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Trudeau, toujours le vainqueur

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Justin Trudeau est le champion de la politique d’apparences. J’admire son talent de prétendant. Et j’use du mot « prétendant » dans tous les sens du terme.

Justin Trudeau a été un prétendant au pouvoir en revendiquant la filiation à son père, Pierre Elliot. Il a ainsi aspiré à un statut pour lequel il n’avait pas les qualités si on le compare à son paternel, un intellectuel redoutable dont la vision du Québec et du Canada s’est incarnée dans la Charte des droits, qu’il a inscrite dans la constitution rapatriée par lui sans l’accord du Québec en 1982.

Trudeau fils, une fois au pouvoir, a écarté les libéraux prestigieux qui avaient servi son père pour s’entourer de jeunes, branchés comme lui sur tous les gadgets de l’époque.

Dans un élan messianique, Pierre Elliot Trudeau avait voulu s’emparer du Canada avec l’aide du « French Power ». Et il a imposé ainsi le bilinguisme officiel (réservé aux institutions fédérales) d’un océan à l’autre. Et il a été un adversaire farouche de la loi 101 votée par le PQ.

Humiliation

N’oublions pas que René Lévesque, contemporain de P. E. Trudeau, aurait préféré ne pas avoir à légiférer en matière de langue. Car il trouvait humiliant d’avoir à imposer le français aux Anglos du Québec qui, sauf exception, s’y opposaient. Monsieur Lévesque aurait aimé qu’ils acceptent sans contrainte.

Depuis des décennies, en vertu de la Charte, les tribunaux ont affaibli la loi 101.

Pendant ce temps, le sort des Francos hors du Québec s’est remodelé selon l’humeur des gouvernements provinciaux et du gouvernement fédéral, qui ont mis au point une politique aussi sournoise que méthodique selon les partis au pouvoir.

Le multiculturalisme idéologique a d’abord été le fait des fédéralistes auxquels se sont greffées une gauche mondialiste, une droite économique et la majorité des immigrants des dernières décennies. Trudeau en a été l’incarnation.

Terre d’asile

Les adeptes du multiculturalisme trudeauesque sont en train de modifier définitivement le paysage politique. On en veut pour preuve le succès électoral de Justin et son ouverture à tous les réfugiés de la terre. Justin courtise inlassablement les communautés culturelles, ethniques et sexuelles du Canada, transformé en paradis pour toutes les marginalités et minorités qui le composent.

Ne nous étonnons pas de constater que les francophones hors Québec ont perdu de leur attrait, eux, les descendants d’un des « peuples fondateurs », expression déjà entrée en désuétude au Canada.

Et voilà que Justin saute aujourd’hui dans la barque dérivante des Franco-Canadiens dont il se fait le défenseur. Et qu’il se réjouit sous cape qu’une Québécoise, comme moi, commette une « bourde » et « se mette le pied dans la bouche », comme ont écrit deux consœurs non amicales en référence à mon accrochage avec Jean Chrétien à TLMEP.

Face aux premiers ministres Doug Ford d’Ontario et Blaine Higgs du Nouveau-Brunswick, Trudeau s’affiche comme le défenseur des Francos du Canada qui, si l’on se fie à Statistique Canada, continuent de perdre du pouvoir dans les provinces où ils habitent. Tout sourire, il est déjà en campagne électorale, se prétendant leur défenseur. Désolant, n’est-ce pas ?