terrains d’entente avec des opposants.

Aujourd’hui, les préférences politiques des Américains sont beaucoup plus « triées » en fonction de leur identité partisane. Les partisans n’ont pratiquement plus de terrain d’entente avec leurs opposants.

C’est ce contexte qui a favorisé la campagne de Trump fondée essentiellement sur la diabolisation de l’adversaire (« Lock her up ! ») et une panoplie de ressentiments.

Une touche de vitriol

Depuis son élection, Donald Trump a ajouté à ce mélange explosif une touche additionnelle de vitriol en attisant les différentes formes de ressentiment qui animent sa base partisane et en donnant à ses adversaires une panoplie de nouvelles raisons de s’opposer à lui. Les opposants de Trump n’arrivent tout simplement pas à comprendre comment ses partisans peuvent faire l’apologie d’un homme qui ment constamment, qui s’amourache avec des autocrates en envoyant promener ses alliés démocratiques, et qui est incapable de condamner sans équivoque les racistes et les néonazis.

Quant aux Trumpistes, ils disent souvent ne pas approuver tous ses gestes, mais ils n’en considèrent pas moins toute critique de celui qui prétend les représenter comme une attaque contre leur identité profonde. C’est un environnement nocif que celui où les membres d’une même famille ne peuvent entendre des opinions discordantes sans se sentir heurtés dans leur identité et leurs valeurs profondes. Pourtant, Donald Trump ne donne aucune indication de vouloir changer, même si les élections de mi-mandat ont démontré clairement que sa base électorale est minoritaire et qu’il ne peut pas espérer gagner en 2020 sans donner moins de prise à ses critiques. Malheureusement, même après son départ le fossé que Donald Trump est en train d’élargir entre les Américains continuera à empoisonner l’esprit des fêtes.