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Le retour des hostilités

Le retour des hostilités
Photo Archives / Agence QMI

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L’attaque frontale de Doug Ford envers les Franco-Ontariens nous rappelle brutalement que la survie du fait français au Canada est encore une fois en jeu. Autant le conservatisme que le multiculturalisme canadien représentent un danger pour la pérennité de la présence francophone en Amérique.

On tente depuis quelques années de nous faire croire que le « mépris » canadien envers les francophones n’existe plus. Nous serions le premier pays « postnational », sans identité fondamentale, seulement des valeurs partagées.

Les deux peuples fondateurs cohabiteraient sereinement, sans se piler sur les pieds.

Nouveau contexte

Évidemment, cette vision des choses est une fumisterie. Le récent retrait du financement à la future université francophone à Toronto ainsi que l’abolition du Commissariat aux services en français en témoignent.

Nous ferions erreur de voir dans ces gestes aux relents francophobes les conneries d’un seul homme. C’est systémique pour reprendre une expression à la mode et cela s’inscrit dans un contexte beaucoup plus large. Ce qui est fort inquiétant pour les Franco-Canadiens, mais aussi pour les Québécois.

Depuis les années du gouvernement Harper, la posture du Canada anglais consistait essentiellement à être indifférent à la minorité francophone. Respecter les compétences du Québec et ne pas créer d’animosité inutile. Bref, on ne voulait pas d’histoire.

Mais, voilà qu’un nouveau contexte vient de poindre à l’horizon.

Du conservatisme au multiculturalisme

La pensée dominante de tous les partis en voie de prendre le pouvoir à Ottawa, et non pas seulement de sombres groupuscules, représente un réel danger pour l’avenir du français en Amérique du Nord.

De l’élection de Blaine Higgs au Nouveau-Brunswick, à celle de Doug Ford en Ontario, jusqu’à Andrew Scheer qui pourrait devenir premier ministre du Canada en octobre prochain, il y a présentement un vent de populisme qui souffle au Canada. Et cette nouvelle mouvance redéfinit le conservatisme canadien. Il est plus hostile aux minorités, à commencer par celle de la minorité francophone. Les décisions de Doug Ford s’inscrivent dans ce nouveau populisme conservateur.

Sous le couvert du gros bon sens, l’anglais est pour eux la seule et unique langue canadienne, de Victoria à Fredericton. Ils entretiennent pour les francophones, un je-m’en-foutisme, à peine déguisé, qui se transforme rapidement en francophobie quand vient le temps de protéger les droits des francophones.

Le Canada, pour eux, s’est bâti malgré les frogs et non avec eux. Que les francophones restent silencieux, dociles et surtout reculés dans leur petit village gaulois. Si le Canada a pour eux une identité, les francophones n’en font certainement pas partie.

Multiculturalisme

Les apôtres du multiculturalisme, de Trudeau à Singh, menacent également le fait français, et ce malgré les grands principes qu’ils défendent. Le multiculturalisme nie l’existence même de la nation québécoise, et en conséquence, présage des lendemains douloureux pour les francophones coast to coast.

Il fait des francophones une communauté de citoyens parmi tant d’autres, mélangée dans un grand bazar canadien. Seule la force du nombre compte pour eux, clientélisme électoral oblige.

Il est d’ailleurs surprenant de constater leur indifférence face au recul du français partout au Canada. Eux qui sont si prompts à défendre toutes les minorités menacées et discriminées, souvent à juste titre, sauf les minorités francophones au Canada et au Québec. Leur insensibilité face à l’anglicisation de Montréal et de Laval en est un triste exemple.

Sans hostilité envers les francophones peut-être, mais surtout sans attention particulière à la fragilité des Franco-Canadiens à travers le pays.

L’impuissance

Nous nous sentons tous collectivement impuissants face à cette recrudescence des hostilités envers les Franco-Canadiens en Ontario. Impuissant, car que pouvons-nous faire mis à part leur garantir notre appui moral ?

Mais, s’il y a un constat à faire des récentes attaques de Doug Ford envers le fait français, c’est de constater la précarité, même en 2018, de la langue française au Canada. C’est le premier pas à faire si on souhaite encore parler français dans un avenir pas si lointain.